Maurice se démarque comme étant le pays de l’Afrique subsaharienne le mieux préparé à l’évolution du commerce en ligne. Ainsi, le pays dispose d’une base numérique solide et de politiques favorables à l’essor de cette activité, estime la Competition Commission. Elle alerte, toutefois, qu’il reste encore des efforts à faire au niveau des infrastructures, de la régulation et de la concurrence.
Le contexte
Le « Digital Market Landscape Report », élaboré par la Competition Commission, a pour objectif de mieux comprendre le paysage des marchés numériques à Maurice sous l’angle de la concurrence. Cette initiative répond à l’importance croissante de l’économie numérique et aux bénéfices qu’elle apporte aux consommateurs, aux entreprises et à l’économie dans son ensemble. Les consommateurs profitent de la commodité des achats en ligne, de coûts de transaction réduits et d’un choix plus large, tandis que les entreprises peuvent élargir leur clientèle grâce aux plateformes numériques.
« Si les technologies numériques offrent des avantages évidents, elles influencent aussi le fonctionnement des marchés et le niveau de concurrence. Il est donc crucial de comprendre les spécificités des marchés numériques afin d’identifier d’éventuels problèmes de concurrence et de déterminer comment y remédier », fait ressortir la Competition Commission dans son rapport.
L’étude porte sur différents types de plateformes numériques, transactionnelles et non transactionnelles, notamment le commerce en ligne, la réservation d’hôtels, la billetterie, les services de taxis, les paiements mobiles, entre autres. À noter que les analyses et conclusions présentées dans le rapport reposent sur des informations collectées en 2024 et 2025.
Les 4 principales conclusions du rapport
- Maurice dispose d’une base numérique solide, soutenue par des politiques favorables, une connectivité internet fiable et des réformes législatives en cours dans le cadre du Digital Transformation Plan 2025-2029. Ces initiatives visent à moderniser le cadre légal, à renforcer la confiance et la sécurité et à favoriser une adoption numérique plus large grâce à une réglementation adaptative et tournée vers l’avenir. Toutefois, la vitesse de la connectivité fixe et le coût des forfaits de données restent des points à améliorer pour soutenir pleinement le processus de digitalisation.
- Dans l’ensemble, le paysage des marchés numériques mauriciens évolue dans la bonne direction. Certains marchés, comme l’e-commerce et la livraison de nourriture, en sont encore à un stade naissant et ne présentent pas, pour le moment, de préoccupations particulières en matière de concurrence. De même, aucune question de concurrence n’a été soulevée par les parties prenantes sur d’autres marchés en pleine évolution, principalement non transactionnels, tels que les moteurs de recherche, les petites annonces en ligne, les applications logicielles, les médias sociaux et le streaming en ligne.
- Certaines préoccupations ont, toutefois, été exprimées par les opérateurs concernant l’incertitude réglementaire et la nécessité de réformer certains secteurs, notamment les services de taxi, la billetterie en ligne, la réservation d’hôtels et les paiements mobiles. Une évaluation plus approfondie des accords d’exclusivité et de la parité tarifaire dans le segment de la réservation d’hôtels en ligne s’avère également nécessaire.
- À l’avenir, il sera essentiel de promouvoir la concurrence par le biais d’un cadre réglementaire adaptatif, de renforcer la protection des consommateurs et de développer la culture numérique. En abordant ces défis de manière proactive et en favorisant un environnement propice à l’innovation et à un accès équitable au marché, Maurice pourra développer durablement ses marchés numériques, au bénéfice des entreprises comme des consommateurs.
