Enseignement préscolaire - Écoles maternelles : derrière la gratuité, le coût de la discorde
Par
Annick Daniella Rivet
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Annick Daniella Rivet
Le gouvernement confirme le maintien de l’éducation préscolaire gratuite, tout en adoptant une réforme majeure du système de subventions aux écoles maternelles privées. Les nouvelles mesures, applicables dès janvier 2027, redéfinissent le fonctionnement du Grant-in-Aid Scheme. La CTSP prépare, pour sa part, un rassemblement le samedi 20 juin à 10 heures.
Le Conseil des ministres a approuvé, vendredi dernier, le maintien de l’éducation préscolaire gratuite, accompagné d’une série de mesures visant à réformer le système de subventions accordées aux écoles maternelles privées dans le cadre du Grant-in-Aid (GIA) Scheme. Cette réforme, qui entrera en vigueur en janvier 2027, devrait représenter un coût d’environ Rs 740 millions. Ces recommandations émanent d’un comité interministériel présidé par le ministre de l’Éducation. Le comité a consulté plusieurs parties prenantes, notamment les responsables d’écoles privées, les représentants du personnel et la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP).
Parmi les principales mesures retenues figure le maintien de la prise en charge des salaires des employés des établissements bénéficiant du GIA. Le gouvernement introduira également un nouveau modèle de fonctionnement pour les écoles comptant jusqu’à 20 élèves. Le poste de manager sera remplacé par celui de « Teacher/Manager ». Les titulaires de ce poste percevront un salaire équivalent à celui d’un enseignant, ainsi qu’une allocation mensuelle de Rs 5 000 pour assumer les responsabilités de gestion. Le ratio enseignant-élèves sera progressivement porté de 1:15 à 1:20. Les postes d’assistant teacher et d’assistant manager seront graduellement supprimés, tandis que les managers actuellement en poste bénéficieront d’un programme de mise à niveau de leurs qualifications.
Concernant les frais de location, les écoles accueillant jusqu’à 20 élèves pourront obtenir un remboursement mensuel plafonné à Rs 5 000. En revanche, cette aide sera supprimée pour les 117 établissements comptant plus de 20 élèves. Le gouvernement a également décidé de réduire de 50 % les subventions destinées aux dépenses opérationnelles et de renforcer les mécanismes de gouvernance et de contrôle afin de limiter les abus relevés dans la gestion actuelle du programme. Par ailleurs, le comité recommande la suppression de la subvention par élève de Rs 400, actuellement versée à 106 écoles maternelles payantes.
La CTSP tiendra un rassemblement le samedi 20 juin à 10 heures pour définir sa stratégie face aux décisions gouvernementales concernant les écoles préprimaires privées. Jane Ragoo, porte-parole de la confédération, rappelle que l’année dernière, les écoles ne savaient pas si elles allaient pouvoir fonctionner en 2026. Après leurs manifestations et représentations, le gouvernement avait conclu qu’il fallait revoir la situation dans la transparence. Une rencontre a eu lieu avec le ministre de l’Éducation en novembre 2025 pour discuter de propositions permettant aux écoles de rester ouvertes et aux travailleurs de continuer à percevoir leurs salaires. Le ministère avait envoyé des propositions écrites en février 2026. La CTSP a sollicité une rencontre avec le comité interministériel afin d’expliquer sa position.
Jane Ragoo souligne que parmi ces propositions, il n’était pas question que les travailleurs perdent leur emploi, ni que les écoles préprimaires privées ferment, ni que les subventions cessent, car elles fonctionnent ainsi depuis deux ans. « En 2024, un nouveau Remuneration Order a fixé des salaires et des conditions d’emploi avantageux pour les SEN Schools, où travaillent enseignants, assistants, carers et managers. La CTSP a demandé un alignement avec ce Remuneration Order », soutient Jane Ragoo.
Le syndicat refuse que les enseignants soient limités au salaire minimum de Rs 20 000, créant une disparité avec les SEN Schools. Il dénonce également la suppression du poste de manager, remplacé par une allocation de Rs 5 000 pour les enseignants, ainsi que la suppression des assistant teachers.
« Nous ne comprenons pas comment un enseignant pourra gérer 20 enfants sans assistant », s’indigne Jane Ragoo.
La CTSP estime que le gouvernement a pris des décisions sans consultation, ignorant la réalité du terrain. Elle condamne fermement cette démarche et avertit que les écoles préprimaires privées risquent de disparaître, sauf celles qui ne bénéficient pas de subventions et qui dépendent directement des frais payés par les parents. « Il n’est pas question que les enseignants soient mal ou sous-payés », insiste la CTSP, qui regrette l’absence de dialogue. Elle estime qu’une solution acceptable aurait pu être trouvée par la discussion.
Satyam Juddoo, président de la Grant-In-Aid PPS Management Association, regroupant des directeurs et propriétaires d’écoles préprimaires, réagit à la décision du Conseil des ministres prise vendredi concernant les établissements relevant du GIA. « Nous avons beaucoup de points à soulever. L’exécutif et les membres ont travaillé tout le week-end sur ces questions », explique-t-il. La première interrogation demeure : « Sommes-nous toujours sous le GIA Scheme ou passons-nous à un nouveau dispositif ? »
Le ratio annoncé passe de 1:15 à 1:20. Le président se demande : « Est-ce qu’une seule personne devra s’occuper de 20 enfants ? Cette décision prend-elle en compte les absences pour maladie ou raisons professionnelles ? Qui répondra aux besoins de ces enfants ? »
Il souligne que cette mesure ajoute des responsabilités supplémentaires aux enseignants, déjà chargés de tâches administratives, de l’accueil des parents et des inspections. Le président avance que les recherches de l’Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD) recommandent un ratio de 1:14, et certains rapports préconisent même 1:10 pour une éducation de qualité. Des pays comme l’Allemagne et la Finlande appliquent déjà ces standards.
Satyam Juddoo insiste sur la diversité des profils d’élèves : « Parmi les 20 enfants, certains peuvent être autistes, dyslexiques ou avoir des troubles d’élocution. Est-ce réaliste d’attendre d’un enseignant qu’il s’occupe correctement de tous ces cas ? »
Satyam Juddoo attire également l’attention sur les difficultés financières des petites écoles : « Avec des revenus de Rs 120 000, nous devons couvrir Internet, caméras, téléphones, matériel scolaire, entretien des bâtiments, peinture, plomberie, électricité… Les dépenses dépassent souvent Rs 10 000 par mois. Où allons-nous trouver cet argent ? »
À la suite de toutes ces décisions, il s’interroge : « Le ministre nous demande-t-il de solliciter une contribution additionnelle des parents ? L’école redeviendra-t-elle payante pour survivre ? »
Concernant les loyers, il propose de fixer un montant adapté à chaque catégorie d’école. Enfin, Satyam Juddoo lance un appel au ministère de l’Éducation, lui demandant de trouver un directeur ou une directrice pour l’Early Childhood Care and Education Authority (ECCEA), qui fonctionne ainsi depuis une année. Selon lui, il est urgent de nommer une personne compétente pour assurer le bon fonctionnement de l’institution.