Dr Yashmeeta Bundhoo, oncologue : «Des patients de cancer sont de plus en plus jeunes»

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 17 février 2026 à 16:00
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Dr Yashmeeta Bundhoo

Oncologue consultante externe à Life Nova, active à Forbach, Tamarin et Bon Pasteur, le Dr Yashmeeta Bundhoo décrypte les statistiques alarmantes : un cas sur quatre touche les moins de 50 ans. Son message est clair : agir aujourd’hui sauve demain.

Quelle est la situation actuelle du cancer à Maurice ?
À Maurice, le nombre de diagnostics de cancer continue de croître, reflétant le vieillissement de la population et l’évolution des modes de vie. Je constate des patients de plus en plus jeunes, mais aussi des détections plus précoces, signe d’une meilleure prise en charge. 

Le cancer reste un défi national majeur, et notre responsabilité collective est de garantir que chaque patient accède à un traitement moderne, humain et efficace. Mon engagement est clair : faire en sorte que le parcours de soins soit centré sur la qualité, la rapidité et la dignité de chaque patient.

L’augmentation du nombre de cas est-elle réelle ou due à un meilleur dépistage ?  
L’augmentation des cas de cancer est réelle, mais elle reflète aussi nos progrès en dépistage et en diagnostic. Certains cancers liés à l’obésité, au tabac ou à la sédentarité se multiplient, mais nous détectons aujourd’hui des tumeurs plus petites, plus tôt, avec de meilleures chances de guérison. 

Dans ma pratique, je vois cette dualité : plus de diagnostics, mais aussi plus de patients traitables efficacement. C’est une opportunité : renforcer la prévention, le dépistage et la prise en charge coordonnée permettra d’améliorer significativement la survie et la qualité de vie des Mauriciens.

Quels sont les cancers les plus fréquents à Maurice ?
Chez les femmes, le cancer du sein reste prédominant, suivi des cancers gynécologiques et colorectaux. Chez les hommes, la prostate, le poumon et le côlon sont les plus fréquents. Ces pathologies constituent la majorité de notre activité quotidienne en radiothérapie. 

Chaque patient est une histoire unique, rappelant la dimension profondément humaine de notre métier. Ces tendances, communes aux pays en transition, soulignent l’importance de centres spécialisés performants, capables de proposer un parcours rapide et cohérent pour chaque patient, avec un suivi personnalisé et une expertise médicale de pointe. 

Quelles sont les raisons principales de cette augmentation ?
Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation : le vieillissement de la population, les changements alimentaires, la sédentarité et certains facteurs environnementaux. Mais l’amélioration de la sensibilisation et des outils diagnostiques joue également un rôle. 

Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les inégalités d’accès à l’information et aux soins. La lutte contre le cancer doit être cohérente et nationale, combinant prévention, détection précoce et traitement rapide. Chaque Mauricien doit pouvoir bénéficier de ces avancées, peu importe sa région ou sa situation sociale. 

En quoi le mode de vie moderne mauricien influence-t-il le risque de cancer ?
Le mode de vie moderne influence clairement le risque de cancer : alimentation transformée, sédentarité, stress et tabac sont des facteurs reconnus. À Maurice, la transition nutritionnelle rapide augmente ces risques. Mais il ne s’agit pas de culpabiliser : l’éducation et l’accompagnement sont essentiels. Prévenir le cancer implique des campagnes adaptées, un accès facilité au dépistage et la promotion de comportements sains. L’oncologie ne se limite pas au traitement ; elle inclut la prévention, la sensibilisation et l’empowerment de chaque individu face à sa santé. 

Quelles mesures de prévention du cancer sont les plus efficaces ?
Une part importante des cancers est évitable : tabac, alimentation, HPV (papillomavirus humain), activité physique et exposition solaire sont des leviers concrets. La prévention doit devenir un pilier national. Elle se conjugue avec le dépistage et la prise en charge rapide. La combinaison de programmes structurés et d’innovation médicale peut réduire l’incidence future. 

Mon message est simple : investir dans la prévention aujourd’hui, c’est sauver des vies demain. Les actions concrètes – vaccination, campagnes de sensibilisation et accès aux dépistages – sont des gestes puissants qui font la différence pour chaque Mauricien. 

Quel est le rôle du dépistage précoce dans la lutte contre le cancer ?
Le dépistage précoce sauve des vies. En radiothérapie, la différence entre un cancer détecté tôt ou tard est déterminante pour la guérison et la qualité de vie. Les traitements sont alors moins agressifs, plus efficaces et avec moins de séquelles. Je vois chaque jour l’impact positif sur mes patientes : un cancer du sein détecté tôt peut être guéri et la vie normale reprise rapidement. L’objectif est clair : rendre le dépistage accessible à tous et intégrer cette démarche dans le parcours de soins de manière fluide et humaine.

Y a-t-il un lien entre la COVID-19 et l’apparition ou l’évolution des cancers ?
La COVID-19 n’a pas de lien direct avec l’apparition de cancers. En revanche, la pandémie a retardé les dépistages et les diagnostics dans le monde entier. Certains patients sont arrivés avec des maladies plus avancées, rappelant l’importance de maintenir des services oncologiques continus. La science doit guider nos décisions. La vigilance, la recherche et le suivi épidémiologique restent essentiels. Même en temps de crise, notre mission est de protéger chaque patient et de garantir un accès rapide à un diagnostic et un traitement approprié.

