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Excision et crime contre l’humanité - Mario Chiffonne : «Sans mes deux jambes, je foulerai le sol de Diego Garcia» 

Mario est convaincu qu'il faut militer pour la souveraineté sur les Chagos et des dommagements.

Le déracinement des Chagossiens de leur pays d’origine est un drame humain écrit en épisodes de lamentations et de larmes depuis 1973. On en est aujourd’hui au dernier chapitre de la saga qui verrait le bon droit triompher ou les abus perdurer. Mario Chiffonne, un des descendants directs des îlois, est confiant que l’affrontement final en cours entre Maurice et le Royaume-Uni verra « la victoire de David sur Goliath».

Nous recevant à son domicile à Pointe-aux-Sables où il vit aux côtés de son épouse Matioune, cet ancien policier amputé des deux jambes, est confiant qu’il pourra bientôt « fouler le sol de Diego Garcia » où ont vécu ses parents. 

Le sexagénaire ne semble pas trop souffrir de son handicap.  « Se ki lao la », lui procure les ressources nécessaires pour y faire face. Il dit aussi placer sa confiance en le Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui a pris la relève de son père, sir Anerood Jugnauth, dans le combat face aux Anglais pour la rétrocession de Diego Garcia.

Lors de cette rencontre, Mario Chiffonne s’est invité au débat sur la décision de Jonathan Drew, Haut-Commissaire britannique à Maurice, d’annuler la traditionnelle réception donnée dans les pays du Commonwealth, dont Maurice fait partie, à l’occasion de l’anniversaire de la reine. Le Royaume-Uni s’est offusqué que le Premier ministre ait utilisé le terme « crime contre l’humanité », pour qualifier le déracinement des habitants de l’archipel de Diego Garcia par les Anglais.

Mario Chiffonne avance que c’est mérité :  « Le Premier ministre Pravind Jugnauth a eu raison de s’être montré aussi sévère à l’égard de l’ancien pouvoir colonial lorsqu’il prenait la parole à la tribune des Nations unies le  22 mai à New York. Je sais comment une milice armée de fusils a débarqué dans l’archipel pour forcer nos grands-parents, hommes, femmes et enfants, à monter à bord des bateaux pour être conduits comme du bétail en terre inconnue à Maurice et aux Seychelles. Ils n’ont pu emporter que de maigres effets personnels. Leurs animaux ont été abandonnés.» 

Mario Chiffone entouré de sa fille unique et de son épouse Matioune.
Mario Chiffone entouré de sa fille unique et de son épouse Matioune.

Ils sont nombreux les hommes politiques au pouvoir à avoir élevé la voix pour revendiquer la rétrocession de Diego Garcia à Maurice. Sans résultat. Ils se sont retrouvés toujours avec les mêmes arguments de la part des Anglais. Ils disent qu’ils ont la souveraineté sur l’archipel qu’ils ont surnommé British Indian Ocean Territory (BIOT), mais qu’ils vont le rendre, dit-il. 

«  The  Chagos will be returned to Mauritius once the islands are no longer required for defence purposes », rappelle Mario Chiffone. Donc ils vont « restituer» un bien qui ne leur appartient pas…

Le Royaume Uni persiste et signe 

50 ans après plus tard, les Anglais n’ont toujours pas changé leur attitude. Au mépris des lois internationales qu’ils ont eux-mêmes introduites, ils veulent continuer leur occupation illégale et en violation des lois internationales.  Ce qui a amené Mario Chiffonne à se révolter contre l’Angleterre. «  Loner to pena? Toupé to éna. To pran kiksoz ki pa pou twa, to loue li ek Amerikin. To pran kas la to met dan to pos. Comment cela s’appelle ? » 

Ils ont menacé de prendre des sanctions : « Ki sanksion zot pou pran ? Si zot ena le maler tant quoi que ce soit, nou fer zot tourne kouma toupi malgas. Et cela, ajoute Mario Chiffone sous la pression internationale avec le concours des pays amis. »

Mario Chiffonne dit que les dirigeants actuels font preuve de clairvoyance : « L’État mauricien ne réclame pas le démantèlement de la base. Ils voudraient que les squatters reconnaissent en Maurice le légitime propriétaire des lieux. » 

Il a au passage rendu hommage à Jeremy Corbin, l’actuel chef de l’opposition britannique. « Thanks for the support of Mr Corbin. You are a perfect English gentleman who deserve respect. We thank you for your support and for your stand. God bless you », dit l’ancien policier.

Tu t’appropries d’un bien qui ne t’appartient pas. Tu le loues et tu empoches l’argent de la location. Comment cela s’appelle ?"

Abordant un autre chapitre de cette tragédie humaine, Mario Chiffonne s’en est pris aux opposants à la stratégie actuelle du gouvernement. Dire que la bataille est perdue d’avance, qu’il faut tenir compte de la loi du plus fort, que l’on doit beaucoup au Royaume-Uni en termes de valeur, que jamais on n’obtiendra le retour de Diego Garcia et que l’on devrait se contenter des îles autour de la base militaire comme porte de sortie offerte à l’Angleterre. De tels propos sont jugés « imprudents » selon Mario Chiffonne. « Ils n’engagent heureusement que ceux qui les prononcent », dit-il. 

Photo souvenir avec ses parents.
Photo souvenir avec ses parents.

« Il est vain de parler des vertus et des valeurs des Anglais qui agissent de manière contraire à leurs préceptes », selon lui.

Il faut militer pour la souveraineté et des dédommagements. « Le ministre Mentor a raison de dire qu’il faut une location à bail de l’archipel. Cet argent permettra de réparer les injustices du passé et présentes et permettre à Maurice de se relever, régler ses dettes extérieures et se développer davantage. » 

« Olivier Bancoult a tout le droit de parler et d’agir au nom des Chagossiens. Le moment venu il saura sauvegarder leurs intérêts et cela de fort belle manière. C’est à cela qu’on devrait s’attendre et c’est ce qui se produira bientôt. »  

« J'en mets ma tête à couper », dit en conclusion Mario Chiffonne.

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