Faits Divers

En seulement deux ans de mariage - Loreta : «Mon époux est devenu un bourreau»

Photo d'illustration

Alors que la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes a été commémorée le dimanche 25 novembre dernier, la situation reste la même pour bon nombre de femmes. Loreta (prénom modifié), 29 ans, fait partie de ces femmes qui ne savent plus où aller. Avec un premier concubinage, elle croit avoir trouvé l’amour, mais ce sont les coups qui pleuvent. Elle finit par s'en séparer. Puis elle fait la connaissance d’un autre homme qu’elle pense pouvoir la protéger. Deux mois après, ils se marient. Elle ne s’attendait pas à revivre ses pires cauchemars.

La voix tremblante, Loreta nous relate ses épreuves. C’est une femme meurtrie. À 29 ans, elle s’imaginait avoir une vie de couple tranquille, mais c’est un calvaire qu’elle vit au quotidien. Originaire de Rose-Hill et issue d’une famille de classe moyenne, elle a toujours voulu être indépendante.  

À 20 ans, elle rencontre celui qui devient son premier compagnon, mais ses proches sont contre cette relation naissante. « Ma famille désapprouvait et, malgré cette mise en garde, je suis partie vivre avec lui. » Une décision qu’elle regrette vite, car loin de sa famille, elle est maltraitée et battue par son concubin. «Je subissais ses coups. Un jour, il m’a fracturé le bras. J’ai tout supporté pendant quatre ans et demi avant de le quitter, mais je ne pouvais plus retourner chez ma famille. » 

Loreta loue une maison pour recommencer à vivre tranquillement. Quelque temps plus tard, elle rencontre Sylvain (prénom modifié), 42 ans, de 15 ans son aîné. « Nous nous sommes connus à travers une amie, c’était le 5 novembre 2016, je l’ai trouvé charmant et le courant passait bien entre nous, se souvient-elle. Il savait que j’avais été victime de violence domestique... »

« Je voulais qu’il me protège »

Pour elle, pas question de revivre l’échec comme avec son premier compagnon. « Je voulais me sentir protégée, je voulais qu’il me protège. » Sylvain ne tarde pas à lui prouver qu’il est l’homme de la situation. Les choses s’accélèrent et quelques semaines après, ils se marient. « Le mariage civil a eu lieu le 25 novembre 2016 et le 25 décembre, nous avons fait une fête ». Mais tout cela n’était qu’une façade, ajoute Loreta. 

Après deux mois de bonheur, celui qu’elle croyait être son protecteur s’est transformé en bourreau. «Il a fait tomber le masque, il se droguait, il était d’une jalousie maladive. Il ne pouvait pas me voir parler avec d’autres gens. Il a commencé à me maltraiter. Il était plus violent et dangereux que mon ex-compagnon », explique-t-elle. Sa vie redevient un enfer. « C’est même pire. Il dort la journée et il sort le soir. Il m’oblige à demander de l’argent à des inconnus en voiture et, une fois, je suis tombée sur des membres de ma famille », ajoute Loreta. 

Elle ne sait où se réfugier. « Je ne dormais plus, car en plusieurs occasions, il me réveillait en pleine nuit pour des scènes de ménage et il me frappait. » N’en pouvant plus, elle dit avoir même tenté de mettre fin à ses jours. « Une fois, j’ai pris la fuite alors qu’il me battait, je suis entrée dans un bâtiment avec l’idée de me jeter dans le vide, mais la police m’en a empêchée. » 

« La polis pa pou gaygn to lekor ! »

Son calvaire se poursuit malgré un ‘protection order’. Le 20 août, Loreta est agressée à coups de poing. « Il m’a accusée d’avoir une liaison alors que c’est faux. » Elle le dénonce à la police. Son mari découche et réapparaît quand bon lui semble. Loreta apprend qu’il est recherché par la police. En octobre, il rentre et c’est une nouvelle dispute. « Il m’a lancée une tasse de thé au visage et il m’a agressée. »

« Mo kapav touye twa. Meme si mo bizin al dan prizon, sa pa ve dir nanye pou mwa. La polis pas pou gaygn to lekor ! » Le 19 novembre, vers 21 heures, son mari vient la voir. « Il voulait que je lui remette de l’argent pour sa drogue. J’ai refusé. Il a sorti une arme à feu, me l’a pointée sur la tête et menacé de s’en servir. Je n’ai pas eu d’autre choix que de lui donner Rs 900 », explique-t-elle. Une fois encore, elle en informe la police.

Le 25 novembre dernier, Sylvain se fait piéger par des policiers. Lors de son interrogatoire, le suspect nie catégoriquement les accusations portées par son épouse. « Je ne l’ai jamais malmenée ni menacée avec une arme à feu pour lui demander de l’argent. » 

Il a comparu devant la cour de Rose Hill lundi pour « demanding money by threat » La police a objecté à sa remise en liberté sous caution. Malgré cela, la jeune épouse craint pour sa sécurité. « C’est un cauchemar que je vis. J’ai peur de sortir, de dormir, de… vivre », lâche-t-elle en larmes.


541 cas rapportés depuis le début de l’année

La Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes a été observée le 25 novembre dernier. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a annoncé la mise sur pied d’un Domestic Violence Review Committee afin de lutter contre la violence envers les femmes à Maurice. Il a notamment fait ressortir que depuis le début de l’année, 203 <protection orders> ont été émis et que 541 cas de violence domestique ont été rapportés à la police.


La VPM Fazila Daureeawoo : « Éliminer ce fléau »

La vice-Première ministre (VPM) et ministre de l’Égalité des genres, Fazila Jeewa-Daureeawoo, a rappelé que la violence domestique est un fléau qui doit être éliminé en invitant les victimes à briser le silence. La VPM a expliqué qu’un Australien est à Maurice afin de plancher sur un projet de réhabilitation des agresseurs. En fait, si elle est déterminée à assurer une protection aux victimes, la ministre de l’Égalité des genres souhaite également qu’il y ait un suivi pour les agresseurs.