Economie

Entrepreneuriat - Alimentation : Rodia Fishing, un parcours contre vents et marées

diego star

Passer du commerce de poulet à la grande distribution de poissons. Tel a été le pari des frères Ben et Jessen Soobramaney. Quelque 13 ans après leur entrée dans cette industrie et ce à coûts d’investissements massifs, l’entreprise a mené à bon port l’exercice de diversification. Les défis sont omniprésents. Tout est une question d’adaptation. Une histoire. Il était une fois…

Une entreprise familiale où tout tourne autour du poulet, soit l’élevage, l’abattage et le commerce. Afin de mieux répondre à une clientèle de plus en plus exigeante et s’améliorer en termes de l’offre, Rodia Processing Plant Co. Limited voit le jour en 2002. Le nouvel abattoir répond aux meilleures normes d’hygiène. L’investissement, cependant, intervient en amont d’un cycle de production accélérée de poulet à Maurice, débouchant sur l’autosuffisance (Maurice a produit 47,500 tonnes de poulet en 2017).

« La compétition est devenue féroce. Les marges de profit ont diminué. Des fois, notre objectif a été de vendre rien que pour rentrer dans les frais, » raconte Jessen Soobramaney, 41 ans, dans un entretien téléphonique lundi 28 janvier. « Après réflexion et analyse de la demande, on s’est dit que le poisson est une excellente alternative de diversification. »

À partir de 2006, l’entreprise commence à acheter du poisson auprès des bateaux accostant la rade de Port-Louis. La cargaison provient de la pêche hauturière, dans nos eaux territoriales, sur les bancs de Nazareth et Saya de Malha au nord de Maurice. Du capitaine, du berry et la vieille (rouge et grise) y sont pêchés. La distribution se fait auprès des commerces, incluant boutiques et boucheries. Trois années plus tard, c’est le déclic.

« Nous faisions face à des soucis d’approvisionnement, des difficultés motivées par des considérations commerciales. Il n’a aucune obligation pour qu’un propriétaire de bateau nous vende une partie de sa cargaison alors qu’il peut bien commercialiser sa prise et engranger un meilleur bénéfice », fait ressortir Jessen Soobramaney.

L’aîné, Ben Soobramaney fonde Rodia Fishing Co. Limited. Une opportunité pour acquérir un bateau de pêche se présente. C’est le Diego Star. L’investissement est conséquent pour une entreprise de taille moyenne surtout quand on tient compte de l’entretien, le coût associé pour partir en haute mer, les frais de l’équipage, les pertes de revenus en période de mauvais temps, les taxes et charges portuaires.

Selon notre interlocuteur, avec l’acquisition, Rodia Fishing entre de plain-pied dans le commerce à grande échelle du poisson à Maurice. Le volume pêché est conséquent. Au lieu de distribuer du poisson aux petits commerces, l’entreprise s’engage dans la vente en gros. La progression sera exponentielle car la compagnie gérera jusqu’à cinq bateaux dont trois de 55 mètres, avec une cale frigorifiée ayant une capacité de 150 tonnes de poissons.

Tout comme dans le secteur aviaire, les clignotants virent du vert au rouge dans la pêche et commerce en gros de poisson. En 2014, affirme Jessen Soobramaney, le marché fait face à une surabondance. Le stock est liquidé. Les bateaux n’effectuent aucune sortie pour un semestre, le temps que le marché se stabilise en termes de quantité et de prix.

La situation incite, une fois de plus, à la diversification. L’entrepôt frigorifié, sis à Curepipe – le siège social des entreprises - est agrandi. Place maintenant à des produits à valeur ajoutée destinée au grand public. Supra Foods, une nouvelle marque, voit le jour. Le poisson transformé a désormais une valeur ajoutée que ce soit en entier ou en tranches. « Nous avons développé une ligne de distribution plus agressive », précise Jessen Soobramaney. « Supra Foods a fait son entrée dans les grandes surfaces »

Aujourd’hui, le commerce de poisson représente environ 95 % du chiffre d’affaires. N’empêche que les difficultés sont toujours là. Sans tomber dans la critique, notre interlocuteur estime que les conditions du marché et les impositions fiscales pèsent lourd dans la balance. « D’abord, le poisson se fait rare pour des raisons qu’on peine à trouver. L’importation du poisson nous concurrence en termes de prix parce qu’il n’y a aucune taxe. La qualité est moindre. À notre niveau, Rodia Fishing doit payer plusieurs charges, » énumère-t-il.

Tout en restant dans le secteur, Rodia Fishing s’est engagée dans un processus de restructuration avec la vente de deux bateaux.

Son engagement pour assurer la sécurité alimentaire du pays se poursuivra, mais à moindre échelle…

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