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Élection du Président par un collège électoral : Rajen Narsinghen et Maneesh Gobin s’opposent sur les intentions du gouvernement

Par Kursley Thanay
Publié le: 6 June 2026 à 10:32
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Rajen Narsinghen, Junior Minister et constitutionnaliste. Maneesh Gobin, ancien Attorney General.
Rajen Narsinghen, Junior Minister et constitutionnaliste. Maneesh Gobin, ancien Attorney General.

La proposition d’un collège électoral pour élire le président de la République a suscité un vif débat dans Au cœur de l’info vendredi.

Face à Nawaz Noorbux, Deputy Chief Exective Officer du Défi Media Group, le Junior Minister et constitutionnaliste Rajen Narsinghen et l’ancien Attorney General Maneesh Gobin ont confronté leurs visions de la réforme constitutionnelle. Celle-ci est engagée par le gouvernement à travers le Constitutional Review Commission Bill, adopté mardi à l’Assemblée nationale.

Au centre des échanges : la création d’une commission chargée de proposer des amendements à la Constitution et l’ajout d’une disposition permettant d’examiner l’idée d’un collège électoral pour l’élection du président de la République.
Consultation ou retard ?

Pour Rajen Narsinghen, le recours à une commission est une démarche démocratique visant à associer l’ensemble des acteurs concernés.

Selon lui, « dans une société démocratique, il est important de permettre à la société civile, aux partis représentés à l'Assemblée nationale ainsi qu’aux formations extraparlementaires de faire entendre leur voix ».

Selon le Junior Minister, la commission travaillera de manière indépendante et aucune autorité politique ne pourra lui dicter ses conclusions. Il explique que le projet de loi prévoit plusieurs étapes, allant des consultations publiques à la rédaction de recommandations.

Maneesh Gobin n’est pas du même avis. Selon lui, plusieurs engagements annoncés par l’Alliance du Changement avant les élections auraient déjà pu être concrétisés sans attendre la mise en place d’une commission.

« On entend beaucoup de paroles, beaucoup d’annonces, mais très peu d’actions concrètes », a-t-il déclaré.

L’ancien Attorney General cite notamment la promesse de rendre permanent le mécanisme permettant aux candidats de ne pas déclarer leur appartenance communautaire, mesure qui n’a pas été mise en œuvre.

Réforme électorale

Un des principaux points de désaccord concerne la réforme électorale.

Maneesh Gobin estime que celle-ci figurait au même titre que la réforme constitutionnelle dans le manifeste électoral et dans le programme gouvernemental. Il regrette qu’elle soit désormais traitée séparément.

« Nous sommes aujourd’hui en 2026 et cette réforme n’a toujours pas abouti », a-t-il indiqué.

Selon lui, plusieurs annonces gouvernementales successives ont donné l’impression d’« un pas en avant puis deux pas en arrière ».

Rajen Narsinghen rejette cette interprétation. Il indique que le comité chargé de la réforme électorale poursuit ses travaux et que de nombreuses propositions ont déjà été soumises par des partis politiques, des syndicats et des organisations de la société civile. « La réforme électorale ne disparaît pas du débat », a-t-il assuré.

Agenda caché

La question centrale de l’émission était celle d’un éventuel agenda politique caché derrière la proposition de collège électoral.

Maneesh Gobin estime que les retards observés dans plusieurs réformes nourrissent les interrogations.
« Beaucoup de citoyens en viennent naturellement à se demander s’il n’existe pas un agenda caché », s’interroge-t-il
Rajen Narsinghen rejette catégoriquement cette hypothèse. « Je ne vois aucun agenda caché derrière cette proposition », a-t-il lancé. Pour lui, l’objectif n’est pas d’accroître les pouvoirs du président de la République mais de réfléchir à une éventuelle extension de sa légitimité démocratique.

Pourquoi changer ?

Actuellement, le président de la République est élu par les députés de l’Assemblée nationale. Rajen Narsinghen estime que ce système fait en sorte que le chef de l’État soit généralement le choix du parti disposant de la majorité parlementaire. « Le véritable débat porte sur la légitimité », a-t-il expliqué.

Selon lui, un collège électoral plus large pourrait permettre une représentation plus diversifiée sans remettre en cause le régime parlementaire mauricien. Le constitutionnaliste a rappelé que le Président dispose de certains pouvoirs constitutionnels et qu’il n’est pas un « rubber stamp ».

Maneesh Gobin est sceptique. Il estime que la légitimité du Président découle des représentants élus du peuple. « En quoi le système actuel est-il insuffisant ? », a-t-il demandé.

Qui voterait ?

Interrogé par Nawaz Noorbux sur la composition éventuelle du collège électoral, Rajen Narsinghen a insisté sur le fait qu’aucune décision n’a été prise.

Il a évoqué, à titre d’exemple, la possibilité d’inclure des conseillers municipaux ou des conseillers de district, tout en précisant que cette question relèverait exclusivement de la commission. « Rien n’est arrêté à ce stade », a-t-il insisté.
Selon lui, la commission devra entendre les partis politiques, les organisations de la société civile et toutes les parties prenantes avant de formuler ses recommandations.

L’exemple indien

Pour illustrer son propos, Rajen Narsinghen s’est appuyé sur le modèle indien. Il a rappelé qu’en Inde, le Président est élu par un collège électoral sans que cette situation ne transforme le régime en système présidentiel.

« Le Premier ministre demeure le principal détenteur du pouvoir exécutif », a-t-il expliqué. Selon lui, un collège électoral n’implique donc pas automatiquement une augmentation des pouvoirs du chef de l’État.

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