Droits humains : Me Satyajit Boolell plaide pour une culture ancrée au quotidien
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Le Défi Quotidien
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Mᵉ Satyajit Boolell est à la tête d’une Commission renouvelée depuis juin 2025. Il appelle à une refondation de l’institution.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte de réformes nationales et de reconnaissance internationale pour Maurice.
L’année 2025 s’est ouverte sur un moment charnière pour Maurice selon le Chairperson de la National Human Rights Commission, Me Satyajit Boolell. À la suite des élections générales de 2024, le nouveau Programme gouvernemental 2025-2029 trace une feuille de route ambitieuse, centrée sur le renouveau démocratique, la réforme institutionnelle et le renforcement de la gouvernance.
Parmi ses axes majeurs figurent la création d’une Commission de révision constitutionnelle, une réforme de la politique en matière de drogues et la mise en place d’une Agence nationale de lutte contre la criminalité. « Ces initiatives sont significatives. Chacune comporte des implications directes en matière de droits de l’homme », souligne-t-il avec des garanties constitutionnelles aux droits à un procès équitable, en passant par la protection contre les abus d’autorité.
C’est dans ce contexte de recalibration nationale qu’en juin 2025, une nouvelle équipe a été nommée à la tête de la Commission nationale des droits de l’homme, écrit-il en préambule du rapport 2025 de la Commission. Dès sa prise de fonction, Me Satyajit Boolell a fait de la restructuration interne une priorité. « L’indépendance institutionnelle ne doit pas simplement être déclarée - elle doit être démontrée à travers des procédures transparentes, des mécanismes de contrôle renforcés et une orientation stratégique cohérente », affirme-t-il.
Sur la scène internationale, Maurice a enregistré une reconnaissance de poids : le 14 octobre 2025, le pays a été élu au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, obtenant 181 voix et se classant premier parmi les États africains.
Pour Me Satyajit Boolell, cette distinction est autant un honneur qu’une responsabilité. Elle « renforce l’attente que nos institutions nationales - dont la Commission - continuent à respecter les plus hauts standards d’indépendance, de crédibilité et d’intégrité ».
En interne, la Commission a franchi des étapes concrètes. Les rapports sur la prison de Melrose et sur Air Mauritius témoignent de son engagement à traiter des questions complexes avec rigueur et impartialité. « Ces rapports ne sont pas des aboutissements ; ils s’inscrivent dans un processus continu de responsabilité institutionnelle et de réforme constructive », précise Me Boolell.
Parallèlement, la Commission a multiplié les initiatives pour rapprocher les droits de l’homme des citoyens. Une page mensuelle dans un quotidien, le lancement d’une newsletter, des visites à Rodrigues, ou encore la présidence d’un Forum sur le handicap et l’inclusion le 28 juillet 2025 : autant d’actions visant à rendre les droits humains visibles et compréhensibles pour tous. « Trop souvent, les droits sont perçus comme des abstractions juridiques invoquées uniquement en temps de crise. Ils doivent au contraire faire partie de la conscience quotidienne », plaide-t-il.
La commémoration de la Journée Nelson Mandela, de la Journée des droits de l’homme et du jour Martin Luther King Jr est venue compléter cette démarche. Autant d’initiatives qui rappellent que « la lutte pour l’égalité, la dignité et la justice n’est pas abstraite - elle est profondément humaine et profondément pertinente pour notre propre société », écrit-il dans le rapport.
Dans son rapport annuel 2025, la Commission nationale des droits de l’homme de Maurice appelle à une modernisation substantielle de son mandat. Objectif : renforcer son indépendance institutionnelle et aligner pleinement son fonctionnement sur les Principes de Paris.
C’est dans le contexte du récent examen d’accréditation que la Commission a identifié la modernisation de son cadre législatif comme une priorité centrale. Elle propose une révision approfondie du Protection of Human Rights Act, visant à consolider l’indépendance institutionnelle, à clarifier les garanties relatives aux nominations et aux révocations, ainsi qu’à renforcer la cohérence opérationnelle de l’institution.
Au cœur de ces recommandations figure l’élargissement de la juridiction de la Commission au-delà du Chapitre II de la Constitution. La Commission souhaite être habilitée à agir directement au titre des traités internationaux relatifs aux droits de l’homme ratifiés par Maurice. « La protection des droits de l’homme dans une démocratie moderne ne peut se limiter au seul texte constitutionnel ; elle doit refléter le spectre complet des obligations internationales volontairement assumées par l’État », souligne le rapport. L’intégration des normes issues des traités dans le contrôle national permettrait à la Commission d’opérer avec « le mandat le plus large possible », conformément aux exigences des Principes de Paris, et de répondre aux défis contemporains en matière de droits humains avec davantage de clarté et d’autorité.
Ces propositions ne visent pas à un élargissement institutionnel pour lui-même. Elles sont pensées comme des mesures destinées à garantir l’indépendance structurelle, à renforcer la confiance du public et à préserver la place de Maurice au sein du système international des droits de l’homme. « Une loi nationale renforcée permettrait à la Commission de demeurer résiliente, crédible et apte à relever les défis à venir sur le plan national, régional et mondial », souligne le rapport.
Pour orienter et séquencer ces transformations, la Commission a élaboré une matrice de priorisation des réformes, alignée sur les Principes de Paris. Elle détaille comment chaque réforme est sélectionnée, justifiée et ordonnée.
Parmi les mesures proposées figurent notamment :
• L’inscription de la Commission dans la Constitution en tant qu’institution consacrée.
• La consolidation des mandats qui se recoupent au sein d’une structure institutionnelle unifiée.
• L’intégration du mécanisme de plaintes contre la police dans un cadre renforcé fondé sur les droits, afin d’éviter les doublons et d’assurer un mécanisme plus efficace.
• Le renforcement des obligations de transparence.
• La modernisation des procédures de plainte via des plateformes numériques.
• L’introduction de délais clairs pour la résolution des dossiers.
• Une délimitation précise des responsabilités et de la redevabilité.
• La sécurité de tenure du personnel et des membres de la Commission, par la révision des modalités de nomination et de cessation de fonctions.