Elsa Oscar, 15 ans : la footballeuse qui dribble les préjugés

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 22 février 2026 à 19:47
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elsa
Sur le départ pour un tournoi international aux Seychelles, où elle a fêté ses 15 ans sur le terrain.

À 15 ans, Elsa Oscar célèbre son anniversaire sur un terrain de football international. Entre cours, entraînements et tournois, elle prouve qu’aucun obstacle ne peut freiner une passion.

Juillet 2025, aux Seychelles. Elsa Oscar fête ses 15 ans au milieu d’un tournoi continental de football. L’équipe mauricienne affronte Mayotte en finale. Le match est serré, tendu. À la fin, le score affiche 3-2 pour Maurice. « Quelle joie ! On a été championnes », s’exclame Elsa. 

Cette victoire, elle l’a construite depuis l’enfance, depuis l’époque où elle tapait seule dans un ballon dans la cour de la maison, sans personne pour partager sa passion. Dans sa famille, personne ne jouait au football. 

Elsa avait 8 ou 9 ans quand elle a commencé, seule. « J’étais la seule fille qui jouait avec les garçons, mais pour moi, ce n’était pas un problème. L’important, c’était de jouer », raconte-t-elle. Elle forçait parfois son frère à taper dans le ballon avec elle, transformait la cour en terrain improvisé. 

Ces moments solitaires l’ont forgée. Le talent était là, inné, mais elle savait que sans travail acharné, il ne valait rien. Alors elle s’entraînait sans relâche, apprenait à dribbler, à tirer, à anticiper les mouvements de ses adversaires masculins plus robustes.

En 2022, un club local repère son potentiel. Sans hésiter, elle accepte d’intégrer ses rangs. « C’est là que tout a commencé pour moi », dit-elle. Le sérieux remplace les parties informelles. Les entraînements deviennent quotidiens : exercices physiques, tactiques, matchs amicaux. Le club lui offre une structure, des coachs, une communauté. Elle passe rapidement d’une joueuse instinctive à une athlète disciplinée.

Le vrai test arrive en 2024. À 13 ans, Elsa est sélectionnée pour représenter Maurice à Johannesburg, en Afrique du Sud. Première sortie internationale, première fois loin de la famille. « J’ai quitté mes proches sans regarder derrière moi », se souvient-elle. 

Ce tournoi est une révélation. Au-delà du terrain, elle découvre la dimension mentale du football : discipline rigoureuse, gestion de la pression, vision claire de soi-même. Les entraînements intensifs – courses matinales, analyses vidéo, séances de musculation – la transforment. « J’ai appris beaucoup de choses sur le football, sur moi », explique-t-elle. Cette expérience forge son mental d’acier.

En mai 2025, alors que ses camarades du collège Lorette de Quatre-Bornes révisent pour les examens du National Certificate of Education (NCE), un cap crucial du système éducatif mauricien, Elsa prépare son sac pour un tournoi international. « Le football, c’est prendre des risques, laisser ses études pendant une période importante », admet-elle.

Physiquement, les effets sont visibles : elle gagne en muscles, en endurance, son corps s’adapte aux exigences du haut niveau. Mentalement, c’est plus profond encore. « Ça m’a marquée. J’ai appris qu’il faut parfois être seule pour réaliser ses rêves. » Sélectionnée à nouveau pour représenter son pays, elle affronte des équipes régionales, mesure le fossé entre le talent brut et la préparation professionnelle.

Puis sont venues les Seychelles, en juillet. Son anniversaire au milieu d’un tournoi continental, l’équipe mauricienne dont elle était un pilier, cette finale contre Mayotte. Ce titre a renforcé sa réputation : à 15 ans, elle est déjà une figure montante du football féminin mauricien.

Aujourd’hui, Elsa reste une collégienne ordinaire au Lorette de Quatre-Bornes. Gérer études et sport est un défi quotidien. « C’est difficile, mais pour moi, je trouve ça parfait. Avoir des buts, des ambitions, c’est ce qui motive. » Les examens du NCE en 2025 l’ont mise à l’épreuve, mais elle s’est organisée : révisions tardives après les entraînements, week-ends studieux. 

Les obstacles ? Principalement mentaux. « Dans le football, l’obstacle, c’est mon mental », dit-elle. Les doutes, la fatigue, les critiques extérieures testent sa résilience. Heureusement, son entourage la soutient inconditionnellement. « Ma mère a toujours été présente pour moi dans le football, et aussi mon père. » Ses amies proches l’encouragent, forment un réseau solide.

« Je suis une fille parmi d’autres, mais avec une vision différente », poursuit Elsa. Pour elle, un simple ballon peut transformer une existence. Ce sport, c’est vivre, ressentir, faire preuve de patience. Son plus grand rêve est clair : « Dépasser mes limites, devenir la personne que j’ai toujours voulu être. » Elle vise les sélections nationales seniors, peut-être même des championnats africains ou mondiaux juniors.

Son message est universel : « Si vous voulez quelque chose, n’écoutez pas l’opinion des autres, mais plutôt votre vision, vos pensées. Dans cette vie, vous n’avez que vous. Faites-vous plaisir, on n’a qu’une vie. Lancez-vous dans ce sport ! »

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