Droits de douane: pour les signataires, les accords commerciaux restent valables, pour l'instant
Par
Defimedia.info
Par
Defimedia.info
Faut-il, ou non, remettre en question les accords commerciaux signés ces derniers mois avec les Etats-Unis, après l'annulation par la Cour suprême des droits de douane qui leur ont servi de base? Pas forcément, si l'on en croit les premiers signaux envoyés par les principaux partenaires.
"Nous avons fait des accords. Ces accords sont conclus, et (les pays) sont contents", a déclaré mardi soir Donald Trump lors de son discours au Congrès, comme si le jugement n'avait aucune incidence.
La Maison Blanche a très vite remis en place une nouvelle surtaxe de 10%.
Une situation temporaire, le temps de trouver "les bases légales pour réimposer les droits de douane déjà négociés. Dans l'intervalle nous comptons sur les pays pour continuer à respecter leurs engagements dans le cadre des accords commerciaux", avait souligné auprès de l'AFP un responsable à la Maison Blanche.
Malgré tout, les partenaires commerciaux se posent la question de la marche à suivre: lundi le Parlement européen a envisagé une suspension de la procédure de mise en oeuvre de l'accord liant l'Union européenne (UE) aux Etats-Unis.
Pour les députés européens, il importe que la Commission clarifie "avec les Etats-Unis les conditions des nouveaux droits de douane", a justifié l'eurodéputée Zeljana Zovko (PPE, droite).
"Je suis resté en contact permanent" avec le représentant au Commerce de la Maison Blanche Jamieson Greer et le ministre du Commerce Howard Lutnick "et tous deux m'ont assuré qu'ils restaient engagés en faveur de l'accord avec l'Union européenne", a répondu mardi le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, devant le Parlement.
Le gouvernement japonais a lui confirmé lundi son intention d'appliquer l'accord commercial signé mais non encore ratifié par son Parlement.
Dans un communiqué publié après un échange avec Howard Lutnick, le ministre japonais du Commerce, Ryosei Akazawa a néanmoins demandé que, "face aux nouvelles mesures douanières prises par le gouvernement américain, le Japon ne soit pas traité moins favorablement que dans l'accord de l'année dernière".
- Menaces de Donald Trump -
La majorité des partenaires commerciaux des Etats-Unis sont particulièrement prudents après la décision de la Cour suprême, préférant attendre de connaître la réplique du gouvernement américain avant de se prononcer.
Avec des droits de douane désormais à 10% et pour une durée de cinq mois, comme le précise le décret présidentiel, il n'y a pas de raison de se précipiter, même si Donald Trump a envisagé durant le weekend de les porter à 15%.
"Si l'on reste à 10%, ces partenaires n'ont pas trop de raison de se plaindre car, pour un certain nombre, ils se retrouvent en meilleure position", a pointé, lors d'un événement en ligne, Patrick Childress, avocat spécialisé en commerce international.
"Si vous êtes le Japon ou la Corée du Sud et que vous estimiez pouvoir faire avec 15% négociés, alors un taux ramené à 10% est plutôt une meilleure chose", a abondé Mira Rapp-Hooper, chercheuse de la Brookings Institution.
Le risque est de voir le président américain, très remonté contre l'arrêt de la Cour suprême, réagir plus durement.
Il a envoyé un avertissement clair lundi, via son réseau Truth Social, à "tous les pays qui voudraient +jouer+ avec la décision", assurant qu'ils seraient alors "confrontés à des droits de douane beaucoup plus élevés, et pire, que tous ceux qu'ils ont récemment acceptés".
Pour la majorité des pays néanmoins, la priorité n'est plus nécessairement les Etats-Unis car "ils ont intégré depuis un moment qu'ils sont devenus plus imprévisibles et protectionnistes", a rappelé Mme Rapp-Hooper.
"La majorité reste en faveur du libre-échange, ils cherchent de nouveaux accords commerciaux entre eux, pour se rapprocher" plutôt que tenter de s'adapter aux soubresauts de la vie politique américaine, a-t-elle conclu.
AFP