Établissement d’État : des pertes cumulées de Rs 87,02 M pour Polytechnics Mauritius
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
La situation financière de Polytechnics Mauritius Ltd (PML), un établissement de l’État, ainsi que ses conséquences sur l’emploi et les conditions de travail du personnel académique et administratif, est très préoccupante. C’est au point où des mesures drastiques sont prises pour remettre cet établissement sur les rails. Elle fait face à des pertes opérationnelles cumulées de Rs 87,02 millions.
Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Recherche, Kaviraj Sukon, indique que « l’examen financier de Polytechnics Mauritius Ltd (PML) a révélé des pressions opérationnelles et de liquidité croissantes au cours des dernières années ». C’est principalement à cause de l’augmentation des dépenses, de l’expansion des infrastructures de campus, de la hausse des engagements liés au personnel et de la dépendance aux revenus issus des inscriptions.
Malgré des performances variables, la tendance globale montre une fragilisation progressive de la situation financière de l’établissement. Le ministre souligne, dans une réponse parlementaire écrite à une question de la députée Babita Thannoo, que « l’organisme a enregistré des excédents opérationnels en 2022 et en 2024, mais il a enregistré des déficits opérationnels importants en 2023 et 2025 ».
Pour l’année 2025, les chiffres indiquent des dépenses opérationnelles de Rs 374,95 millions contre des revenus de Rs 288,97 millions, soit un déficit opérationnel de Rs 85,98 millions. Le ministère précise que sur la période 2022 à 2025, « les dépenses opérationnelles cumulées ont dépassé les revenus cumulés d’environ Rs 87,02 millions ».
Les données financières détaillées montrent des revenus cumulés de Rs 1 170,53 millions pour des dépenses cumulées de Rs 1 257,54 millions sur la même période. Cette situation traduit un déséquilibre structurel entre ressources et charges.
La situation de la trésorerie est également mise en avant dans la réponse ministérielle. Au 1er juillet 2025, PML enregistrait des dettes commerciales de Rs 101,9 millions dues à 214 fournisseurs et créanciers. De plus il y a des charges fixes importantes, dont des coûts de location annuels d’environ Rs 60 millions pour les campus d’Ébène et de Rose-Belle.
Le ministère note une faible utilisation des infrastructures. Un relevé effectué en janvier 2026 a montré un taux moyen d’occupation des espaces de seulement 24,4 %, accentuant les inefficacités opérationnelles.
Dans ce contexte, l’État est intervenu à deux reprises pour soutenir l’organisme. Il est précisé que « le gouvernement est intervenu en soutien à PML à deux reprises : la première en 2023, par une avance de Rs 60 millions, et la seconde en juin 2025, avec une subvention supplémentaire de Rs 65 millions ». Sans ces injections totalisant Rs 125 millions, l’établissement serait dans une situation d’insolvabilité.
Sur le plan des ressources humaines, un processus de restructuration ayant entraîné des départs et des non-renouvellements de contrats a été engagé. Ainsi, les contrats de 38 employés n’ont pas été renouvelés en avril 2026.
Le GM est intervenu en soutien à PML à deux reprises : la première en 2023, par une avance de Rs 60 millions, et la seconde en juin 2025, avec une subvention supplémentaire de Rs 65 millions.»
Les postes concernés couvrent plusieurs fonctions administratives, techniques et de support académique, allant des associate lecturers aux agents administratifs, techniciens de laboratoire et responsables opérationnels.
En ce qui concerne spécifiquement le personnel académique, huit enseignants, incluant des lecturers et des associate lecturers, ne sont plus en fonction depuis mars 2026. Ce chiffre comprend quatre démissions et quatre non-renouvellements de contrats.
Concernant les conditions de rémunération, le ministère explique que les contraintes financières ont orienté les priorités vers la stabilisation des emplois plutôt que vers des augmentations salariales immédiates.
Il est indiqué que « l’urgence était d’offrir un emploi permanent à ceux ayant complété deux années ou plus ». Dans ce cadre, 48 employés ont été placés sur des contrats permanents en avril 2026, sans révision salariale, sur la base des recommandations d’un exercice de consultation RH lancé en 2022.
Auparavant, 77 employés avaient déjà été confirmés dans des postes permanents après deux années de contrat à durée déterminée.
La réponse précise que la politique salariale de l’organisme ne repose pas sur une progression automatique. Il est ainsi mentionné que « le salaire de toute catégorie d’employé à Polytechnics Mauritius suit une fourchette plutôt qu’une grille fixe et des augmentations automatiques ».
Toutefois, une perspective de révision salariale est évoquée, conditionnée par l’amélioration de la situation financière globale de l’établissement. Cette révision viserait à compenser les employés n’ayant pas bénéficié d’ajustements lors de la période actuelle.
Concernant les enseignants concernés par l’absence d’augmentations, la réponse détaille plusieurs cas : des lecturers ayant de deux à plus de trois ans de service, ainsi que des associate lecturers dans des situations similaires, représentant plusieurs dizaines de cas au total.
Face aux difficultés identifiées, un Monitoring Committee a été mis en place en janvier 2026 afin de conduire une révision générale des opérations de l’établissement.
Ce comité a pour mandat « d’évaluer les pratiques opérationnelles, académiques, financières et de gouvernance, et de mettre en œuvre des mesures correctives ciblées pour restaurer l’efficacité, la durabilité et la performance institutionnelle ».
Les réformes sont structurées autour de cinq axes principaux : stabilité financière et expansion des revenus, efficacité du personnel et de l’enseignement, qualité académique et viabilité des programmes, gouvernance et conformité, ainsi que rationalisation des campus et des ressources.
Parmi les actions prioritaires figurent la création de nouvelles sources de revenus via des formations courtes, le renforcement du contrôle des coûts, la mise en place d’analyses de viabilité des programmes, des audits réguliers et une meilleure utilisation des infrastructures.
Malgré la situation financière difficile, la direction de PML a respecté ses obligations légales en matière de paiement des salaires et des avantages sociaux. L’établissement « a respecté son engagement envers ses obligations statutaires et veille à ce que les salaires et avantages du personnel soient versés à temps, conformément à la loi ».
Le ministère ajoute que l’objectif des réformes engagées est de restaurer la stabilité financière et d’assurer la pérennité de l’organisme, tout en garantissant la continuité de sa mission de formation professionnelle et technique.
PML réaffirme ainsi son engagement envers le développement de compétences adaptées au marché du travail et sa contribution au développement socio-économique du pays.
Les autorités estiment enfin que les mesures en cours devraient, à terme, permettre un redressement financier et une amélioration progressive des conditions de travail, y compris une éventuelle révision salariale.