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Enfants accros aux drogues de synthèse : des parents face au mur du désespoir

drogues de synthèse

Cela fait des années qu’on parle d’un rajeunissement des toxicomanes. Certains sont parfois âgés d’à peine 15 ans, pour ne pas dire moins. L’existence des drogues de synthèse n’arrange guère la situation. 

Nombre de jeunes en sont accros. Avec leur argent de poche, ils peuvent facilement se les procurer. Pas plus tard que cette semaine, un adolescent de 17 ans est mort d’une overdose. Il laisse derrière lui une famille meurtrie. Dans l’histoire, ce sont surtout les parents qui trinquent. Désarmés et désespérés, ils ne savent plus vers qui se tourner pour sortir leurs enfants de cet enfer. Mais ils essaient de garder espoir. Le Dimanche/L’Hebdo est allé à la rencontre de quelques parents dont la vie a basculé du jour au lendemain. Voici leurs récits. 

Nishy battue par son fils toxico : «Enn leker mama res enn leker mama» 

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Nishy vit dans l’anxiété.

Nishy, veuve et âgée de 47 ans, n’a qu’une seule crainte : que son fils, âgé d’une vingtaine d’années, finisse dans la longue liste de ceux décédés à cause de leur addiction à la drogue. L’habitante de Rivière-du-Poste, qui est femme au foyer et a trois enfants, est aujourd’hui face à un mur : son aîné, qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Il est même arrivé qu’il la frappe. Mais elle finit toujours par lui pardonner. « Enn leker mama res enn leker mama », se résigne-t-elle.  

A-t-il toujours été violent ? Nishy se rappelle que c’est lorsque son fils est devenu indépendant financièrement en faisant des petits boulots, soit il y a une dizaine d’années, que son comportement a changé : « Il ne fumait jamais à la maison, pas même une cigarette. Mais je savais qu’il fumait. » 

Le jeune homme a d’abord commencé par un petit joint. Mais il a rapidement commencé à chercher des sensations plus fortes. C’était le moment marquant sa descente aux enfers. Il est devenu agressif. Quand Nishy a le malheur de lui faire la morale, il n’hésite pas à lever la main sur la femme qui l’a mis au monde. Elle s’est rendue plusieurs fois au poste de police pour tenter de le ramener à la raison. Mais cela ne faisait qu’empirer la situation. 

La descente aux enfers se poursuivait. L’épouse du jeune homme a fini par le quitter, n’en pouvant plus de cette situation. C’est aujourd’hui Nishy qui s’occupe de leur enfant en bas âge, dont elle a désormais la tutelle. « Mo latet fatige. Mo bann lezot zanfan tromatize. Mo negliz zot akoz mo gran garson. Li donn mwa boukou traka. Ena fwa mo dir bondie ti bizin ramas mwa dan plas mo misie », dit-elle en larmes. 

L’agressivité de son fils croît de jour en jour. Il lui est arrivé, dans des accès de violence, d’endommager un frigo, un argentier et des meubles. « Gagn onte kan fami vini », poursuit l’habitante de Rivière-du-Poste. Elle l’a plusieurs fois mis à la porte. « Monn pous li plizir fwa. Me apre, kan li vinn plingne, mo les li revini », lance la veuve. Mère et fils sont pris dans un cercle vicieux. 

Récemment, le jeune homme avait déserté le toit familial. Inquiète, Nishy lui a envoyé un message. « Je lui ai dit que s’il ne voulait pas changer pour moi, il pourrait au moins le faire pour sa fille. Il m’a répondu : ‘Maman, aide-moi à m’en sortir’. Dieu fait des miracles. Je garde confiance en lui. Mon fils sortira de cet enfer », espère la mère de famille.


Rifa : «J’ai quitté  ma maison tant mon fils se comporte mal» 

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Rifa garde espoir que son fils changera.

