Entrepôts de médicaments dans un état alarmant : un rapport parlementaire accablant sur le ministère de la Santé
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Un rapport parlementaire révèle des conditions de stockage alarmantes pour les médicaments destinés aux hôpitaux publics. Entre négligences et dysfonctionnements, les risques sanitaires et financiers inquiètent fortement.
Des entrepôts sans électricité ni climatisation, infestés de rongeurs, aux structures dégradées par l’humidité et les moisissures, où sont stockés des médicaments destinés aux hôpitaux publics. Tel est le constat sévère dressé par le Public Accounts Committee (PAC) dans le rapport spécial, intitulé Warehousing of Pharmaceutical and Medical Disposables – Central Supplies Division (CSD), Ministry of Health and Wellness, déposé mardi à l’Assemblée nationale.
Présidé par Adrien Duval, Whip de l’opposition, ce document bipartisan est le fruit de multiples auditions et de deux visites de terrain menées en septembre et octobre 2025. Il met en lumière de graves dysfonctionnements dans la gestion du stockage des produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux par la Central Supplies Division du ministère de la Santé et du Bien-être.
Le rapport s’appuie sur les observations du Directeur de l’Audit pour les exercices 2021 à 2024. Il souligne les risques sanitaires ainsi que d’importants gaspillages financiers. Il révèle aussi des failles de sécurité susceptibles de compromettre l’intégrité des médicaments fournis aux patients du secteur public.
Les enjeux sont considérables. Selon les données citées, les stocks pharmaceutiques détenus par la CSD s’élevaient à environ Rs 1,8 milliard au 30 juin 2023. Les dépenses annuelles d’achat de médicaments, drogues et vaccins ont atteint près de Rs 1,4 milliard au cours de l’exercice 2023-2024. Dans le même temps, des médicaments et fournitures médicales expirés d’une valeur totale d’environ Rs 213 millions ont été enregistrés dans le système entre janvier 2020 et août 2023.
Des frais supplémentaires de Rs 83,3 millions ont été engagés pour la location de bâtiments et des services de sécurité et de nettoyage, tandis que la somme de Rs 28,6 millions a été perdue en frais de stockage et de surestaries, en raison de l’absence d’une infrastructure centralisée adéquate.
Le comité décrit sans détour l’état des cinq entrepôts exploités par la CSD – quatre à Plaine Lauzun et un à New Grove. « Votre Comité a constaté que les entrepôts utilisés pour le stockage des médicaments et des fournitures médicales sont dans un état déplorable et gravement dégradé », peut-on lire dans le rapport.
Au moins trois entrepôts de Plaine Lauzun sont dépourvus d’installations électriques appropriées, privant les locaux d’éclairage, de ventilation et de tout système de climatisation. Des bâtiments anciens, issus de l’ex-Tobacco Board, sont utilisés malgré des doutes persistants sur leur condamnation officielle. Le comité souligne, non sans ironie, que l’Energy Services Division occupe l’étage supérieur du bâtiment avec tout le confort électrique, incluant éclairage et climatisation. En revanche, le rez-de-chaussée, dédié au stockage des médicaments, en est dépourvu.
Les locaux présentent des signes évidents de détérioration structurelle : plafonds endommagés, humidité excessive, accumulation de poussière, fissures dans les murs et même des racines de banian qui pénètrent les structures. Ces conditions exposent particulièrement les médicaments sensibles, notamment les formulations pédiatriques comme le paracétamol pour nourrissons, à une dégradation prématurée due à des températures et un taux d’humidité dépassant les normes recommandées par les fabricants.
Quatre des cinq entrepôts sont affectés par une infestation de rongeurs, la Section C de Plaine Lauzun étant la plus touchée. Le rapport précise que « les emballages et les boîtes contenant des médicaments et des fournitures liquides sont régulièrement endommagés et compromis par les rats ». Des points d’entrée visibles (trous et ouvertures) ont été observés lors des visites.
Le comité juge ce constat particulièrement préoccupant dans le contexte actuel : « Au moment même où ce rapport est rédigé, le pays est confronté à une importante flambée de leptospirose – une maladie potentiellement mortelle associée à l’infestation de rongeurs – avec environ 15 cas signalés et quatre décès ». Il conclut que la poursuite du stockage dans de telles conditions « ne constitue pas seulement une défaillance administrative ou infrastructurelle, mais un sérieux et immédiat problème de santé publique nécessitant une action corrective urgente ».
