Economie

Entreprises familiales : ces jeunes qui ont suivi les traces de leurs parents

Entreprises familiales

Ce sont leurs pères ou leurs aïeux qui ont bâti l’entreprise familiale. Aujourd’hui, ils ont la lourde tâche de mener la barque à bon port. Rencontre !

Groupe Ramdenee

Sharon Ramdenee : «C’était mon destin de prendre la relève»

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Sharon Ramdenee en compagnie de son père lors d'une cérémonie marquant le rebranding de la compagnie.

Année 2014. Nous sommes en Angleterre. Sharon Ramdenee, la fille aînée de Rajesh Ramdenee, vient de terminer son MBA avec distinction. Elle est d’ailleurs première de sa promo. Des études brillantes qui lui ouvrent les portes de plusieurs entreprises en Angleterre, car les offres d’emploi ne manquent pas.

« C’est à cette époque-là que mon père m’a approchée pour me dire de prendre la relève de l’entreprise familiale. Je me souviens que j’étais déchirée », se rappelle Sharon Ramdenee. Une telle orientation signifiait deux choses : compromettre quelque part son indépendance qu’elle avait bâtie depuis toujours et devoir gérer les défis qui sont typiques des entreprises familiales. « Je me disais par ailleurs que cette entreprise était le fruit du travail de toute une vie, celle de mon père. Cette compagnie est tout pour lui. J’ai accepté par amour, par respect et pour rendre hommage à mon père, mais aussi par ma loyauté innée et mon sens du devoir et de la responsabilité. Il avait besoin de savoir que la relève était assurée », explique la jeune femme.

Et c’est ainsi qu’en janvier 2015, Sharon Ramdenee intègre l’entreprise familiale en tant que Deputy Chief Executive Officer d'Agiliss (anciennement connue comme Tiremaster Foods Division). « Entrer directement comme CEO n’était pas le chemin idéal. Il y a avait un ‘non-family member’ qui était CEO à l’époque et cela était essentiel pour établir des bases et initier le changement de culture et de méthodes. Ce n’est qu’en août 2016 que je suis devenue CEO », explique-t-elle. Il faut dire que la jeune femme ne manque pas de compétence et d’expérience. Elle a déjà travaillé chez Ernst & Young en Angleterre et a même été directrice financière au sein du groupe St Aubin.

Loyauté familiale

Sharon Ramdenee va très vite s’imposer. « Cette dualité de rôle (fille et CEO) est émotionnellement challenging. Le plus dur, c’est de gérer l’ambigüité qu’implique une entreprise familiale. C’est bien souvent une gestion paternaliste où il y a eu beaucoup de tolérance. Or, j’ai changé ce mode de gestion en y imposant une culture plus corporate avec les meilleurs pratiques », fait-elle ressortir. Et c’est loin d’être le seul changement qu’elle a apporté. Elle a restructuré l’entreprise, l'a modernisée en termes d’infrastructures technologiques et a professionnalisé davantage l’équipe de gestion en recrutant des managers avec de fortes compétences tout en introduisant de nouvelles méthodes de travail. « Je crois que c’était mon destin de perpétuer l’héritage. C’est une question de loyauté familiale ! », avance-t-elle.

À savoir que les deux frères de Sharon Ramdenee travaillent dans d’autres unités de l’entreprise. En effet, Sheen Ramdenee s’occupe du business de pneus au sein du groupe alors que Shayan Ramdenee est en charge du garage mécanique et de la vente des voitures d’occasion. « Nous nous entendons très bien et ma relation avec eux est plus forte que le travail ou encore l’argent. Ce sont des valeurs que nous ont inculquées mon grand-père et mon père », indique Sharon Ramdenee.

Et qu’en est-il de sa relation avec son père, Rajesh Ramdenee, qui est le Chairman de la compagnie ? « C’est quelqu’un de dynamique et de fonceur qui a du savoir-faire et de l’expérience. C’est un battant avec des méthodes qui lui sont propres. Comme nous avons les mêmes traits de caractère, mais aussi des différences complémentaires, notre combinaison est donc powerful », fait-elle ressortir. Avec un père expert en tactical sourcing and market pricing, Sharon Ramdenee ne peut qu’amener la compagnie toujours plus loin et toujours plus haut.


Parcours académique

C’est à 18 ans que Sharon Ramdenee quitte Maurice pour faire des études en Angleterre en droit et gestion à l’University of Warwick après avoir décroché une bourse. Après son diplôme, elle choisit la filière business et se spécialise comme Chartered Accountant au sein de l’Institute of Chartered Accountant of England & Wales en travaillant avec Ernst & Young à Londres. Elle travaillera ensuite en Angleterre pendant 8/9 ans avant de rentrer à Maurice. Après avoir travaillé pendant quelques années à Maurice, elle s’envole de nouveau en Angleterre pour faire son MBA après avoir décroché une bourse. Elle poursuit actuellement un doctorat en Business & Management.


