Dr Yashmeeta Bundhoo, oncologue consultante : «Le dépistage du cancer colorectal sauve des vies»
Par
Fateema Capery
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Fateema Capery
Mars est marqué par le Blue March, mois international de sensibilisation au cancer colorectal. À cette occasion, le Dr Yashmeeta Bundhoo, oncologue consultante aux Life Medical Clinics Forbach et Tamarin, rappelle l’importance du dépistage précoce, des habitudes de vie saines et des avancées thérapeutiques dans la prise en charge de cette maladie.
Quels sont les principaux facteurs de risque du cancer colorectal ?
L’âge reste le facteur principal, surtout après 50 ans. Mais d’autres éléments comptent : les antécédents familiaux, une alimentation riche en viandes rouges et en charcuteries, le tabac, l’alcool, le surpoids et le manque d’activité physique. Certaines maladies inflammatoires de l’intestin augmentent également le risque. Beaucoup de ces facteurs peuvent être modifiés, ce qui nous donne un réel pouvoir de prévention.
Quels examens suivent un dépistage positif pour confirmer le diagnostic ?
Un test positif ne signifie pas forcément qu’il y a un cancer. Cela indique simplement qu’un contrôle est nécessaire. L’examen de référence est la coloscopie : il permet d’observer l’intérieur du côlon et de retirer, si besoin, des polypes. Ces petites lésions peuvent, avec le temps, devenir cancéreuses. Les enlever constitue déjà une mesure de prévention contre le cancer. Des examens d’imagerie comme le scanner ou l’IRM peuvent également être demandés pour évaluer l’extension éventuelle de la maladie.
Quels traitements permettent aujourd’hui de prolonger et d’améliorer la qualité de vie des patients ?
Lorsque le cancer est détecté tôt, la chirurgie peut suffire à guérir. Dans d’autres situations, la prise en charge peut associer chimiothérapie et radiothérapie. Les traitements ont beaucoup progressé ces dernières années : ils sont mieux tolérés et incluent désormais des thérapies ciblées et, pour certaines formes avancées, l’immunothérapie. Aujourd’hui, la prise en charge ne vise pas seulement à traiter la maladie, mais aussi à préserver la qualité de vie du patient, avec un contrôle de la douleur, un suivi nutritionnel et un accompagnement psychologique dans une approche multidisciplinaire.
Comment le mode de vie influence-t-il le risque de cancer colorectal ?
Une alimentation riche en fibres – fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes – joue un rôle protecteur. Réduire la consommation de viandes transformées est également recommandé. À Maurice, nous avons la chance d’avoir accès à des légumes frais, du poisson ou encore des lentilles. Il est important d’en profiter. L’activité physique régulière est aussi bénéfique : marcher 30 minutes par jour peut déjà réduire le risque. Ces gestes peuvent sembler simples, mais accumulés sur des années, ils font une réelle différence.
Quels effets secondaires ou complications sont les plus fréquents pendant le traitement ?
Ils varient selon le type de traitement. Après une chirurgie, les patients peuvent ressentir de la fatigue ou observer des changements du transit intestinal. La chimiothérapie peut provoquer de la fatigue, des nausées, des diarrhées ou des fourmillements dans les mains et les pieds. La radiothérapie pelvienne peut, quant à elle, irriter temporairement l’intestin ou la vessie. Il est toutefois important de rassurer les patients : la majorité de ces effets secondaires sont temporaires et bien pris en charge aujourd’hui grâce aux traitements de support. Il ne faut jamais rester silencieux face à un symptôme.
Quel rôle jouent les antécédents familiaux ?
Avoir un parent du premier degré atteint d’un cancer colorectal augmente le risque. Dans certaines familles, il existe des syndromes génétiques spécifiques, comme le syndrome de Lynch, qui nécessitent un dépistage plus précoce et plus régulier. C’est pourquoi l’histoire familiale doit toujours être discutée lors de la consultation. Dans ces situations, le dépistage peut commencer avant l’âge de 50 ans.
Existe-t-il des signes avant-coureurs silencieux ?
Oui, et c’est précisément pour cette raison que le dépistage est essentiel. Les polypes précancéreux ne provoquent aucun symptôme. Même un cancer à un stade précoce peut être totalement asymptomatique. Certains signes doivent toutefois alerter, comme un changement récent du transit, la présence de sang dans les selles ou une fatigue inexpliquée liée à une anémie. Mais attendre l’apparition de symptômes n’est pas une stratégie de prévention. Le dépistage reste le meilleur moyen de sauver des vies.
Comment se préparer mentalement et physiquement à un traitement ou à une chirurgie ?
L’information joue un rôle clé. Comprendre le plan de traitement aide souvent les patients à reprendre un certain contrôle sur la situation. Sur le plan physique, il est important d’optimiser son état nutritionnel, d’arrêter le tabac et de maintenir une activité physique douce. Sur le plan mental, il est essentiel de s’entourer et d’accepter de demander de l’aide. Consulter un psychologue peut aussi être bénéfique. La préparation commence toujours par un dialogue honnête avec l’équipe soignante.
Quelles innovations récentes sont prometteuses dans la lutte contre le cancer colorectal ?
La recherche progresse rapidement. Les tests moléculaires permettent désormais d’adapter les traitements à la biologie spécifique de chaque tumeur. L’immunothérapie a montré des résultats très encourageants dans certaines formes de la maladie. Par ailleurs, de nouveaux tests sanguins appelés « biopsies liquides » sont en cours de développement pour détecter plus précocement les récidives. L’intelligence artificielle contribue également à améliorer la détection des polypes lors des coloscopies.
Le Blue March, ou mois bleu, est une campagne internationale de sensibilisation consacrée au cancer colorectal. Organisée chaque année au mois de mars, elle vise à mieux informer le public sur cette maladie, à encourager le dépistage précoce et à promouvoir des habitudes de vie plus saines afin de réduire les risques. Le cancer colorectal figure parmi les cancers les plus fréquents dans le monde. Pourtant, il fait aussi partie de ceux qui peuvent être efficacement prévenus et traités lorsqu’ils sont détectés tôt.
Durant ce mois de sensibilisation, de nombreuses organisations de santé, associations et professionnels médicaux organisent des campagnes d’information, des conférences, des actions de dépistage et des initiatives de sensibilisation pour encourager la population à se faire tester et à consulter en cas de doute. Le Dr Yashmeeta Bundhoo rappelle d’ailleurs qu’aujourd’hui, lorsqu’il est détecté tôt, le cancer colorectal est souvent guérissable. Et même à un stade plus avancé, les traitements actuels permettent de prolonger la vie tout en préservant une bonne qualité de vie. « Le dépistage est un geste de protection envers soi-même. Il ne signifie pas que l’on est malade — il permet justement de prévenir et de sauver des vies », précise-t-elle.