Les vaccins contre la COVID-19 peuvent-ils causer ou aggraver des cancers ?
Les vaccins contre la COVID-19 n’ont jamais montré de lien avec l’apparition de cancers. Ils ont été étudiés et surveillés rigoureusement. Il est normal que le public s’inquiète, et notre rôle est de répondre avec transparence et preuves scientifiques. La désinformation peut être dangereuse, surtout pour les patients fragiles. Écouter, expliquer et accompagner reste essentiel. 

La confiance entre patients, médecins et autorités sanitaires est la clé pour toute stratégie de santé réussie et pour rassurer la population sur les mesures de prévention. 

Quel est l’impact des pesticides et produits chimiques sur le risque de cancer ?
Certaines expositions chimiques augmentent le risque de cancers selon la dose, la durée et le type de produit. Il est essentiel de renforcer la réglementation et la surveillance environnementale. Protéger l’environnement, c’est protéger la santé future des Mauriciens. Cela nécessite une action coordonnée entre santé, agriculture et industrie. La prévention environnementale devient un pilier de l’oncologie moderne : chaque décision impacte directement le bien-être des générations futures. 

Comment l’environnement et la pollution influencent-ils les cancers ?
La qualité de l’air, de l’eau et l’exposition à certains polluants influencent certains cancers, comme les cancers pulmonaires ou cutanés. Le cancer reste toujours multifactoriel. À Maurice, anticiper ces risques est crucial : recherche locale, surveillance épidémiologique et politiques environnementales solides sont indispensables. La santé publique et la protection de l’environnement vont de pair : un environnement sain est la première prévention contre de nombreux cancers. 

Comment se porte la prise en charge du cancer à Maurice aujourd’hui ?
Maurice a progressé en oncologie : compétences solides, technologies modernes et équipes engagées. Les défis persistent : délais, parcours patients, accès uniforme aux soins spécialisés. L’objectif est un parcours fluide, rapide et humain. L’innovation et l’expertise doivent servir la qualité de vie du patient. Chaque amélioration, chaque protocole mieux coordonné, se traduit par des vies sauvées et un soutien réel pour les familles, rappelant que l’oncologie est à la fois scientifique et profondément humaine. 

De quoi dépendent les chances de survie ?  
La survie dépend du stade au diagnostic, du type de cancer et de la rapidité d’accès au traitement. Mais l’humain reste central : soutien familial, nutrition et suivi régulier influencent les résultats. Une prise en charge multidisciplinaire rapide change véritablement le pronostic. « Tumor boards » et réseaux intégrés permettent des décisions éclairées. Le cancer n’est jamais une lutte solitaire : il implique patients, familles, soignants et système de santé travaillant ensemble pour maximiser les chances de guérison. 

Quels signes précoces doivent alerter et inciter à consulter ? 
Perte de poids inexpliquée, fatigue persistante, saignements inhabituels, masse ou changement cutané, toux chronique ou troubles digestifs doivent alerter. Tout symptôme persistant mérite un avis médical. Je dis souvent : mieux vaut consulter pour rien que trop tard. La détection précoce permet des traitements moins agressifs et plus efficaces. L’éducation du public est clé : plus les Mauriciens seront informés, plus nous sauverons de vies et améliorerons la qualité de vie des patients. 

Quel est votre message essentiel au public mauricien ?
Le cancer n’est pas une fatalité. Beaucoup se guérissent aujourd’hui, surtout lorsqu’ils sont détectés tôt. Parlez-en, faites-vous dépister, consultez dès les premiers signes. Vous n’êtes pas seuls : derrière chaque traitement, des équipes dévouées vous accompagnent. 

Mon engagement est total pour chaque patient. Ensemble, par la prévention, le dépistage et l’excellence des soins, nous pouvons transformer le paysage oncologique de Maurice. L’espoir est réel et repose sur la science, la solidarité et l’humanité que nous mettons chaque jour au service des patients. 


Bio express

Le Dr Yashmeeta Bundhoo est oncologue clinicienne et radiothérapeute (cancérologue), spécialisée dans la prise en charge multidisciplinaire des cancers. Elle a effectué sa formation en oncologie à Cape Town, Afrique du Sud, et exerce aujourd’hui à Maurice, où elle s’intéresse particulièrement aux cancers du sein, de la prostate et de la sphère ORL, entre autres. Elle travaille comme oncologue clinico-radiothérapeute à Aegle Cancer Hospital (Rose-Belle) et en tant que consultante externe auprès de Life Forbach et Tamarin, Premium Clinic et OCS Santé Constance. Engagée dans l’amélioration de l’accès aux soins, elle privilégie une approche humaine, scientifique et centrée sur le patient, alliant expertise, écoute et outils modernes de prise en charge.

Dans l’entretien qu’elle nous accorde, le Dr Yashmeeta Bundhoo revient sur la réalité du cancer à Maurice et partage son regard d’experte sur la prévention, le dépistage et les espoirs concrets pour les patients mauriciens.
 

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