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Enquêtes, dettes et pertes : la MIC, un «dossier explosif» qui inquiète au sommet de l’État 

Le rachat de l’hôtel Ambre figure parmi les investissements les plus controversés de la MIC.

Créée pour sauver l’économie en pleine pandémie de COVID-19, la Mauritius Investment Corporation (MIC) est aujourd’hui au centre d’une équation délicate. Investissements douteux, dettes impayées et enquêtes pour malversations en font un « dossier explosif » suivi de près par le gouvernement. 

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La Mauritius Investment Corporation (MIC), dont l’unique actionnaire est la Banque de Maurice (BoM), est au cœur d’une crise préoccupante pour le gouvernement. Cette entité, créée en pleine pandémie de COVID-19 pour soutenir l’économie du pays, est aujourd’hui qualifiée de « dossier explosif » par des sources proches du dossier. Ses investissements, se chiffrant à plusieurs dizaines de milliards de roupies, présentent des risques majeurs, notamment un important non-remboursement de dettes par certaines entreprises. 

Des  difficultés financières qui risquent de peser lourdement sur la stabilité économique du pays. Les autorités explorent des solutions pour gérer ce portefeuille d’investissements, dont la valeur et les risques associés posent une équation complexe.

Approche prudente 

Depuis le changement de gouvernement en novembre dernier, tout nouvel investissement par la MIC a été gelé. Cette pause vise à analyser en profondeur la situation avant d’envisager des mesures adaptées. Le Premier ministre et son adjoint suivent ce dossier de très près. « On doit voir comment traiter ce dossier car il comporte des risques. Si on ferme la MIC, on risque de perdre beaucoup d’argent. On doit bien analyser quelle approche adopter », confie une source haut placée, soulignant les risques inhérents et la nécessité d’une stratégie prudente pour éviter des pertes substantielles. 

Incorporée le 2 juin 2020 avec un budget initial de Rs 80 milliards alloué par la BoM, la MIC a pour mission principale d’assister les entreprises mauriciennes de taille systémique, viables mais en détresse financière en raison de la crise sanitaire. Ses activités s’étendent également à des investissements visant à renforcer l’autosuffisance dans les besoins essentiels, à promouvoir une économie axée sur l’innovation et à gérer des actifs pour sécuriser les nécessités de base tout en soutenant une croissance à long terme. 

Mais voilà, tous les investissements n’ont pas été faits de manière judicieuse. D’ailleurs, certains font l’objet d’enquêtes menées par la Financial Crimes Commission (FCC) ayant d’ailleurs conduit à l’arrestation de son ex-Chief Executive Officer, Jitendra Bissessur. Plusieurs milliards de roupies seraient potentiellement déjà irrécupérables. 

À titre d’exemple, Best Construct, qui a été placée sous administration judiciaire il y a quelques années, doit Rs 180 millions à la MIC. Cette société de construction a reçu un financement de Rs 150 millions de la part de la MIC au cours de l’exercice financier 2022-23 et n’a remboursé aucun montant, générant des intérêts qui s’élèvent déjà à Rs 30 millions. 

Opérations controversées 

Au 30 septembre 2024, la MIC avait investi un total de Rs 56,834 milliards dans 60 entités. Parmi ses opérations les plus controversées, figure l’acquisition, en 2024, de 70 % des actions d’Eastcoast Hotel Investment Ltd, propriétaire de l’hôtel Ambre à Palmar. Cette transaction, évaluée à environ Rs 2,4 milliards, a suscité des controverses, sans que des détails précis sur les motifs de ces critiques n’aient été rendus publics.

À côté, les Rs 45 millions accordées par la MIC à Menlo Park Ltd, quelques jours avant les élections générales de 2024, ne sont qu’une goutte d’eau dans un vaste océan. D’autres investissements illustrent l’ampleur de l’engagement de la MIC dans le tissu économique mauricien. 

En décembre 2021, le conglomérat Medine, confronté à des difficultés financières et grand propriétaire foncier dans l’Ouest de l’île, a cédé 579,2 arpents de terrains à la MIC pour Rs 2,5 milliards. Ces parcelles, situées à Albion, La Chaumière, Chebel et Flic-en-Flac, incluent notamment le morcellement d’Albion. 

La même année, la MIC a racheté une partie des terres d’Omnicane, y compris le projet Mon Trésor Smart City, pour un montant de Rs 4,5 milliards. La corporation a aussi injecté Rs 25 milliards pour acquérir 49 % d’Airport Holdings Ltd (AHL), renforçant ainsi sa présence dans le secteur aéroportuaire.

Plus de Rs 1 milliard auraient également été accordées à la société propriétaire de l’hôtel Maradiva Villas Resort & Spa. L’entreprise Nundun Gopee & Co. Ltd a également bénéficié d’un soutien de Rs 550 millions de la MIC pour son projet Royal Green, un village de retraite de luxe à Réduit. 

Aujourd’hui, la BoM pilote les réflexions sur l’avenir de la MIC. Si aucune décision formelle n’a été finalisée, les enjeux, eux, sont clairs : une mauvaise gestion du dossier pourrait avoir de sévères répercussions sur l’économie de Maurice. 

De polémique en polémique

Entre enquêtes de la Financial Crimes Commission (FCC), soupçons de surévaluation d’actifs et critiques sur la gouvernance, la Mauritius Investment Corporation Ltd (MIC), filiale à 100 % de la Banque de Maurice (BoM) fait l’objet d’un examen attentif.

