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Elle fait le buzz sur Facebook : Aruna Gangoosingh ou la rebelle à l’état pur

Elle ne mâche pas ses mots. Aruna Gangoosingh dit ce qu’elle pense avec verve et sans aucune hésitation. Elle multiplie les vidéos qui suscitent l’attention et la contestation sur différents sujets sur les réseaux sociaux. Arrêtée depuis mercredi, elle est au centre d’une autre controverse cette fois.

C’est une femme intelligente qui parfois déraille et fait preuve de rébellion. Aruna Gangoosingh a un tempérament de feu, la parole facile, avec un brin d’humour et une dose de sarcasme. Ce sont ses armes redoutables. Ce sacré bout de femme fait le buzz sur les réseaux sociaux. Si certains Mauriciens la saluent pour son courage de dénoncer des injustices, d’autres, par contre, la considèrent trop vulgaire.  

La première fois qu’elle a attiré l’attention médiatique, c’est quand elle a été rapatriée à Maurice de France. Elle avait demandé une assistance médicale et avait refusé de porter un masque, souffrant d’insuffisance respiratoire. Elle avait publié une vidéo pour dénoncer le traitement qu’elle avait reçu, avant d’être arrêtée par la police. Depuis cet épisode, on en a eu droit à plusieurs autres. Intrigués, on a voulu en savoir plus. C’est à son domicile à Rivière-des-Créoles, auparavant un gite et une table d’hôte, qu’on l’a rencontrée.

Dès notre arrivée, on constate qu’il s’agit d’une femme très cultivée, vu le nombre de bouquins qui trônent dans le salon. « J’aurai 42 ans en mai et je suis un taureau. Je suis très terre à terre. J’ai grandi ici à Rivière-des-Créoles, avec ma famille paternelle, entourée de champs de canne. Il y a la plage, la rivière, la forêt, des hommes politiques, des personnalités et des businessmen. »

À 9 ans, elle va habiter à Curepipe, car elle fréquente le lycée Labourdonnais et sa mère a pris les rênes du Hindu Girls College. Même si elle prend plaisir à la vie citadine, elle ne rate pas une occasion de revenir dans son village natal. À 19 ans, après son bac, elle met le cap sur la Réunion pour des études en droit. Mais une fracture ouverte à la cheville vient jouer les trouble-fêtes. En neuf mois, elle doit subir deux interventions chirurgicales. Ce qui la garde loin du campus.

Soucis de santé

Elle changera de domaine pour des études de lettres et de civilisation anglophone, toujours à l’île sœur. En parallèle, elle travaille comme assistante de langue auprès du rectorat de la Réunion pendant cinq ans.

« J’ai toujours été animée par la flamme de défendre les autres. Je n’hésite pas à dire ce que je pense et je ne passe surtout pas par quatre chemins », lance-t-elle. Elle donne aussi des formations à la Chambre de commerce de la Réunion et étudie jusqu’à obtenir sa maîtrise avec mention.  « Je menais une vie trépidante et faisais beaucoup de théâtre. J’étais très active dans le monde associatif, culturel et politique. » Elle obtient la nationalité française en 2007, alors qu’elle exerçait comme enseignante pour l’Académie française. Elle décide de rentrer au bercail quand son père annonce que le Lycée Labourdonnais recrute. Elle y travaille pendant un an et demi comme enseignante de langue anglaise. Elle fait aussi quelques remplacements au Collège Lorette de Quatre-Bornes, avant de rejoindre une compagnie privée en tant que Service Business Developer. Toutefois, son amour pour le professorat la ramène à l’Institut français de Maurice (IFM) qui venait d’être créé.

Elle ajoute qu’elle s’informe constamment sur la politique et les affaires internes et externes de Maurice et d’autres pays. Elle ne cache pas qu’elle est passionnée de politique depuis très jeune. Son grand-père, Radah Krishn Gangoosingh était député de Grand-Port/Savanne/Rivière-Noire. Même du côté de sa mère, elle a des racines politiques. D’affirmer : « Je suis un sir Seewoosagur Ramgoolamiste, mais pas un Navin Ramgoolamiste. »

Elle dit avoir hérité de ses parents son caractère fort. « Ma mère est une force tranquille, tandis que mon père est un cyclone. Et je suis un mélange des deux. Puis, j’ai fréquenté une école française, ce qui a forgé ma personnalité. J’ai appris qu’il ne faut jamais avoir peur de se battre pour ses principes et convictions. »