IL A DIT
Vipin Naugah, directeur exécutif de la Commission de la Concurrence :
« Pour une petite économie comme Maurice, les marchés numériques peuvent jouer un rôle clé en brisant les barrières géographiques et en offrant un accès mondial aux entreprises locales. Les plateformes en ligne peuvent faciliter l’entrée de nouveaux acteurs, notamment les PME, en leur fournissant un marché sans avoir à investir dans un magasin physique. Cela peut encourager la concurrence, où de nouveaux entrants peuvent défier des entreprises établies en proposant des produits innovants. Pour développer les marchés numériques, il est impératif de disposer d’une infrastructure TIC adéquate et de technologies permettant une connexion internet fiable et abordable. L’environnement réglementaire doit également favoriser la confiance et protéger les utilisateurs contre la fraude et les cybercrimes… Il est aussi essentiel d’assurer l’interopérabilité au sein de l’écosystème numérique afin de faciliter l’entrée de nouveaux acteurs et de mettre en place des protections contre les abus des plateformes dominantes. »
Les observations de la Competition Commission
- En ce qui concerne les grandes marketplaces internationales, Maurice ne semble pas rencontrer les mêmes problématiques que les juridictions plus vastes. Les principaux acteurs mondiaux comme Amazon ou Temu ne sont que marginalement présents sur le marché mauricien : ils n’ont pas de site local, ne proposent pas de services logistiques pour les livraisons à Maurice et ne comptent pas un nombre significatif de vendeurs basés à Maurice sur leurs plateformes. En l’absence de ces acteurs dominants, le paysage du commerce en ligne mauricien reste relativement fragmenté, rendant peu probable tout abus de position dominante.
- Alors que le secteur de l’e-commerce à Maurice commence à se structurer, il est essentiel de surveiller dès le départ la dynamique concurrentielle. Une attention réglementaire précoce peut permettre d’identifier et de lever d’éventuels obstacles à l’entrée et à l’expansion, notamment ceux liés à des contraintes structurelles telles que des coûts de mise en place élevés, une infrastructure logistique limitée, un accès inégal aux outils numériques ou des acquisitions stratégiques susceptibles de limiter la concurrence.
- Pour soutenir l’e-commerce local, il est crucial de concevoir et de mettre en œuvre un ensemble de politiques et de programmes favorisant l’accès aux principaux leviers de croissance : investissements dans la logistique, dans les infrastructures numériques, systèmes de paiement sécurisés et technologies abordables, essentiels tant pour les modèles purement en ligne que pour les marketplaces. Parmi ces modèles, les marketplaces jouent un rôle clé, notamment pour les PME, en leur permettant d’accéder à la vente en ligne sans supporter seuls le coût de la création d’une plateforme indépendante ou de la gestion logistique complexe. Elles améliorent également l’expérience consommateur en centralisant la comparaison des produits, en favorisant des décisions d’achat mieux informées et en stimulant la concurrence sur les prix, au bénéfice des utilisateurs finaux.
- Pour exploiter pleinement le potentiel des marketplaces tout en préservant l’équité, des garde-fous réglementaires doivent être introduits dès le départ, notamment en matière d’interopérabilité logistique et de passerelles de paiement, et pour garantir l’accès aux données et aux plateformes, surtout pour les vendeurs tiers. Outre la structure du marché, les défis liés aux consommateurs doivent être traités pour soutenir une adoption numérique plus large. Les préoccupations telles que la fraude, le manque de confiance dans les transactions en ligne, les difficultés de dédouanement, les écarts de qualité entre produits annoncés et produits livrés, les délais de livraison longs ou un support après-vente insuffisant peuvent être abordées principalement au moyen de cadres de protection des consommateurs.
1er en Afrique
Maurice est le pays le mieux préparé d’Afrique pour le shopping en ligne, indique la Competition Commission en se référant à l’UNCTAD Business-to-Consumer (B2C) E-commerce Index 2018, qui place notre île en tête du classement africain et 55e au niveau mondial sur 151 pays.
Ces plateformes vers lesquelles se tournent les Mauriciens
Les géants internationaux
- Amazon
- Temu
- AliExpress
- Alibaba
- Shein
- eBay
À Maurice
- Électronique et électroménager : 361, Galaxy, Courts Mammouth, Redline
- Mode, chaussures et sport : Ibiza, Brasilia, Fashion House, Allsports
- Beauté et soins : The Body Shop
- Gadgets et électronique : FastClick
- Alimentation et boissons : Mantra Foods, Votre Pote Agé, Phoenix Beverages, Winners
- Autres : Manjoo, Toystore, Dodomarket, PriceGuru