Du béton au micro, Jeremy Gangster construit sa voie

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 1 février 2026 à 18:00
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Jeremy Gangster prouve que les rêves différés ne sont jamais perdus.

Après des années de chantiers et de petits boulots, cet habitant de Mahébourg connaît un succès tardif avec sa chanson « Maria mo kontan twa ». À 43 ans, il a tout misé sur la musique.

Jeremy Web n’a jamais eu de plan de carrière. À 43 ans, cet ancien maçon et agent de sécurité de Mahébourg vit pourtant un basculement qu’il n’aurait jamais imaginé quelques années plus tôt. Sa chanson « Maria mo kontan twa » a explosé sur les réseaux sociaux, attirant des centaines de fans et multipliant les sollicitations pour des mariages, des anniversaires, des événements privés. Sous le nom de Thierry Gangster, l’homme qui passait ses journées sur les chantiers se produit désormais sur scène et prépare un album. Un virage radical, pris sur le tard, qui dit quelque chose de la possibilité des recommencements.

Jeremy est né à Mahébourg dans une famille modeste. Son père travaillait dans une école, sa mère était femme au foyer. Aîné de trois enfants, il a grandi avec le sens des responsabilités qui s’impose souvent aux premiers-nés dans les familles où l’argent manque. Cette position a forgé chez lui une certaine endurance face aux difficultés.

Sa vie d’adulte a longtemps été celle d’un travailleur de l’ombre. Il devient maçon, un métier physiquement éprouvant, puis multiplie les petits boulots, dont celui d’agent de sécurité. Les longues journées sous le soleil, le béton, les charges lourdes, les horaires de nuit : c’était son quotidien. Un quotidien qui ne laisse pas beaucoup de place au rêve, mais qui n’a jamais complètement tué ce qui brûlait en lui depuis l’adolescence : la musique.

Depuis toujours, Jeremy écoute du rap et du dancehall. Eminem, avec son parcours chaotique et sa capacité à transformer la rage en art, est devenu une référence. « J’ai toujours aimé le rap, le dancehall », explique-t-il. Pendant des années, il chante pour lui-même, pour ses proches, sans ambition particulière. Juste pour exister autrement que dans le labeur quotidien.

Côté cœur, le parcours a été cahoteux. Célibataire aujourd’hui, Jeremy ne cache pas avoir connu plusieurs échecs amoureux. « J’ai eu plusieurs coups durs en amour », dit-il avec pudeur. Ces blessures ont laissé des traces, nourri une sensibilité qu’on retrouve dans ses chansons. Plutôt que de ruminer, il a choisi de transformer cette matière brute en création. La musique est devenue un exutoire, puis un espace de reconstruction.

Le basculement s’opère avec « Maria mo kontan twa ». La chanson est simple, directe, sans fioritures. Une déclaration d’amour portée par une mélodie accessible. Mise en ligne, la chanson explose sur les réseaux : partages, commentaires, demandes de concerts… en quelques semaines, Jeremy Gangster passe de l’anonymat à la notoriété locale. Les sollicitations pour des prestations se multiplient. Des mariages, des anniversaires, des événements familiaux : partout, on veut entendre cet homme au parcours atypique.

Face à ce succès inattendu, Jeremy prend une décision qui engage tout : se consacrer à la musique à plein temps. Un pari risqué à 43 ans, après des décennies de boulots précaires, mais qu’il assume. « Quand Dieu ouvre un chemin, il faut avoir le courage d’y marcher », dit-il. Dans cette phrase transpire la volonté de ne pas laisser passer sa chance.

Sur scène, il découvre un univers nouveau. Même quand il s’agit de prestations modestes – une cour de maison, une petite salle de réception –, il s’y donne entièrement. Lui qui chantait sans micro, il y a peu, se retrouve face à des publics enthousiastes, des téléphones levés. Cette reconnaissance, il la reçoit sans arrogance. « Je reste moi-même », répète-t-il. Les années passées à trimer sur les chantiers ou à veiller la nuit dans la sécurité restent ancrées en lui. « Je sais ce que c’est de ne rien avoir. Alors quand la vie me donne une chance, je ne la gaspille pas. »

Les réseaux sociaux ont été le tremplin de son succès, mais Jeremy garde un regard lucide sur cet outil. « Les réseaux, c’est bien, mais il ne faut pas se perdre dedans », dit-il. Il sait que la popularité virtuelle peut être éphémère. C’est pourquoi il mise sur le lien direct avec son public lors des prestations en face-à-face.

Musicalement, il refuse de se laisser enfermer dans une case, et chante la vie telle qu’il l’a vécue. Un répertoire qui parle à ceux qui se reconnaissent dans les trajectoires cabossées. Comme tout artiste exposé, il fait face aux critiques. Mais au lieu de les rejeter, il les accueille. « Ce sont les critiques qui m’aident à avancer. Elles me poussent à aller de l’avant, à faire de mon mieux. » 

Aujourd’hui, un album est en préparation, nourri par son vécu et cette nouvelle étape de sa vie. Il y abordera l’amour, bien sûr, mais aussi la persévérance, la foi, les regrets, les espoirs tardifs. Un projet personnel, presque intime, qu’il veut à son image : sans faux-semblants.

À 43 ans, Jeremy Gangster incarne ces trajectoires improbables où le succès arrive tard, au moment où on ne l’attend plus. De maçon à chanteur acclamé sur les réseaux sociaux, de l’ombre à une certaine lumière, son parcours dit que les rêves différés ne sont pas forcément des rêves perdus. Après des années d’ombre, parfois il suffit d’une chanson pour se faire enfin entendre.

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