Drogue synthétique : le pays a-t-il perdu le combat?
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Le Défi Plus
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La circulation sur les réseaux sociaux de vidéos montrant des consommateurs de drogue synthétique qui ressemblent à des « zombies » suscite le débat. Ces images sensibilisent-elles ou stigmatisent-elles ? Sur le plateau d’Au cœur de l’info, animée par Ashna Nuckcheddy-Rabot, le vendredi 6 février, le député Ehsan Juman, Ashvin Gungaram de l’association AILES, François Henry, de Cure Mauritius, et le CEO de la NADC, Fayzal Sulliman, ont dressé un constat de la situation et ont évoqué des solutions.
Durant ces dernières semaines, plusieurs vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux. Ils montrent des jeunes sous l’effet de drogues synthétiques. Ces images ont provoqué une forte réaction de l’opinion publique et ont ravivé les interrogations sur l’ampleur du problème à Maurice, l’efficacité des politiques publiques et le rôle des autorités. Si certains estiment que ces vidéos ont une vertu pédagogique en exposant brutalement la réalité du terrain, d’autres craignent qu’elles n’alimentent la peur et renforcent la stigmatisation des personnes dépendantes, sans pour autant apporter de solutions concrètes. C’est dans ce contexte tendu qu’Au cœur de l’info a réuni des intervenants pour analyser la situation.
Le député Ehsan Juman a dressé un tableau préoccupant. Selon lui, la crise est déjà bien installée et touche de nombreuses régions du pays. Il affirme que la situation est « grave » et que les cas se multiplient sur le terrain. Pour lui, la diffusion des vidéos peut avoir une utilité. Elles permettent de rendre visible un problème que certains préfèrent ignorer. Il interpelle toutefois les autorités, notamment la police, qu’il accuse de ne pas être à la hauteur de l’urgence. À ses yeux, il ne s’agit plus seulement d’une question de santé publique, mais d’un enjeu pour l’avenir du pays.
Ashvin Gungaram, directeur d’AILES, rappelle que la drogue synthétique ne se présente pas sous une seule forme. Elle évolue constamment, parfois liquide, parfois sous d’autres formats difficiles à détecter. Il défend l’idée qu’une dépénalisation du cannabis pourrait constituer une solution partielle : en faisant baisser les prix et en réduisant le marché illicite. Elle limiterait l’enrichissement des réseaux criminels et offrirait une alternative moins dangereuse à certains usagers dépendants. Son approche s’inscrit davantage dans une logique de santé publique que de répression.
Pour François Henry, directeur de Cure Mauritius, les vidéos circulant en ligne montrent une réalité indéniable : les effets immédiats et dévastateurs de certaines drogues synthétiques. Toutefois, il refuse de considérer que « le combat est perdu ». Il insiste sur le fait que la lutte contre la drogue est un travail continu qui doit s’adapter en permanence à un marché en mutation. Selon lui, les trafiquants innovent sans cesse, mais les stratégies de lutte restent trop traditionnelles.
Cure Mauritius plaide pour un équilibre entre répression et pédagogie, avec davantage de programmes de sensibilisation, d’accompagnement des personnes dépendantes et de prévention ciblée auprès des jeunes.
Le CEO de la NADC, Fayzal Sulliman, reconnaît que « l’ampleur de la situation est inquiétante », mais insiste sur la nécessité d’éviter la stigmatisation. « On stigmatise les adolescents, on stigmatise les régions... »
Il rappelle que le mandat de la NADC est d’abord la coordination, l’évaluation et le suivi des politiques antidrogue et non la répression. « Nous ne débarquons pas sur le terrain pour arrêter ». Selon lui, après « une décennie de pourrissement », on ne peut pas attendre des solutions en neuf mois. Mais, selon lui, « d’ici trois mois, il y aura des résultats tangibles ».
La NADC travaille avec la Santé pour améliorer les traitements, d’autant que « les composants des drogues changent tout le temps ». Et elle travaille avec l’Éducation pour renforcer la prévention. Elle se veut rassurante. « Nous n’avons pas perdu le combat contre la drogue. »