Drame conjugal à Quatre-Bornes : accusée par son époux de s’être droguée, elle le poignarde mortellement
Par
Kendy Antoine
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Kendy Antoine
Le quartier habituellement calme de La Source, à Quatre-Bornes, a été le théâtre d'un terrible drame conjugal jeudi soir. À l'avenue Rotin N° 1, la police a été appelée en urgence à la suite d'une agression sanglante au domicile de la famille Munisamy. À leur arrivée, les policiers ont découvert Fabrino Cupidon, 38 ans, originaire de Rodrigues, nu au milieu du salon, avec une couverture posée sur la cuisse. Il baignait dans son sang. Son épouse, Neelam Munisamy, présente sur les lieux, a été immédiatement arrêtée. Elle a reconnu avoir agressé son conjoint à l'aide d'un couteau. Selon les premiers éléments de l'enquête, le drame serait survenu après que son époux l'eut accusée d'avoir consommé de la drogue synthétique.
Cela faisait environ trois ans que la victime vivait avec sa compagne à Quatre-Bornes. Selon les voisins, il s'agissait d'un couple discret. « Ils ne se disputaient pas. Ils occupaient la maison du bas alors que le père de Neelam habite à l'étage », explique une voisine.
Rajen Munisamy, père de Neelam et beau-père de la victime, précise qu'ils étaient mariés. « Ils se sont unis civilement l'année dernière », confie-t-il. D'après lui, sa fille et son gendre entretenaient de bonnes relations.
Toutefois, dans la nuit du jeudi 4 juin, tout a basculé. Rajen Munisamy raconte qu'un peu plus tôt dans la journée, Fabrino était monté lui rendre visite à l'étage. « Ma fille s'était assoupie et mon gendre est monté discuter un peu avec moi avant de redescendre », se souvient-il.
Lors de son interrogatoire, l'épouse a expliqué qu'elle avait, il y a quelques années, développé une dépendance à la drogue synthétique avant de réussir à s'en sortir. Une ancienne addiction que son mari connaissait, mais dont elle affirme être totalement libérée.
Revenant sur le déroulement des événements, elle a indiqué qu'après s'être réveillée, elle était montée voir son père. Elle y aurait consommé un verre d'alcool pendant que son époux se rendait à la boutique du quartier. À son retour, elle était déjà redescendue. « Mo ti pe zwe game lor mo portab », a-t-elle déclaré aux enquêteurs de la Criminal Investigation Division (CID) de Quatre-Bornes.
Selon sa version, une dispute a alors éclaté. « Li dir mwa mo'nn fimm sintetik », a-t-elle soutenu. Une accusation qu'elle affirme avoir catégoriquement rejetée. Fabrino aurait ensuite mis fin à la discussion en annonçant qu'il allait prendre sa douche. En colère, elle se serait rendue dans la cuisine pour s'emparer d'un couteau avant de rejoindre son époux dans la salle de bains. C'est là qu'elle lui aurait porté un coup de couteau à la cuisse. « Mo'nn donn li kout kouto kot so lakwis », a-t-elle avoué.
Bien que grièvement blessé, Fabrino aurait tenté de se défendre. Pour s'échapper, il est sorti précipitamment de la salle de bains et a pris la fuite à l'extérieur de la maison, entièrement nu. Son épouse s'est lancée à sa poursuite.
La victime a parcouru une cinquantaine de mètres dans la ruelle avant d'être rattrapée. Selon l'enquête, elle l'aurait ensuite aidé à regagner la maison alors qu'il perdait une importante quantité de sang. Elle a placé une couverture sur sa cuisse dans une tentative d'arrêter l'hémorragie. Malgré cela, son état s'est rapidement détérioré et il a fini par perdre connaissance au milieu du salon. « Ma fille est venue me voir après ce drame pour me dire que son époux n'allait pas bien », relate Rajen Munisamy.
La police de Quatre-Bornes a été alertée peu après 23 heures. Le Service d'aide médicale urgente (SAMU) a également été dépêché sur place. À leur arrivée, les secouristes et les policiers ont découvert une scène marquée par de nombreuses traces de sang dans la cour, l'allée et à l'intérieur de la maison. Le médecin du SAMU n'a pu que constater le décès du trentenaire.
Placée en état d'arrestation, Neelam Munisamy a été maintenue en détention. L'autopsie pratiquée vendredi par le Dr Shaila Jankee Prasad, médecin légiste, a conclu que le décès est dû à une section d'artère provoquée par le coup de couteau porté à la cuisse. Après les faits, la suspecte a jeté l'arme du crime dans un drain, où elle a été récupérée par les enquêteurs. Elle a comparu devant le tribunal de Rose-Hill sous une accusation provisoire de meurtre avant d'être reconduite en cellule.
Fabrino Cupidon, âgé de 38 ans, était originaire de Baladirou, à Rodrigues. Sa mort tragique a plongé sa famille dans une profonde consternation. Une de ses tantes peine encore à croire à ce drame.
« C'est vers une heure du matin, vendredi, que sa mère a été réveillée par les pleurs de sa sœur. C'est à ce moment-là qu'elle a appris la terrible nouvelle », raconte la tante de la victime depuis Rodrigues.
Installé à Maurice depuis de nombreuses années, Fabrino Cupidon avait construit sa vie loin de son île natale. « Cela fait plus de quinze ans qu'il avait quitté Rodrigues. Il avait été en couple et était père de trois enfants avant de se séparer. Par la suite, nous avons appris qu'il s'était mis en couple avec cette dame et qu'ils s'étaient mariés », poursuit-elle.
L'émotion est vive au sein de la famille. « Je ne l'ai pas vu depuis de nombreuses années », confie sa tante, la voix brisée par le chagrin.
Elle garde toutefois le souvenir d'un homme apprécié de ses proches. « Il était l'aîné de la famille. C'était un bon garçon, très débrouillard et toujours prêt à se battre pour avancer dans la vie », dit-elle.
Selon ses proches, des démarches ont déjà été entreprises afin de rapatrier sa dépouille à Rodrigues. Certains membres de la famille présents à Maurice s'occupent actuellement des formalités nécessaires. La famille nourrit l'espoir de pouvoir lui rendre un dernier hommage et de l'inhumer sur sa terre natale, auprès des siens.