L’investissement dans Airport Holdings Limited (AHL), à hauteur de 49 % du capital, est particulièrement critiqué. Le 28 juin 2024, la MIC a perçu un dividende de Rs 490 millions. Mais deux jours plus tard, au 30 juin, une perte de valeur de Rs 1,78 Md était enregistrée sur la base des résultats non audités d’AHL.

Des observateurs estiment que les Rs 25 Md injectées pour cette prise de participation ne correspondent pas à la valeur réelle de l’entreprise. Selon une source proche du dossier, des estimations de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) situeraient la transaction autour de Rs 5 Md. Ce différentiel de Rs 20 Md reste au cœur de la controverse.
Une hypothèse évoquée dans les milieux économiques serait que l’État reprenne une partie du déficit, en rachetant certains actifs de la MIC. Pour l’heure, aucune décision n’a été annoncée.

Les acquisitions foncières, d’une valeur supérieure à Rs 10 milliards, effectuées auprès d’Omnicane et de Medine Sugar Estate, suscitent également des critiques. Lors d’une question parlementaire en mai 2025, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, avait qualifié ces transactions de « très douteuses ». Il avait indiqué qu’une restructuration de la MIC était en cours, sous l’égide de la Banque de Maurice. Selon nos informations, aucune mesure concrète n’a encore été rendue publique.

Manquements graves

Par ailleurs, un message diffusé sur les réseaux sociaux en août 2025 allègue que le Gouverneur de la BoM, Rama Sithanen, aurait tenté de vendre un terrain de la MIC à la société Sotravic « en catimini ». Toutefois, selon les éléments disponibles, cette transaction n’a pas été conclue. Une source indique qu’elle aurait été initiée sous une précédente direction et abandonnée depuis. D’autres sources affirment que des échanges de courriels entre un membre actuel du Conseil d’administration et Sotravic existeraient, laissant penser à des discussions relancées. Ce membre ferait par ailleurs l’objet d’une enquête interne. Un rapport aurait été transmis au bureau du Premier ministre mentionnant des « manquements graves ».

Pour l’économiste Sameer Sharma, le manque de compétences spécifiques en matière de capital-investissement au sein de la MIC aggrave la situation. « Ni Rama Sithanen ni Rajeev Hasnah ne disposent d’une expérience dans la gestion de fonds de situations spéciales », souligne-t-il. Selon lui, la composition du Board ne permet pas d’évaluer correctement des actifs illiquides ou complexes.

L’économiste plaide pour un audit indépendant et rigoureux de toutes les transactions. Il estime que plusieurs actifs sont surévalués et que des pertes importantes pourraient apparaître lors d’une réévaluation au prix du marché. Ces pertes, selon lui, risqueraient d’affecter le capital de la Banque de Maurice. Aucun investisseur étranger, ajoute-t-il, n’accepterait d’acheter ces actifs sans une décote significative.

« L’ancienne direction a gonflé artificiellement le bilan de la BoM grâce à une valorisation excessive des actifs du MIC et à la dépréciation de la roupie, ce qui a accru les fonds propres. Une rupture avec ces pratiques est essentielle pour restaurer la confiance », affirme Sameer Sharma.

Critiques du DPM

Le Premier ministre adjoint (DPM) et leader du MMM, Paul Bérenger, a lui aussi critiqué la gouvernance de la MIC et le rôle de Rama Sithanen. Ce dernier a rétorqué qu’aucun nouveau décaissement n’avait été effectué sous sa direction, en dehors des engagements déjà pris.

La FCC poursuit par ailleurs ses enquêtes sur plusieurs opérations liées à la MIC. Plusieurs scénarios sont envisagés : un audit exhaustif confié à un cabinet international, une réévaluation prudente des actifs ou encore une refonte du mandat de la MIC. Des discussions avec l’État pour racheter une partie des terrains ou absorber certaines pertes sont également évoquées.

Suspension controversée - BoM : le président du syndicat annoncera ses actions après avis légal 

Une suspension controversée secoue la Banque de Maurice, suscitant de vives réactions syndicales et une intervention ministérielle imminente. Il s’agit de celle de Chidanand Rughoobur, président du syndicat des employés de la BoM, survenue le 25 août 2025. Ce dernier compte annoncer ses prochaines actions après avoir consulté ses conseils légaux et son représentant syndical. 

Escorté hors des locaux de la Banque centrale le même jour, il fait désormais face à une suspension justifiée, selon la BoM, par une inculpation provisoire. « Le 25 août 2025, dans l’après-midi, après avoir examiné les dossiers judiciaires susmentionnés et d’autres documents pertinents, la Banque a pris la décision d’interdire à M. Rughoobar, conformément au paragraphe 2.2.48 des Conditions d’emploi de la Banque, avec effet immédiat, d’exercer ses fonctions d’analyste, dans l’attente du résultat d’une enquête policière sur une accusation pénale de ‘vagabondage et délit de fuite’, pour laquelle il a été provisoirement inculpé devant le tribunal de district de Grand-Port », précise la Banque dans un communiqué publié le 27 août. 

Une réunion est prévue ce vendredi 29 août, à l’initiative du ministre du Travail, Reza Uteem. Ce dernier, qui avait déjà entendu la version de Chidanand Rughoobur deux jours plus tôt, souhaite désormais recueillir celle de la Banque centrale. Le ministre a exprimé ses réserves sur la procédure suivie par la BoM, estimant qu’elle pourrait contrevenir à la législation en vigueur. 

Narendranath Gopee, autre figure syndicale, estime que la décision de suspendre Chidanand Rughoobur est entachée d’irrégularités. Selon lui, la situation nécessite une attention particulière.
 

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