N’aime pas les Injustices

Elle est l’aînée d’une fratrie de deux enfants, elle a un petit frère. Mariée et séparée, c’est pour se faire soigner d’ennuis gastriques, entre autres, qu’elle se rend en France en 2019. De là, elle rejoint Bruxelles. « J’ai une amie qui y réside et qui m’a dit qu’il y avait des opportunités professionnelles. Entre-temps, la Covid-19 a commencé à faire des ravages. J’ai dû me battre pour pouvoir rentrer à Maurice. »

Elle est rentrée à Maurice en passant par la France. « Je suis tombée malade dans l’avion. J’étais dans les pommes. Quand je suis arrivée à Maurice, une policière m’a réprimandée, car je ne portais pas de masque. Je lui ai expliqué que je souffrais d’une insuffisance respiratoire. Mais j’ai été traitée comme une criminelle. Mes parents étaient de l’autre côté. Je n’ai eu que le temps de toucher les pieds de ma mère, avant qu’on me conduise au poste de police de l’aéroport », relate-t-elle.

C’est avant d’être emmenée au poste de police qu’elle fait son live sur les réseaux sociaux. Elle sera admise à l’hôpital Victoria, au centre de détention de Vacoas et à l’hôpital Brown-Séquard. Elle s’explique dans une vidéo où elle était nue et dans une autre où elle exigeait de fumer une cigarette.  « Quand j’étais en cellule, j’étais dans les pommes et j’avais fait pipi dans ma robe. Une fois à l’hôpital, je voulais me changer, mais on ne m’a pas laissée. C’est pourquoi j’étais hystérique. Puis, je ne fume pas par plaisir. Je fume parce que cela m’aide pour mon estomac. Je voulais aussi marcher et faire un peu d’exercice, car je souffre d’atroces douleurs à cause de ma maladie. »

Elle n’est pas prête d’oublier son séjour en quarantaine, trimballée d’un endroit à un autre, menottée et traitée de folle. Elle continue à poster des vidéos dans lesquelles elle est toujours très critique.  « Je suis une rebelle. Je n’aime pas les injustices. Je ne tourne pas ma langue dans ma bouche, quand je dois dire ses quatre vérités à une personne. »

Envisage-t-elle de faire de la politique ? Oui. « J’ai déjà déposé les documents nécessaires à la commission électorale pour lancer mon parti, qui s’appellera Citoyens Morisiens du Monde ».  Cependant, auparavant, elle envisage de se rendre à Bruxelles, où elle doit subir trois interventions chirurgicales. Ce ne sont pas ses soucis de santé qui l’empêcheront de s’exprimer ici comme ailleurs.

Amour un jour, amour toujours

Aruna Gangoosingh

Kissoonduth Luckhun, qu’elle appelle affectueusement Ravi, est son époux. Ils se sont dit oui religieusement dans un temple. N’empêche, cela fait des années qu’ils se connaissent. « Je l’ai rencontrée à Curepipe quand j’avais 12 ans. Son franc-parler me fascinait. Elle était comme un ti-zom. Mais j’étais trop timide pour lui faire part de mes sentiments », explique Kissoonduth Luckhun, 38 ans.

Ils se perdent de vue et se revoient environ quinze années plus tard. Or, cette fois-ci, Aruna Gangoosingh est mariée. « J’ai appris qu’il faisait des travaux comme la peinture et la construction À l’époque, j’étais en plein projet pour lancer mon gite. Je lui ai proposé du travail. Toutefois, comme je devais me rendre à l’étranger pour mes soins, je l’ai congédié », ajoute Aruna Gangoosingh.

C’est à son retour à Maurice, l’année dernière, que leurs chemins se croisent. « Il y avait le problème de squatters de Riambel. Je suis allée voir et je suis allée chez le président de Savanne. Il était en colère. Je me suis dit que je devais me cacher. Je voulais aller dans un parc de la région. C’est ma voiture qui m’a conduite à Rivière-des-Anguilles, où habitait Ravi. On s’est revu et depuis on ne s’est plus jamais quitté. » Comment Ravi fait-il pour la supporter ? « Je l’aime. Elle a certes un fort caractère, mais elle est mon monde. Je n’imagine pas ma vie sans elle », déclare-t-il.
Le couple, qui s’est uni religieusement, envisage prochainement de se marier civilement.

 

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