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Eau : un plan Marshall pour préparer Maurice aux défis de demain

Par Sharone Samy
Publié le: 16 July 2026 à 12:00
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shiam patrick
Shiam Thannoo, directeur général de la CWA. Patrick Assirvaden, ministre de l’Énergie et des Services publics.

Le changement climatique, la baisse annoncée des précipitations et le vieillissement du réseau de distribution poussent le gouvernement à accélérer sa stratégie de sécurité hydrique. Il est question de la réduction des pertes d’eau, de la diversification des ressources et, à plus long terme, de dessalement.

Le réservoir de Mare-aux-Vacoas demeure sous surveillance avec un taux de remplissage de 45,2 % et que les prévisions météorologiques annoncent un déficit pluviométrique d’environ 30 % jusqu’en septembre, les autorités misent sur un plan Marshall articulé autour de six piliers. 

Les averses enregistrées durant ces derniers jours ont apporté un léger répit, mais elles sont loin d’avoir permis de reconstituer les réserves du pays. C’est le constat du directeur général de la Central Water Authority (CWA), Shiam Thannoo, qui appelle à la prudence malgré une météo plus clémente au cours de la semaine écoulée.

Réservoirs

« Les pluies n’ont pas vraiment été conséquentes et n’ont pas eu un grand effet sur la situation de nos réservoirs. Même si le niveau ne baisse pas considérablement, il ne faut pas se relâcher en ce qui concerne les mesures prises pour éviter une période sèche sévère », explique-t-il. 

Il précise que la CWA maintient toutes les dispositions pour assurer l’approvisionnement en eau et invite les habitants des régions déjà concernées par des mesures de restriction à continuer de faire preuve de vigilance. « Les autres régions sont aussi sous surveillance et, s’il faut prendre des mesures, nous n’aurons pas le choix », dit-il.

Cette prudence intervient alors que les Services météorologiques de Maurice prévoient des précipitations inférieures à la normale pour les mois de juillet, août et septembre, avec un déficit estimé à près de 30 %. Un scénario qui renforce les inquiétudes autour des ressources en eau, particulièrement à Mare-aux-Vacoas.

Stratégie globale

C’est dans ce contexte que le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, a présenté au Parlement le mardi 14 juillet la stratégie gouvernementale en matière de sécurité hydrique. Répondant à une question de la députée Joanna Bérenger, il a clarifié un point : le gouvernement n’abandonne pas la lutte contre les pertes d’eau au profit du dessalement.

« Le gouvernement n’a pris aucune décision visant à privilégier les projets de dessalement au détriment de la réduction de l’eau non facturée. Ces deux volets constituent des piliers essentiels et complémentaires de notre stratégie nationale de sécurité hydrique », a-t-il indiqué.

Cette stratégie s’appuie sur le plan Marshall pour l’eau, adopté par le gouvernement en octobre 2025. Son objectif est de renforcer durablement la sécurité hydrique du pays en multipliant les sources d’approvisionnement tout en améliorant la gestion des ressources existantes.

Plan Marshall

Contrairement à ce que pourrait laisser croire le débat autour du dessalement, celui-ci ne représente qu’un des six axes de cette stratégie.

Le premier pilier concerne la réduction de l’eau non facturée (Non-Revenue Water), c’est-à-dire les pertes dues aux fuites dans le réseau ou à d’autres inefficacités. Pour le gouvernement, il s’agit du chantier prioritaire. Plusieurs projets sont déjà engagés : le remplacement de 114 km de conduits vétustes grâce à une ligne de crédit indienne de Rs 2,9 milliards. Il y a aussi le renouvellement des compteurs, l’installation de systèmes de télémétrie et de télésurveillance ainsi que l’acquisition d’équipements spécialisés pour détecter les fuites. Une stratégie nationale est également en préparation avec l’appui du Singapore Cooperation Enterprise afin de réduire durablement ces pertes.

Les cinq autres piliers portent sur le développement des ressources en eaux souterraines. Il est aussi question d’une meilleure mobilisation des eaux de surface et de la valorisation des eaux des canaux hydroélectriques. La réutilisation des eaux usées traitées pour préserver les ressources en eau potable, ainsi que la construction de minibarrages et de déversoirs destinés à retenir davantage d’eau dans les bassins versants sont évoqués.

Le réseau de distribution est aujourd’hui confronté à un niveau jugé inacceptable de pertes d’eau. Le remplacement des quelque 1 500 km de conduits les plus vétustes représente un investissement estimé à Rs 37,5 milliards. Ce qui illustre l’ampleur du défi auquel est confrontée la CWA.

Dessalement

Face aux effets du changement climatique, le gouvernement estime néanmoins qu’il est nécessaire de diversifier les sources d’approvisionnement. Le dessalement constitue ainsi le sixième pilier du plan Marshall.

« Compte tenu de la variabilité croissante des précipitations et des effets de plus en plus marqués du changement climatique sur la disponibilité des ressources en eau, le gouvernement considère que le dessalement pourrait devenir un élément important de la stratégie nationale à long terme en matière de sécurité hydrique », a avancé Patrick Assirvaden.

Une étude de faisabilité est en préparation pour la construction d’une usine de dessalement alimentée à l’énergie solaire dans le nord, où les difficultés d’approvisionnement sont les plus marquées. L’installation envisagée pourrait produire de 10 000 à 50 000 m³ d’eau par jour. L’étude devra identifier le meilleur site, évaluer les coûts d’investissement et d’exploitation, proposer un modèle de financement et définir les technologies les plus adaptées pour limiter les impacts environnementaux. Les autorités marocaines et saoudiennes ont été sollicitées pour leur expertise dans ce domaine.

Pour le ministre, cette approche ne vise pas à remplacer les autres projets, mais à compléter un dispositif plus large destiné à rendre Maurice plus résilient face aux sécheresses à répétition et à l’évolution du climat.

Les réservoirs restent sous étroite surveillance

Malgré les averses enregistrées au cours de la semaine écoulée, les réserves d’eau du pays n’ont pas connu d’amélioration significative. Les derniers relevés de la Water Resources Unit, en date du 14 juillet, montrent que plusieurs réservoirs sont sous surveillance, en particulier Mare-aux-Vacoas, qui continue d’afficher le niveau le plus préoccupant avec un taux de remplissage de 45,2 %. Ce réservoir alimente notamment les régions actuellement soumises à des mesures de restriction de la distribution d’eau.

Le réservoir de La Ferme présente un taux de remplissage de 46,2 %, tandis que La Nicolière accuse un recul notable, passant de 70,7 % la semaine précédente à 66,9 %.

Ailleurs, la situation demeure relativement stable. Bagatelle affiche un taux de 75,6 %, Midlands enregistre une légère progression, passant de 82 % à 82,9 %, alors que Mare Longue reste à 88,2 %. Avec 90,3 %, Piton-du-Milieu demeure le réservoir le mieux rempli du pays, un niveau identique à celui observé une semaine plus tôt.

Ces chiffres confirment que les précipitations récentes n’ont pas permis de reconstituer durablement les réserves. Les autorités continuent ainsi de suivre quotidiennement l’évolution de la situation, alors que les prévisions météorologiques annoncent des pluies inférieures à la normale durant les prochaines semaines.

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