Dr Khalil Elahee : «Le coût de l’électricité devrait continuer à augmenter à l’avenir»
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Après avoir évité les délestages cet été, Maurice doit consolider ses acquis. Le Dr Khalil Elahee, CEO de la MARENA et responsable de l’EEMO, détaille les priorités hivernales : lutte contre le gaspillage, compteurs intelligents et transition énergétique accélérée.
La campagne hivernale du Central Electricity Board (CEB), en collaboration avec l’Energy Efficiency Management Office (EEMO), est présentée comme « plus légère ». Quelles mesures concrètes restent néanmoins prioritaires pour les ménages et les entreprises durant cette période ?
« Plus légère » ne signifie nullement moins importante. Simplement, il faut revenir aux simples gestes qui ne nous coûtent rien et qui nous aide en retour à faire baisser notre facture du CEB.
La hausse de 15% qui touchent tout le monde sauf environ 120 000 foyers. Mais si nous arrêtons les gaspillages en éteignant les appareils en veilleuse, les lampes qui sont inutiles ou encore en évitant complètement la climatisation puisque nous sommes en hiver, cette hausse ne sera pas perceptible. Cela implique de rester constamment vigilant pour prévenir les abus et les négligences.
Pour les entreprises, l’heure est à l’efficacité énergétique surtout, soit avoir la productivité en consommant moins d’électricité grâce à une technologie moins énergivore.
Quels sont les objectifs chiffrés de cette campagne d’ici fin novembre en matière d’économies d’énergie, de réduction de la demande de pointe ou de baisse des importations de carburant ?
Il y a eu une campagne entre octobre 2025 et mars 2026 qui a permis de réduire la demande de plus de 15 MW durant les heures de pointe. Plus particulièrement, les soirs de semaine entre 18 heures et 21 heures, pendant les périodes de forte chaleur et d’humidité, la consommation devait atteindre 600 MW. Finalement, le pic enregistré a été inférieur d’environ 40 MW aux prévisions.
Durant cette phase de la campagne, les économies d’électricité réalisées ont dépassé la totalité de la production issue des énergies renouvelables. Pendant trois mois, la consommation électrique a même enregistré une baisse en valeur absolue.
La campagne se poursuit, mais avec l’arrivée de l’hiver, les priorités évoluent. Une nouvelle campagne ciblant les heures de pointe sera relancée avant novembre 2026.
Pour l’instant, la demande hivernale aux heures de pointe atteint environ 450 MW seulement. L’enjeu ne se limite donc plus uniquement à la tranche horaire de 18 heures à 21 heures, mais concerne une meilleure maîtrise globale de la consommation électrique. Une réduction d’au moins 5 % par rapport au scénario habituel (« Business as Usual ») serait possible dans la plupart des secteurs.
Le CEB constate déjà une baisse de la consommation d’huile lourde utilisée pour la production d’électricité. Cette tendance doit être consolidée, d’autant que ce combustible importé coûte aujourd’hui presque deux fois plus cher.
Quels résultats mesurables avez-vous enregistrés à la suite de la campagne de l’été dernier ?
La réduction de la demande a permis d’économiser environ 65 GWh d’électricité, soit une baisse de plus de 50 000 tonnes d’émissions de CO2. Cela représente également une économie de plus de Rs 120 millions sur les coûts de production d’électricité – plus si l’on tient compte de la hausse du coût des produits pétroliers importés.
Mais l’essentiel est qu’il n’y a pas eu de délestage dans le pays grâce aux efforts conjoints du ministère de l’Energie, du CEB, de l’EEMO et de la MARENA, ainsi qu’à la participation du public et du secteur privé.
L’objectif est désormais d’aller plus loin, notamment en misant sur des technologies plus innovantes, comme l’intelligence artificielle.
Plus d’une dizaine d’avis ont été émis. Quels sont les principaux contrevenants ? Le secteur privé respecte-t-il bien les mesures ?
C’est le minimum car, depuis, beaucoup ont réagi afin d’éviter de se retrouver en infraction. La surveillance se poursuit toujours, mais de manière plus discrète, sans la présence des médias ni des caméras. Des citoyens signalent également des abus via le numéro 8912, y compris dans certains bâtiments publics.
Les centres commerciaux figurent parmi les premiers établissements à avoir reçu des avis (« notices »), mais des organismes parapublics et étatiques sont aussi concernés. Dans l’ensemble, le secteur privé fait preuve de responsabilité. Certaines écoles et collèges, en revanche, semblent encore ne pas bien comprendre les enjeux, et nous recherchons actuellement la collaboration du ministère concerné.
Il faut préciser que l’objectif n’est pas de punir. Après réception d’un avis, les établissements disposent d’un délai pour se conformer aux règles. Ce n’est qu’en cas d’inaction que l’affaire est transmise à la police en vue de poursuites devant la justice.
