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Enquête auprès des organismes en France : Maurice, maillon du trafic international de Subutex 

Une capsule de subutex achetée à Rs 40 en France est revendu à Rs 1 000 à Maurice

Le trafic du Subutex entre la France et l’île Maurice a pris une nouvelle tournure avec la découverte de 2 310 plaquettes de Subutex, estimées à Rs 3,4 millions, sur deux enfants mauriciens de 6 et 9 ans à l’aéroport, samedi dernier. Le Défi-Plus a enquêté auprès des organismes en France.

Le trafic du Subutex entre la France et l’île Maurice est très lucratif. Vendu à moins de trois euros (Rs 100) en pharmacie en France, acheté à un euro (Rs 40) par le biais de l’assurance-maladie nationale, cet opiacé est revendu, au minimum, à environ Rs 1 000 à Maurice. Soit un profit net de Rs 960 par capsule. D’où toutes sortes de subterfuges utilisées par des trafiquants mauriciens établis en France, dont l’utilisation des enfants comme mules.

Selon notre enquête auprès des Mauriciens en France, le Big Boss mauricien détient un réseau de Mauriciens et de gens d’autres nationalités qui sont à problèmes – toxicomanes, chômeurs, licenciés, brigands. Ces derniers font le tour des médecins aptes à prescrire du Subutex. Ils reçoivent cet opiacé pour un maximum de 28 jours par médecin. Dans certains cas, durant la même période, les pseudo-toxicomanes en traitement obtiennent plusieurs prescriptions de différents médecins. Pour ce faire, ils se servent de simples photocopies d'attestation de couverture maladie universelle (CMU) ou d'aide médicale d’État (AME). Ils paient 20 euros pour chaque ordonnance que ces médecins complaisants rédigent à tour de bras. Ces praticiens gagnent sur deux tableaux, car ils se font rembourser par la Sécu pour des consultations fictives. 
Munis de ces ordonnances, les trafiquants n'ont plus qu'à se rendre dans des pharmacies complices pour obtenir gratuitement les capsules, grâce aux fausses attestations de CMU ou d'AME. Ensuite, les comprimés sont mis en vente sur le marché clandestin en France ou expédiés à Maurice.  Selon le rapport annuel de l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), un quart des prescriptions de Subutex en France serait détourné vers le marché illicite local et international.

Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies

Agnès Cadet-Taïrou
Agnès Cadet-Taïrou

Sollicité par Le Défi-Plus, l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) nous a partagé son constat  du trafic du Subutex. Contacté au téléphone, Agnès Cadet-Taïrou, responsable du pôle TREND (Tendances récentes et nouvelles drogues) explique que le trafic du Subutex se fait à deux niveaux. D’une part, il y a un marché noir en France opéré par des réseaux franco-français. D’autre part, il y a des réseaux qui opèrent sur le plan international. Dans le deuxième cas, les autorités françaises ont pu tirer au clair le mode d’opération de la mafia de ce trafic après avoir démantelé un réseau entre Bordeaux et des pays de l’Europe de l’Est. « Les trafiquants recrutent des mules dont la mission c’est d’avoir des prescriptions auprès des médecins. Il faut bien préciser que très peu de médecins sont impliqués dans ce trafic. On peut dire de moins en moins », explique-t-elle.

Agnès Cadet-Taïrou dira que les médecins impliqués peuvent être divisés en deux catégories. « D’un côté, il y a les médecins délinquants qui sont complices du trafic de leur propre gré. Ils prescrivent du Subutex à tout demandeur. De l’autre, il y a des médecins qui, a un certain moment, ont relâché, voire craqué face à la demande pressant de patients habituels. Sans le savoir, ils se sont engouffrés dans un engrenage, car ils finissent par être débordés par des demandes venant d’un nombre croissant de gens », fait-elle ressortir.

Une fois l’étiquette de médecin délinquant collée à leur dos, ces médecins sont sujets à des menaces et même victimes d’agression, poursuit Agnès Cadet-Taïrou. « On a eu des cas de médecins qui disent avoir accordé des prescriptions sous la menace et de chantage. Le business est tellement lucratif que des trafiquants sont prêts à tout », déclare notre interlocutrice avant d’ajouter que quelques médecins ont dus déménager.

Du côté de l'Académie de médecine, on déplore que les règles d'ordonnance ne sont pas suffisamment respectées. Dans son rapport, elle pointe du doigt des héroïnomanes qui se fournissent avec une simple prescription et qui opèrent des trafics sur le dos des organismes payeurs. « Certains vont aller consulter plusieurs médecins et vont se faire prescrire plusieurs ordonnances pour recueillir une quantité très importante de produits qui seront destinés à la revente », explique le Pr Jean Costentin, membre de l’Académie de médecine.

Préjudice à la Sécu

À l’OFDT, on ne passe pas par quatre chemins pour dire que ce trafic porte préjudice à la Sécurité Sociale (Sécu) . Une chargée d'études de médecins qui travaille sur les traitements de substitution à l’OFDT, indique au Défi-Plus que le préjudice pour la Sécu -  hors-coût des consultations médicales est de 5 260 euros (pour le traitement nécessitant 330 boîtes de Subutex, car le taux de remboursement est de 65 %). Le calcul du préjudice se décline comme suit  pour la vente en pharmacie de ville d’une boîte de Subutex de 8 mg avec 7 capsules :

  • Prix hors honoraire de dispensation : 
    14,92 € (Rs 595)
  • Honoraire de dispensation :
    1,02 € (Rs 40)
  • Prix honoraire compris :
    15,94 € (Rs 635)

Cette chargée d'études de l’OFDT nous informe que les trafiquants rusés ne se font pas rembourser par la Sécu pour ne pas se faire repérer. Agnès Cadet-Taïrou abonde dans le même sens en avançant que certains trafiquants utilisent deux astuces pour échapper aux soupçons de la Sécu : (1) ils se font prescrire des doses en-dessous de la moyenne (2) ils changent régulièrement de mules.

Le préjudice à la caisse d'assurance maladie est estimé à au moins 4 millions d'euros (Rs 160 millions) par an à la Sécu.

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