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En Inde, cette jeunesse qui défie Narendra Modi

Par Defimedia.info
Publié le: 23 July 2026 à 06:58
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En Inde, cette jeunesse qui défie Narendra Modi

Partie d'un coup de colère contre les fraudes aux examens universitaires, la mobilisation de la jeunesse indienne s'est muée en contestation d'ampleur contre le Premier ministre Narendra Modi, la première depuis sa réélection pour un troisième mandat en 2024.

Solidement installés dans leur campement de Jantar Mantar, au cœur de la capitale New Delhi, ils ont répété mercredi leur volonté d'y rester jusqu'à la démission du ministre de l'Education.

Que s'est-il passé ?

Lundi 20 juillet, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont quitté leur camp de base en direction du Parlement, dont s'ouvrait la session d'été.

Déployées en nombre, les forces de l'ordre leur ont barré la route et les ont dispersés sans ménagement à coups de bâton et de gaz lacrymogène.

Les échauffourées se sont poursuivies toute la journée et ont fait au moins 180 blessés, dont deux tiers de policiers, selon le bilan dressé par la police, "plusieurs centaines" selon les manifestants.

Les rues de la capitale indienne n'avaient plus été le théâtre d'une contestation antigouvernementale de cette ampleur depuis 2019.

Que veulent les protestataires ?

Pour l'essentiel des jeunes de la génération Z et des étudiants, ils ont rejoint les couleurs du "parti du peuple des cafards" (CJP), un mouvement créé en ligne en mai en réaction à des propos jugés offensants tenus par le président de la Cour suprême du pays.

Son fondateur Abhijeet Dipke, un étudiant fraîchement diplômé de l'université de Boston (Etats-Unis), tente depuis de fédérer la colère des jeunes.

Elle est née des fraudes qui ont entaché un examen passé en mai par plus de deux millions d'aspirants étudiants en médecine. Son annulation a causé, selon les médias locaux, plusieurs suicides.

Les étudiants exigent depuis la démission du ministre de l'Education, Dharmendra Pradhan, et une refonte complète des examens universitaires.

Mais au fil des semaines, leurs doléances se sont largement étendues et révèlent le malaise d'une jeunesse qui ne se satisfait plus de ne pas trouver d'emploi à sa sortie de l'université, malgré la forte croissance économique du pays.

Plusieurs figures de la société civile indienne lui ont apporté leur soutien, comme l'écologiste Sonam Wangchuk, que la police a hospitalisé de force samedi après vingt jours de grève de la faim.

Comment a réagi le pouvoir ?

Aux commandes de l'Inde depuis 2014, Narendra Modi a jusque-là ignoré les revendications portées par les "cafards".

"Le gouvernement a été pris par surprise. Il ne s'attendait pas à plus de deux milliers de participants", juge pour l'AFP l'analyste Nilanjan Mukhopadhyay. "Mais les gens sont venus de partout (...) c'est une faillite totale en terme de renseignement".

Sous pression, le ministre Pradhan a dû sortir de sa réserve mardi en assurant qu'il était prêt à entendre les étudiants. "Nous leur devons des réponses, des réformes et de la transparence", a-t-il assuré sur les réseaux sociaux.

L'opposition a elle aussi saisi la balle de la contestation au bond. Le dirigeant du parti du Congrès Rahul Gandhi a appelé mardi M. Modi à la démission "pour avoir détruit l'avenir de la jeunesse indienne".

Interpellé avec d'autres parlementaires devant la résidence du chef du gouvernement, il a été relâché quelques heures plus tard.

Et maintenant ?

Malgré les violences de lundi, les contestataires ont engagé le bras de fer avec les autorités.

"Les cafards sont toujours en vie", a tweeté mercredi le CJP. "La politique ne consiste pas simplement à faire des discours et à gagner des élections", a lancé sur les réseaux sociaux son fondateur à M. Modi.

"Le mouvement des ‘cafards’ a ouvert une voie", estime lui le politiste Suhas Palshikar. "Mais il est difficile de savoir s'il va pouvoir tenir la distance".

Les observateurs ont tous en tête les récentes révoltes de la "Gen Z" survenues au Bangladesh à l'été 2024 et au Népal en septembre 2025 qui, sévèrement réprimées, ont abouti dans les deux cas à la chute des gouvernements en place.

Même si des manifestations, modestes, ont été signalées à Bombay (ouest), à Goa (ouest) ou à Bangalore (sud), la contestation n'a pour l'heure pas débordé hors de la capitale fédérale.

L'analyste Mukhopadhyay considère la crise comme "sérieuse" pour l'exécutif, "parce qu'elle ne lui donne pas l'occasion de présenter la contestation comme celle d'une communauté spécifique".

"Si la situation persiste", anticipe-t-il, "ça va devenir un vrai problème pour le gouvernement".

AFP

Photo : Des manifestants scandent des slogans lors d'une marche de protestation à Mumbai, le 22 juillet 2026, en solidarité avec le mouvement en cours à Jantar Mantar, à New Delhi, réclamant la démission du ministre indien de l'Éducation, Dharmendra Pradhan, en raison d'allégations d'irrégularités liées à l'examen NEET.

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