Comptez-vous accélérer le déploiement du tarif Time-of-Use pour les ménages ordinaires ? À quelle échéance ?
Pour moi, il s’agit de la mesure la plus importante à mettre en place avant l’été prochain, en particulier pour les gros consommateurs d’électricité. C’est à ce niveau que nous pourrons réduire la demande aux heures de pointe – entre 18 heures et 21 heures – d’au moins 50 MW.
Mais pour cela, le CEB devra proposer des programmes ToU attractifs et avantageux pour toutes les parties. Combiné aux différents dispositifs en faveur des énergies renouvelables, le potentiel d’optimisation de la consommation est énorme.
Les petits consommateurs seront concernés dans une deuxième phase, car la majorité d’entre eux ne disposent pas encore de compteurs intelligents (« smart meters »). Il faut d’abord agir là où l’impact peut être le plus important : auprès des gros consommateurs.
Le ministre Assirvaden a annoncé un pipeline de 405 MW de projets renouvelables sur trois ans, avec l’objectif de 60 % reporté à 2035. Où en est concrètement le CEB dans ce calendrier ?
Le CEB fait de son mieux, mais il faut aussi que les promoteurs ayant obtenu des contrats respectent leurs engagements et n’accusent plus de retard dans la mise en œuvre des projets. Je pense notamment aux projets solaires avec systèmes de batteries, attendus pour fin 2026, alors que certains accusent déjà plus de six ans de retard. Les promoteurs incapables de livrer leurs projets dans les délais devraient être écartés à l’avenir, car c’est finalement le pays qui en fait les frais.
Là où le CEB devrait désormais accélérer, c’est sur les projets déjà annoncés, comme la ferme éolienne ou encore le « floating PV » (solaire flottant). Il y a également une forte attente autour des projets décentralisés sur les toitures.
À terme, Maurice devra aussi investir davantage dans le stockage par batteries, que ce soit à travers le CEB ou via des investissements à plus petite échelle réalisés par les entreprises et les particuliers.
Il est clair qu’un nouvel élan existe depuis quelque temps dans le secteur énergétique, et il faut maintenant capitaliser sur cette dynamique pour aller encore plus loin. Des instances comme MARENA doivent pleinement jouer leur rôle, notamment en mettant en place un cadre facilitant la transition énergétique.
Il faut aussi réfléchir à la formation des techniciens, à l’accès au financement vert et au rôle que peuvent jouer les banques. D’autres ministères doivent également s’impliquer davantage, notamment celui du Transport. Cette transition nécessite une mobilisation collective.
Y a-t-il un risque réel de délestage cet hiver malgré la baisse de la demande ?
Non. Cependant, comme mentionné plus tôt, il faut comprendre que le coût de l’électricité est aujourd’hui beaucoup plus élevé et qu’il devrait continuer à augmenter à l’avenir.
Il est donc essentiel de lutter contre cette hausse des coûts, qui affecte l’ensemble des secteurs économiques, en accélérant la transition vers les énergies renouvelables et en misant sur une gestion de la demande plus intelligente, plus sobre et plus efficiente.
La situation énergétique de Maurice est suivie de près. Au 26 mai 2026, les réserves nationales de Heavy Fuel Oil (HFO) destinées à la production électrique s’établissaient à 31 914 tonnes métriques pour le grade 180, représentant environ 64 jours d’autonomie, et à 26 137 tonnes métriques pour le grade 380, soit près de 52 jours d’opération. Ces stocks alimentent les turbines et moteurs thermiques du Central Electricity Board (CEB), l’opérateur public chargé de la production et de la distribution d’électricité sur l’île.
Une nouvelle cargaison est attendue entre le 23 et le 25 juin prochain. Elle comprendra environ 14 000 tonnes de HFO 180 et 16 000 tonnes de HFO 380, pour un volume total de 30 000 tonnes métriques. Il s’agira de la quatrième livraison commandée depuis le début des tensions au Moyen-Orient.
Dès le début du conflit, les autorités mauriciennes avaient anticipé les perturbations sur les marchés internationaux. En mars et avril 2026, plusieurs cargaisons exceptionnelles avaient été commandées afin de prévenir toute rupture d’approvisionnement. Une première livraison de plus de 33 000 tonnes métriques était arrivée début avril, suivie d’un second chargement d’environ 32 000 tonnes quelques semaines plus tard. Les autorités avaient alors invoqué les difficultés logistiques liées aux perturbations sur certaines routes maritimes et à la volatilité des prix du pétrole sur le marché international.
Le fioul lourd demeure indispensable au fonctionnement du réseau électrique national, notamment lors des périodes de forte demande ou lorsque la production issue des énergies renouvelables ne suffit pas à couvrir les besoins du pays.