Environnement : les séquelles de la pollution demeurent à Pointe-aux-Sables
Par
Jean-Marie St Cyr
Par
Jean-Marie St Cyr
Après plusieurs jours marqués par une forte odeur nauséabonde à Pointe-aux-Sables, la situation s’est quelque peu améliorée grâce aux opérations de pompage de la Wastewater Management Authority. Mais les conséquences de la pollution sont visibles dans le cours d’eau.
La plage publique de Pointe-aux-Sables est, comme à l’accoutumée, très fréquentée par ses habitués. Outre les habitants de la localité, des visiteurs de passage ainsi que des livreurs ou employés des entreprises des environs profitent des facilités qu’offre la plage publique : parking et toilettes – pour faire une pause, pour déjeuner ou pour se soulager.
Les lieux sont appréciés pour leur tranquillité et leur entretien assuré par les employés du service de nettoyage. Le cadre, l’air marin et le chant des oiseaux procurent une sensation de quiétude à ceux qui souhaitent faire une halte avant de reprendre leurs activités.
Cette quiétude a toutefois été perturbée à la suite de la pollution du canal Golden longeant la plage publique. Depuis le 10 juin, une odeur nauséabonde se dégageait du cours d’eau après le déversement accidentel de teinture industrielle et d’eaux usées domestiques.
Lors de notre visite, le mardi 16 juin, la situation semblait néanmoins s’être améliorée. L’odeur âcre s’était quelque peu atténuée grâce aux travaux de pompage effectués par la Wastewater Management Authority (WMA). Des mesures ont également été prises pour empêcher l’eau souillée d’atteindre la mer, notamment par le renforcement de la dune naturelle à l’embouchure du cours d’eau. Les travaux étaient toujours en cours, avec des rotations de camions d’assainissement de la WMA.
Les personnes rencontrées sur place ont indiqué que la situation était nettement meilleure que quelques jours auparavant, lorsque l’odeur rendait l’air difficilement respirable. « Avek loder ki ti ena pa ti pe gayn lapeti pou manze. Aster la li inpe korek », avancent quelques personnes rencontrées sur place.
L’incident est survenu dans les parages de l’usine RT Knits à La Tour Kœnig. Lors de travaux d’excavation par l’entreprise GECC Ltd, un tuyau d’évacuation des eaux usées a été endommagé. Et le cours d’eau qui longe la plage publique avant de se jeter dans la mer a été pollué. La WMA explique qu’elle a immédiatement entrepris des opérations de pompage afin de contenir le débordement et prévenir toute propagation dans l’environnement.
« Des opérations continues de pompage ont été menées tout au long de la nuit pour évacuer les eaux usées et réduire les risques de contamination de l’environnement », indique la WMA. L’organisme ajoute que les travaux entrepris ont été complétés dans la soirée du jeudi 11 juin 2026 et que la station de pompage a été remise en service.
Les conséquences de la pollution sont néanmoins visibles. L’eau contenant de la teinture industrielle et un pourcentage d’eaux usées domestiques a pratiquement tué tous les poissons et autres créatures qui peuplaient le cours d’eau.
Lors de notre visite à la plage publique de Pointe-aux-Sables, nous avons également constaté que cet incident a mis en lumière qu’il y avait divers déchets, dont des bouteilles en plastique, dans le cours d’eau.
Dans un communiqué, RT Knits indique que l’incident, survenu le 10 juin, est lié à des travaux d’excavation effectués par un entrepreneur qui aurait accidentellement endommagé une canalisation exploitée par la Wastewater Management Authority (WMA).
Selon RT Knits, le conduit concerné transporte des eaux usées combinées provenant de plusieurs utilisateurs de la région et ne provient pas de ses installations. L’entreprise indique qu’elle a suspendu ses rejets dans le réseau affecté et qu’elle collabore pleinement avec les autorités concernées.
La compagnie ajoute que les inspections n’ont révélé aucun écoulement vers la mer ni aucune mortalité d’organismes marins dans le lagon. Concernant les accusations de présence de mercure, RT Knits assure qu’elle n’utilise pas ce métal dans ses procédés de production et qu’une analyse indépendante réalisée en mai 2026 n’a détecté aucune trace de mercure dans ses effluents. Des analyses sont toujours en cours afin de déterminer l’origine exacte d’une éventuelle contamination.
Dans un document à GECC Ltd, le 15 juin 2026, la WMA indique qu’il a été constaté qu’un accord avait été signé entre Basalt Solar Ltd (joint-venture entre UBP et IBL Energy Ltd), Tianli Spinning (Mauritius) Co. Ltd et Landscope Mauritius. Selon ce document, Basalt Solar Ltd et Tianli Spinning (Mauritius) Co. Ltd devaient obtenir les autorisations nécessaires auprès des autorités concernées.
L’organisme note que Basalt Solar Ltd n’a pas sollicité son approbation pour l’obtention des wayleaves nécessaires aux travaux d’excavation sur le site concerné, conformément aux dispositions du Wayleave Agreement daté du 18 novembre 2025. Selon la WMA, cette démarche aurait permis d’éviter l’incident. « La WMA se réserve le droit de prendre des actions contre les parties concernées », indique le communiqué.
Selon le point de situation quotidien du ministère de l’Environnement, une nouvelle visite de suivi effectuée le mardi 16 juin à Pointe-aux-Sables a révélé une diminution considérable du volume d’eau stagnante dans le canal Golden. Une odeur intermittente demeurait toutefois perceptible dans la zone concernée.
Les opérations de pompage menées par la WMA se poursuivent. L’entrepreneur GECC Ltd a également procédé à l’enlèvement de déchets et de débris sur une distance d’environ 100 mètres dans le canal.
Le ministère précise que le canal, obstrué par une dune formée naturellement et constituant une barrière empêchant toute infiltration d’effluents dans le lagon, ne sera pas rouvert à ce stade. C’est afin d’éviter tout risque de rejet accidentel d’éventuels effluents résiduels dans la mer. Le National Environmental Laboratory effectue des analyses des sédiments.
Des dispositions ont été prises avec la Solid Waste Management Division afin que les débris et sédiments collectés soient acheminés au centre d’enfouissement de Mare-Chicose. Le ministère des Collectivités locales et la mairie de Port-Louis ont été sollicités pour le nettoyage des déchets solides accumulés en amont du pont.
Une visite a aussi été effectuée sur le site à l’origine de l’incident, dans la zone industrielle de La Tour Kœnig, près de RT Knits, en présence de représentants de la police de l’environnement. Il a été constaté que le conduit d’eaux usées endommagé lors des travaux de fouille par GECC Ltd a été réparé et qu’il n’y a aucun nouveau débordement d’effluents.
Le ministère de l’Environnement ajoute que les travaux de pompage, de nettoyage et de réhabilitation se poursuivent sous la supervision des autorités et qu’un suivi régulier sera maintenu jusqu’au rétablissement complet du site.