Faits Divers

Endettement : le rêve brisé d’une Rodriguaise

Sharon

Sharon, âgée de 23 ans et originaire d’Anse Grand Var à Rodrigues, caressait le rêve de lancer sa propre entreprise.

Elle voulait créer une compagnie pour effectuer la livraison des produits venant de Rodrigues dans les grandes surfaces. Son père est chauffeur de camion et sa mère femme au foyer.

Sharon, une femme pleine d’ambition, voulait concrétiser le vœu de son père qui souhaitait que ses enfants se mettent à leur propre compte. Ainsi, étant l'ainée de la famille, elle voulait poser les bases de l'entreprise.

Son HSC en poche, elle décide de suivre une formation en « Business Management ». L’attention de Sharon est attirée par un avis publicitaire diffusé à la radio au sujet d'un institut à Maurice qui dispense des cours en Business Management. Pour elle, c'est le chemin idéal à emprunter pour faire ses premiers pas dans le monde des affaires à l'issue de ce cours d’une durée de deux ans.

Seul hic, Sharon n'a pas la somme requise pour l'admission. Elle décide alors de contracter un prêt bancaire.  Après avoir entamé les démarches, elle  a reçu un chèque de Rs 250 000 sous forme de « Student Loan » d’une institution bancaire.

L'argent en poche, Sharon met le cap sur Maurice.  « J’ai effectué un paiement en espèce de Rs 170 000, représentant les frais de scolarité pour une période de deux ans », dit-elle. Dès lors, Sharon est admise dans cet institut. Au début, les cours se déroulaient sans anicroche. Toutefois, au fil des années, les premiers couacs se font sentir.

«  Plusieurs sessions étaient annulées régulièrement en raison des absences répétitives des chargés de cours qui se plaignaient de n’avoir pas été payés », explique-t-elle.

L'instabilité règne au sein de l’institut. Un beau jour, en décembre 2016, alors que Sharon se rend en classe, elle est stupéfaite de découvrir que la porte d'accès était verrouillée avec la mention suivante « School Closed ».

À partir de là, les soucis commencent pour Sharon qui voit son rêve se briser en mille morceaux. « C’est mo lavenir kine alé, mo reve ti grand mo pane gagne oken certificat », se désole-t-elle. Les multiples démarches entamées par Sharon et ses collègues de classe pour s’enquérir de la situation auprès de la direction se sont avérées vaines : « Ziska zordi pane zwene manager ditou ».  Ils ont même porté plainte à la police, mais leur situation ne s’est guère améliorée.

Les projets que Sharon avait plein la tête sont tous tombés à l'eau, étant donné qu’elle n’a pas de diplôme. Au lieu de lancer sa propre entreprise, elle se retrouve sur le marché de l'emploi. « Je travaille comme réceptionniste et je touche un salaire de Rs 6 000. De cette somme, je dois débourser Rs 3 000 pour rembourser mon emprunt. Je considère que je suis en train de jeter cet argent par les fenêtres, car je n’ai pas de diplôme en poche et l’emprunt accordé par la banque ne m’a rien apporté », confie-t-elle.

Pour cette femme de 23 ans, l’avenir est sombre. Elle explique : « Mo bizin focus pou paye ca loan la. Li pou durer 9 ans ».  De plus, elle se demande quand elle pourra regagner son île natale définitivement. « Vous vous rendez compte, il devient de plus en plus difficile de trouver un emploi à Rodrigues. Il faut que je travaille à Maurice pour tout rembourser, mais quand est-ce que je pourrais rentrer chez moi »,  se demande-t-elle.

Elle n'est pas la seule à ne plus pouvoir dormir sur ses deux oreilles. Ses parents sont également désorientés par cette situation. « Mon père s’est porté garant pour ce prêt bancaire. À l'époque, sa santé le permettait de travailler. Cependant, en apprenant la fermeture de l'institut et les difficultés que  j'éprouve pour rembourser le prêt, l’état de santé de mon père, qui est diabétique, s'est détérioré », raconte la jeune femme.

Néanmoins, malgré le fait que la situation est compliquée, Sharon ne se laisse pas pour autant abattre. « Je garde confiance en mes capacités  et je suis sûre que Dieu m'aidera à surmonter ce cauchemar et à redonner une nouvelle direction à ma vie », dit-elle.