En marge du Budget 2026-2027 : les 8 recommandations de CareEdge Ratings
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Le Défi Quotidien
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La consolidation budgétaire progresse à Maurice, mais reste en dessous des objectifs du dernier Budget. Entre coûts d’intérêts en hausse, recettes en demi-teinte et risques géopolitiques, la trajectoire s’annonce plus serrée. Les autorités devront arbitrer entre rigueur budgétaire, soutien à la croissance et réformes structurelles pour son Budget 2026-2027, suggère CareEdge Ratings.
Les évolutions observées depuis le début de l’année montrent une amélioration graduelle de la consolidation budgétaire, soutenue par une meilleure mobilisation des recettes et un ralentissement de la croissance des dépenses. Toutefois, le rythme d’ajustement reste inférieur aux objectifs fixés dans le Budget 2026, ce qui laisse entrevoir une réduction du déficit plus lente que prévu initialement.
Les importantes échéances de remboursement en 2027 maintiendront des besoins de refinancement élevés, augmentant l’exposition aux conditions des marchés financiers domestiques et internationaux. Cette situation pourrait entraîner une hausse des coûts d’emprunt. Malgré les opérations de gestion de la dette visant à lisser le profil des maturités, la progression des charges d’intérêts continue de limiter la marge de manœuvre budgétaire.
La persistance des conflits et la montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient font peser des risques significatifs sur les objectifs de recettes et de dépenses. Un ralentissement de l’activité économique devrait peser sur les principales sources de revenus fiscaux, notamment l’impôt sur le revenu et la TVA. Parallèlement, les pressions inflationnistes et le durcissement des conditions financières devraient accroître les dépenses de subventions et de soutien social, tout en augmentant les charges d’intérêts.
La dette publique a été révisée à la baisse, à 88,5 % du PIB pour l’année fiscale 2025, à la suite de la mise à jour des données budgétaires et macroéconomiques. Elle est toutefois remontée à 89,5 % du PIB en mars 2026, confirmant que la dynamique de la dette reste sensible aux évolutions budgétaires et aux conditions de financement.
Les mesures de mobilisation des recettes commencent à produire leurs effets, notamment sur l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés. Cependant, la croissance globale des recettes demeure inférieure aux attentes du Budget 2026, en raison d’une performance plus faible de la TVA, d’une baisse des droits d’accises liés aux véhicules, et d’incertitudes concernant les Rs 10 milliards attendues par rapport aux Chagos.
Les récentes données indiquent une meilleure maîtrise des dépenses, avec un ralentissement de plusieurs composantes de dépenses récurrentes. Toutefois, la mise en œuvre progressive des réformes de dépenses implique que les gains d’efficacité budgétaire se matérialiseront graduellement. En conséquence, la réduction du déficit suit une trajectoire plus lente que celle initialement prévue, notamment sous l’effet de la hausse des pressions sur les intérêts et les subventions.
La trajectoire de consolidation budgétaire visant à réduire le déficit de 9,8 % du PIB pour l’année fiscale 2025 à 4,9 % pour l’année fiscale 2026, puis 3,2 % pour l’année fiscale 2027, devient de plus en plus difficile à atteindre. Malgré des signes récents de maîtrise des dépenses et une amélioration des recettes, le rythme d’ajustement dépendra fortement de la mise en œuvre durable de mesures de hausse des revenus et du contrôle des dépenses récurrentes. Cependant, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient représentent un risque majeur : hausse des prix de l’énergie, pressions inflationnistes et ralentissement de la demande extérieure pourraient fragiliser à la fois les finances publiques et la croissance.
La consolidation structurelle est essentielle pour stabiliser la dette publique élevée de Maurice. Toutefois, un ajustement trop rapide ou trop généralisé risquerait de freiner davantage la croissance économique. Il est recommandé de plafonner la croissance des dépenses opérationnelles (salaires publics, transferts sociaux) en dessous de la croissance du PIB nominal sur le moyen terme. En parallèle, il est crucial de préserver les investissements publics dans les infrastructures stratégiques (énergie, logistique, port en eau profonde, transports), afin de soutenir la productivité et les recettes fiscales, et d’éviter un effet négatif où la baisse de l’investissement réduit la croissance et détériore la dynamique de la dette.
La forte dépendance de Maurice aux énergies fossiles importées crée des vulnérabilités importantes : inflation importée et volatilité du compte courant. Le développement des énergies renouvelables (notamment le solaire), des systèmes de stockage et la modernisation du réseau électrique doivent être vus comme un outil de stabilisation macroéconomique. Ces investissements peuvent être financés via des instruments ESG dédiés (Green Bonds, Sustainability-Linked Bonds), permettant d’attirer des capitaux internationaux, de bénéficier d’un effet de « greenium » et d’allonger la maturité moyenne de la dette publique.
L’augmentation du service de la dette limite la flexibilité budgétaire. La part des intérêts dans les recettes publiques augmente, ce qui reflète une capacité de remboursement structurellement plus contrainte. Avec des échéances concentrées à court terme sur la dette domestique, une gestion proactive est nécessaire : reprofilage, échanges de dette et refinancement anticipé. L’objectif est d’alléger les pics de maturité et de réduire le risque de refinancement, même dans un contexte financier international tendu.
La stratégie de financement doit réduire la dépendance aux Eurobonds et s’appuyer davantage sur les prêts multilatéraux, les financements concessionnels et les instruments en monnaie locale. Toutefois, une dépendance excessive au marché domestique peut saturer la liquidité locale, augmenter les taux sans risque et évincer le crédit privé. Il est donc essentiel de développer une base d’investisseurs institutionnels plus large et de mieux calibrer les conditions de financement souverain.
Maurice devrait accélérer le développement de son cadre de dette durable souveraine afin de structurer des sources de financement plus stables. Les besoins importants en adaptation climatique, gestion de l’eau et résilience urbaine justifient une taxonomie verte et sociale alignée sur les standards internationaux, ainsi qu’un pipeline de projets ESG « bancables ». Cela permettrait d’élargir la base d’investisseurs vers les fonds ESG et d’impact, d’améliorer la demande lors des adjudications et de réduire les spreads, tout en allongeant la maturité des financements.
Les entreprises publiques restent une source de risque budgétaire indirect. Des faiblesses financières peuvent se transformer en passifs pour l’État. Il est nécessaire de renforcer la supervision via des indicateurs de performance, des audits de transparence et des systèmes d’alerte précoce. Les entreprises publiques les plus fragiles doivent faire l’objet de restructurations rapides pour limiter les fuites budgétaires. Par ailleurs, la hausse des recettes ne doit pas passer par une augmentation des taux d’imposition, afin de préserver la compétitivité de Maurice. L’accent doit être mis sur l’élargissement de la base fiscale et l’efficacité de la collecte, dans un cadre budgétaire à moyen terme crédible, appuyé par des plafonds de dépenses et une analyse rigoureuse des risques budgétaires.
La consolidation budgétaire ne peut réussir si elle ralentit excessivement la croissance nominale, ce qui maintiendrait le ratio dette/PIB à un niveau élevé. La réduction durable de la dette passe donc par l’augmentation du dénominateur : diversification économique, gains de productivité et renforcement des secteurs à forte valeur ajoutée (services financiers, TIC, logistique). Ces secteurs soutiennent les exportations, renforcent les réserves de change et agissent comme stabilisateurs automatiques des recettes publiques.