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Engagisme : au-delà de l’Aapravasi Ghat

Le pays commémore le 183e anniversaire de l’arrivée des premiers travailleurs engagés à Maurice ce jeudi 2 novembre. L’occasion d’explorer les pistes autres que l’Aapravasi Ghat comme lieu ou projet de mémoire dignes d’attention.

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Voilà déjà plus de dix ans que l’Aapravasi Ghat a été inscrit sur la liste des patrimoines mondiaux de l’UNESCO. Pour le 183e anniversaire de l’arrivée des premiers coolies à Maurice, ce jeudi 2 novembre, et à quelques mois des 50 ans de l’indépendance, n’est-il pas temps d’explorer d’autres pistes pour honorer le devoir de mémoire envers les premiers travailleurs engagés ? L’Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTF) a déjà lancé certaines initiatives, ce qui va dans le sens de ce qu’espèrent les passionnés de l’histoire des travailleurs engagés.

L’historien Sadaseeven Reddy est d’avis que l’Aapravasi Ghat n’a pas été un lieu de si grande importance pour les travailleurs engagés, vu qu’ils y ont passé très peu de temps : « Dans la mémoire collective, je ne crois pas vraiment que l’Aapravasi Ghat tienne une place si importante, c’était comme les aéroports aujourd’hui, un lieu de transit. Ce dont les gens se rappellent le mieux, c’est la vie dans les camps. Savoir comment on vivait dans les camps sucriers aurait une plus grande valeur pour la mémoire. » L’historien a en tête une reconstruction d’un village d’époque, notamment sur le site de Trianon, où l’on aperçoit encore les vestiges du Old Labourers’ Barracks, à côté de la boîte de nuit Palladium.

Conservation du cachet

Ce projet est déjà sur la rampe de lancement de l’AGTF, selon Dharam Dhuny, président du conseil d’administration. « Il y aura de grands développements à partir de l’année prochaine sur le site de Trianon. Nous sommes en train de restaurer le bâtiment pour lancer le projet ambitieux d’un modèle de village tel qu’il en existait il y a à peu près 150 ans. » Un plan de conservation de tous les sites liés aux travailleurs engagés existe déjà. Difficile toutefois de prédire quand le projet de Trianon sera prêt. Sa restauration coûtera déjà pas mal à l’AGTF qui devra importer la chaux nécessaire pour le respect de l’authenticité des bâtiments de cette époque. « C’est un projet qui coûtera. Nous espérons pouvoir bénéficier de l’aide d’experts étrangers, ainsi que des ressources de l’UNESCO », a souligné Dharam Dhuny.

Au-delà des projets de cette nature qui nécessitent des investissements considérables, Satyadeo Peerthum, secrétaire général de l’Arya Sabha Mauritius, propose autre chose beaucoup plus simple à réaliser. « Certains disent qu’on ne peut célébrer l’arrivée des travailleurs engagés, parce que ce serait comme si on célébrait leur misère et leur exploitation. Si on retraçait la date exacte à laquelle le dernier travailleur engagé a foulé le sol mauricien, on aurait peut-être un meilleur motif de célébration, sans jour férié. On n’en a pas besoin, mais le geste serait beau », a souligné Satyadeo Peerthum.

Dharam Dhuny est surtout fier du lancement, il y a quelques jours, de l’‘Indentured Labour Route’. Il s’agit d’un regroupement des pays touchés par l’engagisme, dont l’Inde, l’Australie, l’Afrique du Sud, Surinam, Trinité-et-Tobago, la France et la Malaisie. « Il y aura une assemblée des pays membres chaque deux ans et Maurice assure la présidence pour les deux premières années. Le secrétariat se trouve également chez nous. Les chercheurs de tous ces pays vont se rencontrer pour discuter des autres travaux à mener. » Il s’agit d’une mise en commun des ressources pour poursuivre le travail de mémoire déjà lancé.

Du coup, vu l’ampleur de la démarche, l’anecdote que raconte Satyadeo Peerthum semble appartenir à un monde révolu : « Un ami m’a appelé pour me parler du monument qui se trouve dans la cour de l’Arya Sabha au Champ-de-Mars. Il a été construit en 1935, un an après les 100 ans de l’arrivée des premiers travailleurs engagés. En fait, en 1934, les autorités coloniales célébraient le bicentenaire de la ville de Port-Louis. Personne ne voulait offrir une place pour accueillir le monument avant que l’Arya Sabha ne le fasse. » Aujourd’hui, le monument s’internationalise.

 

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