Fiche de l’entreprise

  • La date d’incorporation : 1992. Mais les Ramdenee sont en affaire depuis 1954.
  • Les principales activités du groupe : La distribution des produits alimentaires (notamment du riz des marques Fatima, Trophy, Kohinoor, Orient, de l’huile des marques Leader et Orient, du lait des marques Cowland, Leader, Promex, Green Meadow, des grains secs de la marque Orient, certaines conserves, des jus de fruit, etc), le business de pneu et l’immobilier.
  • La compagnie en chiffres : 300 employés. Un chiffre d’affaires de Rs 1,2 milliard. Un entrepôt de 5 000 mètres carrés à Phœnix.
  • Les projets de l’entreprise : L’entreprise proposera une nouvelle ligne de produits cette année et une autre gamme d’articles l’an prochain. Autre grand projet : la modernisation de son unité de packaging (qui sera le plus moderne et unique de l’océan Indien) pour la rendre plus dynamique et réactive sur le marché.
  • Bref historique de l’entreprise : En 1954, Dan Ramdenee et son frère Mohun lancent un petit commerce - Ramdenee Brothers Co Ltd - à la rue La Reine à Port-Louis. Rajesh Ramdenee, le fils de Dan, vient leur prêter main-forte et apprend les secrets du métier avant d’ouvrir en 1992 un business de pneus – Tire Master ainsi qu’un atelier de service, novateur et pionnier à l’époque. En 1995, Dan Ramdenee cède à Rajesh le business alimentaire. Ce dernier va développer la Tiremaster Foods Division. Aujourd’hui, la compagnie est un des plus gros distributeurs dans le pays et le leader de plusieurs produits. En novembre 2017, la compagnie procède à un rebranding pour se doter d’une identité propre, avant-garde et moderne. Et c’est ainsi que Tiremaster Foods Division devient Agiliss.

Dewa & Sons

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Depuis le décès du patriarche en 2014, l'affaire familiale est gérée par ses cinq enfants.

Quand quatre frères, une sœur et deux neveux sont liés par le sang et les affaires

Qui ne connaît pas le fameux dholl puri Dewa ! Cette entreprise familiale est gérée par les quatre frères Unuth à savoir Sailesh, Sudesh, Sanjay, Sanjeev et leur sœur Lata. Un flambeau qu’ils auraient bien pu ne pas tenir. « Je me souviens, qu’au collège, je ne voulais pas faire ce métier. Mes frères et sœur partageaient plus ou moins le même sentiment », explique Sailesh Unuth, un des directeurs de Dewa & Sons. Voir leur père, Dewa, se démener pour vendre ses dholl puri, les a marqués.

« C’est une activité qui n’était pas évidente à mener dans les années 70-80 car le ‘street food’ n’était pas encore populaire. Mon père a dû faire beaucoup d’efforts pour faire sa renommée », souligne notre interlocuteur. Mais aussi des sacrifices comme se lever tous jours à 2 ou 3 heures du matin pour préparer ses dholl puri. Il pouvait, toutefois, compter sur son épouse Maya et ses enfants pour l’aider quotidiennement dans sa tâche. Des efforts qui apporteront leurs fruits tant mérités quand l’affaire deviendra progressivement florissante. Dewa obtiendra même un prix pour son dholl puri lors d’une foire nationale à Rose-Hill.

Il était de notre devoir de continuer à faire progresser l’entreprise

« Petit à petit, à force de l’aider, c’est devenu évident qu’on allait assurer la relève. Il était de notre devoir de continuer à faire progresser l’entreprise que notre père, et avant lui notre grand-père, a mis tant d’efforts à bâtir. Et aujourd’hui, nous sommes fiers que la quatrième génération fait également sa percée », avance Sailesh Unuth. En effet, Sandy et Sheane, les deux neveux de Sailesh, apportent également leur pierre à l’édifice. Leur apport se fait surtout au niveau de la publicité et de la livraison des produits. Notons qu’à part la vente directe et l’exportation, les Unuth écoulent leur dholl puri dans des restaurants, des snacks, des hôtels, des grandes surfaces ainsi que des foires. Comme quoi, le dholl puri Dewa n’a pas fini de faire son petit bonhomme de chemin.

Fiche de l’entreprise

  • Les principales activités de l’entreprise : La production, la vente et l’exportation du dholl puri.
  • La compagnie en chiffres : Une quinzaine d’employés. Quatre points de vente notamment à Bagatelle, à New Arab Town à Rose-Hill, à la rue Patten à Rose-Hill et à La Louise à Quatre-Bornes. La compagnie exporte des dholl puri dans sept pays : Réunion, Canada, Angleterre, France, Australie, Afrique du Sud, l’Inde.
  • Les projets de la compagnie : Dewa & Sons prévoit l’ouverture de deux restaurants l’an prochain, dans la capitale et à Grand-Baie.
  • Bref historique de l’entreprise : Dans les années 50, Juglall Unuth, dont la famille était originaire du Bihar, vendait du dholl puri et des gâteaux à la rue Châteauneuf à Beau-Bassin. Son fils Nandcoomar, plus connu comme Dewa, se lance lui aussi dans le business une dizaine d’années plus tard. Il fera sa notoriété en vendant ses dholl puri dans des collèges (St Mary's, Queen Elizabeth, Eden, St Andrews, etc), à la Place Taxi à Rose-Hill, à Beau-Bassin et, parallèlement plus tard, en 1985, dans les loges du Champ-de-Mars. L’autre innovation de sa part : il agrémente ses dholl puri de curry, de rougaille ou encore d’achards (Ndlr : à l’époque, le dholl puri se consommait uniquement avec du ‘chutney’ ou du piment). Si aujourd’hui, le père Unuth n’est plus là (Ndlr : il est décédé en mars 2014), l’affaire familiale est gérée par ses cinq enfants.