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ESCROQUERIE : Rs 350 000 pour un liquide « changeant » le papier en dollars 

Le suspect ferait partie d'un réseau de faux monnayeurs.

Des clandestins africains tenteraient d’arnaquer des commerçants en leur proposant de transformer du papier noir en véritables coupures de dollars américains. Pour ce faire, les victimes doivent payer 10 000 dollars (environ Rs 350 000) pour un liquide servant à « blanchir » le papier noir. Un Nigérian a été arrêté lundi par la Tracking Team du Passport and Immigration Office. Cet homme est soupçonné de faire partie du réseau impliqué dans la fabrication de fausses coupures de dollar américain. 

Les arnaqueurs rivalisent d’astuces pour se faire de l’argent. La dernière trouvaille de certains : convaincre des commerçants de leur acheter des feuilles de papier noir ainsi qu’un liquide censé blanchir celles-ci pour qu’elles se transforment en véritables dollars américains. Ce subterfuge serait utilisé par des ressortissants africains de passage à Maurice. La plupart seraient entrés au pays au moyen de visas de touristes et opéreraient dans la clandestinité. 

Des Africains tentent d’arnaquer des commerçants 

Pas plus tard que lundi, un Nigérian a été arrêté par des membres de la Tracking Team du Passport and Immigration Office (PIO) pour avoir tenté d’arnaquer un commerçant à travers cette technique (voir encadré). « L’affaire est prise au sérieux », affirment des hauts gradés des Casernes centrales. Il semblerait d’ailleurs, selon des sources au niveau de l’ambassade américaine à Maurice, qu’un expert en billets de banque fasse bientôt le déplacement jusqu’au pays pour faire un état des lieux. 

Arnaque bien rodée

Tout semble réglé comme du papier à musique dans cette arnaque bien rodée. Un des commerçants a accepté de se confier au Défi Plus, après une forte insistance et à condition qu’il le fasse sous le couvert de l’anonymat. Il opère dans la région de Port-Louis. Le commerçant dit avoir été en communication avec le Nigérian. « C’était en début de semaine. Un ressortissant nigérian est venu dans mon magasin de chaussures. Il m’a confié son désir de se lancer dans les affaires. Il m’a dit qu’il recherchait l’asile en raison de l’instabilité politique dans son pays d’origine », raconte le commerçant.

Il ajoute que l’Africain lui a ensuite montré six feuilles de papier de couleur noire, lui disant qu’il s’agissait de véritables coupures de dollars américains. « Quelques minutes plus tard, il a pris un récipient contenant un liquide qu’il a soigneusement déversé sur les morceaux de papier. En peu de temps, les feuilles de papier se sont transformées en dollars », relate-t-il. Le Nigérian lui aurait ensuite montré un coffre contenant d’autres morceaux de papier noir. Ceux-ci étaient répartis en liasses de 100. Ils avaient même été découpés au millimètre près pour qu’ils ressemblent le plus fidèlement possible aux originaux. 

L’arnaque a lieu lorsque le ressortissant africain réclame 10 000 dollars américains uniquement pour l’achat du liquide servant à blanchir le papier noir. Si le commerçant a qui a failli se faire avoir par le Nigérian a accepté de se confier, c’est parce qu’il craint que d’autres ne soient tombés dans le panneau. 


Perquisition 

Sollicités par Le Défi Plus, les officiers du PIO, qui ont mené l’opération, n’écartent pas la possibilité que le Nigérian fasse partie du réseau de faux monnayeurs de dollars américains qui opérerait à Maurice. Tout |’attirail servant à fabriquer des liasses de billet (papiers, ciseaux, guillotine, arme tranchante) a été trouvé lors d’une perquisition à la résidence qu’il occupe à Maurice. Les officiers de la Tracking Team ont aussi trouvé une pommade noire qui devait servir à peindre en noir les billets utilisés au moment de la démonstration. Des coupures de dollar américain ont également été retrouvées. Le Nigérian a été arrêté pour séjour illégal. Il est détenu au centre de Moka.

Les morceaux de papier du coffre testés 

Durant notre enquête, nous avons pu mettre la main sur deux des liasses se trouvant dans le coffre du Nigérian. Le vendredi 9 novembre, nous avons demandé à des experts en billets de banque, au sein des services des douanes, d’analyser les feuilles de papier noir. 

Des examens à l’aide de produits chimiques ont été pratiqués. Des produits servant à la lessive, du chlore ou encore de l’eau salée ont été aspergés sur les morceaux de papier noir censés être de véritables coupures de dollar américain. Ce qui n’étonne pas des sources à la douane. Elles confient que beaucoup de ressortissants africains ont recours à ce type de pratique. 

« Ces personnes viennent vous voir. Elles font une démonstration avec un vrai billet recouvert d’un produit, prétendant qu’elles arrivent à le blanchir en y versant une substance. Les fraudeurs parviennent à convaincre leurs proies qu’ils peuvent en faire de même avec des liasses de papier, soigneusement découpées et portant les tags des banques américaines. Tout est bien rodé. C’est comme cela que beaucoup de gens se font piéger », concluent nos sources. 

Trafic de faux dollars : Un réseau à Maurice

La douane américaine est sur la piste d’un réseau de trafic de faux dollars qui opérerait à Maurice. Cette révélation a été faite dans un rapport confidentiel de la douane des États-Unis. 

Les officiers de la Mauritius Revenue Authority ont dressé une liste d’opérateurs de devises travaillant au noir. Depuis quelques semaines, les autorités aéroportuaires accordent une attention particulière aux devises introduites au pays par des passagers.

Ces derniers mois, elles ont fait plusieurs saisies des faux billets de banque. La dernière remonte au lundi 5 novembre 2018. Jean Jacques Mong Piim, un Camérounais de 34 ans, est arrivé à Maurice à 2 h 50 sur un vol de Kenya Airways. Il avait en sa possession cinq fausses coupures de 100 dollars. 
Au niveau de la douane, on indique que le dollar est la devise la plus prisée par les Africains pour le trafic de faux billets parce qu’il est disponible dans plusieurs pays auxquels ils ont accès. 

« Nous devons rester sur nos gardes face à ces arnaqueurs qui peuvent facilement manipuler les commerçants mauriciens », laisse-t-on entendre.