Rifa menait une vie paisible aux côtés de ses deux enfants et de son époux. Puis un jour, il y a quatre ans, tout a basculé. Son fils aîné a commencé à se droguer. Cette descente aux enfers est dure à supporter au quotidien. Selon la Portlouisienne, c’est le stress de voir leur fils sombrer dans la drogue qui a eu raison de son époux, décédé il y a trois ans. « Mon mari était stressé. Il n’a pu supporter tout cela. Parfois, je me dis que ce serait mieux que je meure. Mais j’essaie de tenir bon, pour ma fille qui a encore son avenir devant elle », explique la veuve de 49 ans. 

Comment tout cela a-t-il commencé ? Rifa a des frissons, quand elle parle du calvaire qu’elle vit avec son fils toxicomane, qui a tout juste 21 ans. « Cela fait quatre ans qu’il se drogue. Il fumait du cannabis. Puis, il est passé à la drogue synthétique. Il travaillait à l’hôtel. Auparavant, je travaillais aussi. Quand je rentrais à la maison, il partait travailler et revenait vers minuit. Nous n’avions donc aucun contrôle sur lui. Voilà où tout cela nous a menés aujourd’hui », se lamente-t-elle.  

Son fils a arrêté de travailler. Il cherche de l’argent auprès de sa mère et de sa sœur pour pouvoir se droguer. « Si on refuse de lui en donner, il nous frappe. J’ai plusieurs fois été à la police. Mais au lieu de m’aider, on s’est moqué de moi », indique la veuve. Quand il a sa dose, il n’y a pas plus gentil que le jeune homme. Mais quand il est en manque, il met la maison sens dessus dessous. « Il n’a aucune pitié pour nous. Il ne me respecte pas, sa sœur non plus. Tout ce qui compte pour lui, c’est la drogue », dit amère la veuve.

Lait, café, couette, tapis, micro-ondes… Ce sont quelques-uns des articles que le fils de Rifa a volé et revendu afin d’avoir de l’argent pour se droguer. « Je n’ai pas de pension. Nous dépendons du salaire de ma fille, qui doit payer le loyer, les factures et la nourriture. Ma fille et moi, nous nous sacrifions, tandis que mon fils fait ce qu’il veut », déplore la mère de famille.

À cause du comportement de son fils, Rifa a été sommée par le propriétaire de la maison qu’elle loue de trouver une autre maison. « Il agit tellement mal que j’ai déserté le toit avec ma fille. J’habite chez mon frère. Toutefois, je viens donner à manger à mon fils. Que puis-je faire d’autre ? Je suis une maman avant tout », désespère Rifa.

Parfois, pour éviter de lui donner de l’argent, Rifa préfère se rendre elle-même à la boutique pour lui acheter des cigarettes. « Je me sens humiliée. De toute ma vie, je n’ai jamais touché à la moindre cigarette. Je suis aujourd’hui contrainte d’en acheter pour mon fils. On préfère lui donner des cigarettes plutôt que de l’argent, car on sait qu’il ira se droguer, s’il a des sous en main », affirme-t-elle.

Rifa dit aussi craindre pour l’avenir de sa fille, qui est en âge de se marier. « Elle avait reçu une demande en mariage d’un policier, mais elle a préféré refuser à cause de son frère. J’ai dit à ma fille qu’elle devait penser à elle, car sinon, elle raterait les chances que la vie lui offre », estime la Portlouisienne. « Monn dir li si mo ferm mo lizie, li pou vinn enn klosar. Personne n’aura la patience que j’ai envers lui. Je veux garder espoir qu’il changera un jour. J’ai foi en Dieu », conclut Rifa.


Témoignage d’un frère - Kevin : «C’est l’enfer sur terre»

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Kevin déplore que la drogue est si accessible.