La planification du stockage est qualifiée de « chaotique et désorganisée ». De grandes quantités de médicaments expirés depuis janvier 2025 occupent des espaces climatisés à New Grove. Pendant ce temps, des produits essentiels - solutions de dialyse, fluides intraveineux et fournitures chirurgicales - restent entreposés dans les bâtiments dégradés et infestés de Plaine Lauzun.
Le système électronique de gestion des stocks (EIMS), censé assurer un suivi en temps réel grâce aux codes-barres, est jugé « totalement inopérant ». Cette défaillance s’explique par le manque d’électricité, l’absence de connectivité réseau et l’impossibilité d’installer des terminaux dans certains bâtiments. La gestion des stocks repose donc encore sur des registres manuscrits et la connaissance personnelle des employés.
Les délais bureaucratiques liés à l’élimination des produits expirés, soumis à l’approbation du ministère de l’Environnement, prolongent leur stockage de plusieurs mois. Dans certains cas, celui-ci dépasse dix mois, mobilisant inutilement un espace précieux.
Le rapport pointe également de graves lacunes en matière de sécurité et de santé au travail. Malgré la valeur élevée des stocks, incluant des substances hautement contrôlées comme la méthadone, aucune sentinelle policière n’est présente durant les heures de travail. De plus, aucune caméra de vidéosurveillance n’est installée à l’intérieur des zones de stockage.
Des barils d’alcool hautement inflammable sont stockés en plein soleil et transférés manuellement sans équipements adaptés, créant un risque incendie majeur. Aucun certificat de sécurité incendie n’a été délivré pour les entrepôts de Plaine Lauzun, et les systèmes de « sprinklers », hydrants ou alarmes font défaut.
Les conditions sont particulièrement alarmantes dans la Section C, où un ouvrier travaille dans un environnement « en état avancé de désintégration », avec des morceaux de plafond qui sont tombés pendant la visite du comité. Le rapport souligne : « Aucune personne ne devrait être tenue de travailler dans des conditions présentant de tels risques graves pour sa santé et sa sécurité ». Aucun équipement de protection individuelle n’est fourni au personnel, et aucun certificat de santé et sécurité n’a été émis pour les entrepôts.
À New Grove, des produits chimiques toxiques de « fogging » destinés à la lutte contre les moustiques fuient à proximité immédiate de boîtes de médicaments, sans ventilation adéquate ni protection pour les agents.
Face à cette situation, le PAC considère la construction d’un entrepôt centralisé moderne comme « une priorité absolue et urgente ». Le projet, envisagé depuis 2009, a vu son coût estimé passer d’environ Rs 60 millions à 2,2 milliards sans concrétisation. Le comité recommande la création immédiate d’un Steering Committee de haut niveau pour finaliser le site et accélérer sa mise en œuvre.
Dans l’attente de mesures concrètes, une série d’actions urgentes est préconisée. Elles incluent l’installation prioritaire de l’électricité et de systèmes de climatisation, la réhabilitation des entrepôts, ainsi que le transfert immédiat de la Section C vers New Grove et l’opérationnalisation complète de l’EIMS.
Le rapport recommande notamment l’élimination rapide des médicaments expirés, ainsi que l’installation de caméras de surveillance et la présence permanente d’une sentinelle policière armée. Il préconise aussi la mise en place d’infrastructures anti-incendie, la ségrégation des produits chimiques dangereux et la fourniture d’équipements de protection au personnel.
Dans sa conclusion, le comité ne cache pas sa préoccupation : « Votre Comité note que les conditions observées […] tombent dramatiquement en deçà des normes mêmes que le ministère exige lui-même des autres en sa qualité de régulateur ». Il estime que ces défaillances placent les patients du secteur public « dans une situation de désavantage significatif » par rapport à ceux du secteur privé et soulèvent « de graves préoccupations concernant la valeur de l’argent des contribuables » et l’utilisation efficace des fonds publics.
Ce rapport spécial a été approuvé à l’unanimité par ses membres.
Le Public Accounts Committee est actuellement composé comme suit :
Président : Adrien Duval, Whip de l’opposition
Kugan Parapen, Junior Minister de l’Intégration sociale, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale et élu de Rezistan sek Alternativ