En Cour suprême : rs 1 M de dommages accordés à Rundheersing Bheenick
Par
Kursley Thanay, Ledweena Ramasawmy-Mohun
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Kursley Thanay, Ledweena Ramasawmy-Mohun
Le 9 juin 2026, le juge Iqbal Maghooa a estimé que l’État devra verser Rs 1 million à l’ancien gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick. C’est le montant de dommages à la suite de son arrestation, de sa détention et des poursuites engagées contre lui en février 2015. L’État est tenu responsable pour les manquements de la police.
L’ancien gouverneur réclamait Rs 50 millions. Dans son jugement, la Cour suprême conclut que la police a commis des « fautes lourdes » dans l’exercice de ses fonctions. « I hold that the acts and doings of the police officers (…) in the exercise of their functions amount to ‘fautes lourdes’ for which the liability of defendant No. 1 (l’État) as commettant is engaged », écrit le juge. Il ajoute que la décision d’arrêter Rundheersing Bheenick constituait un usage inapproprié des pouvoirs de la police.
Le juge relève que les enquêteurs auraient dû vérifier au préalable quels documents de la Banque de Maurice étaient réellement manquants avant de solliciter un mandat de perquisition et d’engager des poursuites. Il note également que les objections formulées par la police contre la libération sous caution de Rundheersing Bheenick étaient déraisonnables.
Le juge explique que Rundheersing Bheenick a mis en avant un préjudice financier et qu’il avait reçu des offres d’emploi du secteur privé après son départ de la Banque de Maurice. Toutefois, aucun document n’a été produit pour attester l’existence de ces offres ou quantifier les pertes encourues. Par conséquent, la Cour a refusé d’accorder une compensation pour préjudice financier.
En revanche, le juge a retenu le préjudice moral et réputationnel. Il note que l’arrestation et la détention de Rundheersing Bheenick avaient bénéficié d’une importante couverture médiatique. C’est pour cette raison que des dommages de Rs 1 million lui ont été accordés.
S’agissant des accusations formulées contre l’ancien deputy commissioner of police Heman Jangi, la Cour n’a pas retenu les accusations de mauvaise foi ou de vendetta personnelle. Malgré les arguments avancés par Rundheersing Bheenick concernant le recrutement de la fille de Heman Jangi à la Banque de Maurice, le juge estime qu’aucune preuve ne permet de conclure que l’enquête a été menée par animosité personnelle.
Rundheersing Bheenick, lauréat de la Bourse d’Angleterre, est diplômé de la prestigieuse université d’Oxford, où il a obtenu un Bachelor of Arts avec mention au Merton College. Il est aussi détenteur d’un Master of Arts (Oxon).
La carrière de Rundheersing Bheenick a commencé en 1968 comme chargé de cours à l’université de Maurice. Il a rejoint ensuite l’Economic Planning Unit au bureau du Premier ministre. Il est par la suite nommé à l’United Nations Industrial Development Organisation à Vienne, en Autriche.
De retour à Maurice en 1975, Rundheersing Bheenick est nommé Deputy Director au ministère de l’Economic Planning and Development. Il accède au poste de directeur général en 1980.
De décembre 1995 à septembre 2000, il siège à l’Assemblée nationale. Au cours de cette période, il occupe successivement les fonctions de ministre des Finances puis de l’Economic Planning and Development. En février 2007, il est nommé gouverneur de la Banque de Maurice. Il dirigera l’institution jusqu’en décembre 2014. Cette contribution lui vaut une reconnaissance internationale lorsque le magazine spécialisé The Banker lui décerne le prestigieux titre de Central Banker of the Year for Africa.
L’expertise de Rundheersing Bheenick a également été sollicitée par de nombreuses organisations internationales. En septembre 2025, il a été nommé à la présidence de SBM Bank (Mauritius) Ltd.
Sollicité par le Défi Quotidien pour une réaction à la suite du jugement de la Cour suprême en sa faveur, Rundheersing Bheenick se dit content de ce dénouement. « Je suis heureux qu’après tant d’années qu’a duré cette action contre l’État, le commissaire de police et l’ancien deputy commissioner of police Heman Jangi, j’ai enfin eu la décision de la Cour suprême. Je mets ça derrière moi. Je prends note du jugement à l’instant. »