Expérimentation animale : malaise grandissant autour des primates exportés de Maurice
Par
Sharone Samy
Par
Sharone Samy
Des vidéos tournées en caméra cachée dans des laboratoires britanniques, où sont testés des primates exportés depuis l’île, ont provoqué une vive émotion au Royaume-Uni. À Maurice, elles ravivent un débat sensible sur un commerce encadré, mais de plus en plus contesté.
Des macaques à longue queue maintenus de force, un tube introduit dans la gorge, des animaux immobilisés sous des masques diffusant des substances à inhaler. Les images, filmées clandestinement dans des laboratoires britanniques par un employé profondément marqué par ce qu’il observait, sont difficiles à regarder. Diffusées le 23 avril par l’organisation Animals International, à la veille de la Journée mondiale des animaux utilisés en laboratoire, elles ont provoqué une onde de choc au Royaume-Uni et, à Maurice, ravivé un débat que beaucoup préféraient laisser dans l’ombre.
Car les animaux que l’on voit à l’écran viennent de l’île. En 2025, 1 248 macaques mauriciens ont été exportés vers le Royaume-Uni dans le cadre d’un commerce légal, encadré, mais de plus en plus controversé. Ce chiffre, à lui seul, illustre l’ampleur d’une activité qui, jusqu’ici, restait largement invisible du grand public.
Les séquences documentent des pratiques utilisées dans le cadre d’essais toxicologiques réglementaires sur des produits pharmaceutiques. Parmi elles, le gavage oral – introduction forcée d’un tube dans la gorge pour injecter une substance directement dans l’estomac – appliquée, selon le témoignage recueilli par Animals International, quotidiennement et pendant plusieurs mois sur certains animaux. « Les primates se débattaient, criaient et tentaient d’éviter le tube », indique le communiqué de l’organisation. D’autres images montrent des macaques sanglés dans des dispositifs de contention, contraints d’inhaler des substances via des masques fixés sur leur visage. À l’issue de ces expériences, les animaux sont euthanasiés, puis disséqués à des fins d’analyse.
Ces procédures, bien que présentées comme conformes aux standards en vigueur dans l’industrie, donnent à voir une réalité difficilement conciliable avec l’idée d’un traitement éthique des animaux. La controverse est d’autant plus vive que certains de ces tests concerneraient des médicaments non essentiels, parmi lesquels des traitements contre la perte de poids, une dimension qui attise le malaise et pose frontalement la question du rapport entre les souffrances infligées et l’utilité réelle des recherches menées.
À Maurice, ces images trouvent un écho particulier. Pour Mansa Daby, directrice de l’association Monkey Massacre in Mauritius, elles viennent ébranler le discours officiel qui entoure cette industrie. « Elles montrent une réalité brutale. On voit des macaques utilisés dans des tests de toxicité, parfois pour des produits qui ne sont pas essentiels. Cela nous oblige à nous interroger sur le sens de ces pratiques », affirme-t-elle.
Elle conteste également l’argument le plus souvent avancé pour justifier ce commerce : sa contribution au progrès médical. « L’argument avancé est qu’il sauve des vies humaines. Pourtant, il existe aujourd’hui des alternatives plus efficaces et plus pertinentes », soutient-elle, en référence aux méthodes de recherche ne faisant pas appel aux animaux, dont les partisans estiment qu’elles gagnent rapidement en crédibilité scientifique. Des études citées dans le communiqué d’Animals International avancent, par ailleurs, qu’une proportion importante des médicaments validés lors de tests sur animaux échoue ensuite durant les essais cliniques sur l’homme, en raison de différences biologiques significatives entre les espèces. Un argument qui nourrit le débat sur la pertinence même de ces méthodes.
Pour Mansa Daby, l’enjeu dépasse la seule cause animale. « Il s’agit aussi de l’image du pays et de ses choix de développement. Maurice ne peut pas se positionner comme un hub biomédical en s’appuyant sur des pratiques contestées à l’échelle internationale », avertit-elle. Son association, rejointe par plusieurs autres organisations, réclame non seulement l’arrêt des exportations de macaques vers des laboratoires étrangers, mais également l’abandon de tout projet visant à développer ce type d’expérimentation sur le territoire mauricien.
Ces demandes se heurtent pour l’instant au silence des autorités. Mais les images, elles, continuent de circuler.