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Drame à Grand-Bel-Air : deux familles déchirées, des enfants entre la vie et le deuil

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 26 avril 2026 à 15:30
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accident
Le lieu où le drame s’est produit. Alexina était toujours présente pour ses enfants. Chelikani Naden était au volant, quand le drame a eu lieu. Les enfants sont toujours hospitalisés.

Lundi 20 avril, une Renault 19 a pris feu après avoir percuté un arbre. Deux adultes ont péri. Parmi les rescapés, des jumeaux de 14 ans hospitalisés, à qui leurs proches n’ont pas encore osé annoncer la mort de leur mère.

Florine reprend doucement des forces. Son frère jumeau Floran, lui, vient de subir une lourde opération de la mâchoire et pourrait se retrouver en fauteuil roulant. Tous deux ont 14 ans. Tous deux ignorent encore que leur mère, Alexina Aristide, 55 ans, est morte dans l’incendie qui a suivi l’accident de Grand-Bel-Air, lundi 20 avril au matin. 

« On ne leur a pas encore tout dit ; on attend qu’ils aillent un peu mieux », glisse leur tante Roseline, le cœur lourd. Leur frère Jean Denis Bacoye, 38 ans, lui aussi rescapé, lutte toujours pour sa vie en soins intensifs, sous respirateur artificiel.

Ce matin-là, alors que le soleil commençait à peine à chauffer le bitume de Grand-Bel-Air, la Renault 19 conduite par Chelikani Naden, 58 ans, compagnon d’Alexina Aristide, a terminé sa course contre un arbre avant de s’embraser. Les deux adultes ont péri sur place. Les jumeaux Florine et Floran, ainsi que leur frère, Jean Denis Bacoye, ont pu être secourus in extremis.

Alexina Aristide était originaire de Mahébourg. Employée dans une entreprise de nettoyage, elle était, selon ses proches, une mère dont la vie tournait entièrement autour de ses enfants. « C’était la benjamine de la famille, mais elle débordait de projets pour la maison de ses enfants », confie Roseline, à la fois sœur et collègue.

Malgré ses douleurs aux pieds, Alexina Aristide n’avait jamais ménagé sa peine pour les siens. La dernière fois que Roseline l’avait vue, c’était le jeudi précédant l’accident. « J’étais au travail et devais remettre un certificat médical. Ma sœur est venue me voir durant la pause déjeuner pour éviter que je n’aie à marcher, et a pris le certificat pour le remettre à un responsable », raconte-t-elle.

Elle se souvient d’une femme simple, qui aimait les fleurs dont elle prenait soin avec attention, et la mer. « Étant issue de Mahébourg sur la côte, elle aimait sortir souvent avec ses enfants », dit-elle.

Mère de sept enfants au total, dont les aînés venaient lui rendre visite régulièrement et habitaient parfois avec elle, elle vivait avec les deux derniers, les jumeaux Florine et Floran, nés de sa relation avec Jean Shirley Mava, dit Kiss. Séparés depuis, chacun avait refait sa vie. Alexina Aristide avait rencontré Chelikani Naden, lui aussi séparé et père de famille, habitant de Beau-Vallon. Avec les enfants, ils se rendaient régulièrement chez lui.

Le week-end du drame, la famille s’était rendue à l’anniversaire d’une des filles d’Alexina, où ils avaient passé le week-end entier. Le drame a eu lieu le lundi matin, au retour. C’est au travail, ce lundi matin, que Roseline a appris la nouvelle. « Un superviseur est venu me voir pour me demander si j’avais consulté ma page Facebook. Il y a eu un accident et il a indiqué que ma sœur était parmi les victimes. Je n’y croyais pas. » 

Elle a aussitôt demandé à son fils de vérifier, puis est partie au domicile de sa sœur. Personne. En reconnaissant sur les photos de l’accident le véhicule de Chelikani Naden, la certitude s’est imposée, brutalement.

Aujourd’hui, c’est Jean Shirley Mava, le père des jumeaux, qui se rend chaque jour à leur chevet. Les enfants ne savent pas encore. « Je vais les prendre en charge, mais il leur faut des couches et des yops », dit-il simplement, lançant un appel à la solidarité publique.

« Il n’était jamais fier »

À Beau-Vallon, où il résidait depuis de longues années, Chelikani Naden laisse le souvenir d’un homme d’une humilité rare. Gardien de nuit, il travaillait également de jour comme agent d’entretien pour le District Council de Rose-Belle. Père de quatre enfants — deux filles et deux garçons – il élevait des poules et entretenait des plantations de légumes pour arrondir les fins de mois, toujours prêt à donner un coup de main malgré la fatigue. « Mon père était un homme courageux. Il aidait tout le monde, il n’était jamais fier. Il vivait à Beau-Vallon depuis longtemps », dit Vilacha Auleear.

Elle se souvient avec tendresse des campements de Pâques en famille, des après-midi réunis ensemble. Elle décrit la relation entre son père et Alexina comme celle de deux personnes proches, partageant les trajets du quotidien. Le samedi précédant l’accident, elle l’avait encore vu tailler des haies, épuisé mais fidèle à ses habitudes. Une semaine plus tôt à peine, il lui avait glissé : « Fais attention, la route devient dangereuse. » 

C’est par sa cousine, qui l’appelait pour s’assurer qu’il allait bien, que Vilacha a appris la nouvelle. Elle a cherché à joindre son père, puis Alexina. Personne ne répondait.

Aujourd’hui, alors que Jean Denis Bacoye lutte toujours pour sa vie sous respirateur artificiel, les familles Aristide et Naden tentent de trouver la force de continuer, unies dans cette douleur commune que seule la route peut engendrer avec une telle cruauté.

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