Âgé de 29 ans, Kevin ne sait plus à quel saint se vouer depuis que son frère de 21 ans se drogue. Sa famille et lui tentent encore de l’aider à se défaire de son addiction. Pour Kevin, c’est par manque de maturité que son frère a commencé à se droguer. « On dit que les amis ont eu une influence. Mais il faut pouvoir réfléchir si quelque chose est bon pour nous ou pas. Si les autorités font leur travail comme il se doit, comment expliquer que la drogue est si facilement accessible ? Les trafiquants de drogue font ce qu’ils veulent. Je n’ai pas peur de le dire », lance Kevin. 

Cet habitant de Mahébourg essaye par tous les moyens d’aider son frère à reprendre le cours normal de sa vie. « C’est l’enfer sur terre. Mes parents et moi faisions confiance à mon frère. Je n’en croyais pas mes oreilles quand quelqu’un m’a informé que mon frère pe fim simik », déplore cet entrepreneur. 

Son frère, dit-il, n’est pas violent. « Il n’a jamais frappé personne. C’est quelqu’un de doux », précise Kevin, qui s’est juré de le sortir de cette spirale infernale. « Mon frère est immature. Il ne comprend pas que ses amis se servent de lui uniquement pour son argent. Ce qui me met en colère, c’est qu’il a commencé à fumer du cannabis pour ensuite basculer sur les drogues synthétiques », explique notre interlocuteur. 

Kevin lance un appel au Premier ministre pour qu’il prenne au sérieux ce problème de drogues de synthèse, qui fait des ravages. « Qu’il vienne écouter nos peines », lâche ce dernier.


Serge : «Mon fils vole des choses dans la maison» 

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Serge souhaite ne pas léguer ses biens à son fils.

Serge, âgé de 60 ans, essaie par tous les moyens de sortir son fils de 23 ans de la spirale infernale de la drogue. Mais sans succès. « C’est en raison de son changement de comportement que j’ai su qu’il se droguait. Avant, c’est un garçon gentil et calme. Aujourd’hui, il est très violent », pleure cet habitant de Petite-Rivière, qui a trois enfants. 

Le jeune homme, qui se drogue depuis trois ans, ne travaille pas. Il demande de l’argent à sa mère. Quand elle refuse de lui en donner, elle reçoit une pluie d’insultes. Pour se procurer ses doses, le fils de Serge n’hésite pas à voler les siens. « Ena bann zafer ki disparet dan lakaz. Monn travay dir pou gagn sa bann zafer la. Leker fermal », fustige le sexagénaire. Cet ancien chauffeur, aujourd’hui à la retraite, estime que si son fils est devenu accro à la drogue, c’est à cause de « ses mauvaises fréquentations et des sorties en boîte ».

Sachant qu’il devra mourir un jour, Serge envisage de léguer à ses enfants tout ce qu’il a acquis à la sueur de son front. Mais il hésite à donner « sa part » à son fils qui se drogue. « S’il ne change pas de vie, je ne vais pas l’inclure dans mon testament. Il risque de dilapider tout ce que j’ai acheté en travaillant dur », conclut le retraité. 


Situation alarmante : José Ah-Choon en faveur d’une table ronde

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José Ah-Choon

Le responsable du Centre d’accueil de Terre-Rouge, José Ah-Choon, est catégorique : la situation est bien plus qu’alarmante. « Pour le traitement des toxicomanes, il s’agit de traitement médical à 3 % et de traitement psychosocial à 97 %. Or, dans tout ce que le gouvernement met en place, il n’y a pas grand-chose sur l’aspect psychosocial », affirme José Ah-Choon. 

Il va plus loin en disant que la distribution de méthadone ou encore l’échange de seringues ne sont pas la solution. « Cela s’appelle pratiquer la politique de l’autruche. Si cela continue ainsi, nous subirons échec sur échec. Il faut une politique de tolérance zéro sur les produits », estime ce dernier. Pour le responsable du Centre d’accueil de Terre-Rouge, il faudrait une table ronde réunissant tous les acteurs concernés. L’objectif : venir avec une réelle politique sur le problème de drogue, en mettant l’accent sur le traitement et la réhabilitation.

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