Dr Imtehaze Ahsun du MES : «Le taux d’échec au niveau du primaire est resté autour de 25 à 30 % au cours des trente dernières années, malgré les réformes»

Par Annick Daniella Rivet
Publié le: 7 février 2026 à 06:44
Image
Imtehaze

À l’heure de sa retraite, l’Officer-in-Charge du Mauritius Examinations Syndicate (MES), Dr Imtehaze Ahsun, analyse l’évolution du système d’évaluation. Après plus de trois décennies, il note que, malgré les réformes, le taux d’échec au primaire reste élevé. Le Dr Imtehaze Ahsun plaide pour une pédagogie différenciée et une meilleure adaptation du système aux réalités des élèves.

Après 33 ans de service, quel regard portez-vous sur votre parcours au sein du MES ?
Le MES est un organisme qui a une très grande responsabilité qui consiste en la bonne organisation des examens. Nous savons qu’à l’île Maurice les examens font partie de notre culture, de notre façon de vivre. Il est important d’apporter la confiance dans l’organisation des examens à Maurice. Il est vrai que ce n’est pas facile avec l’organisation des examens comme le Primary School Achievement Certificate (PSAC), National Certificate of Education (NCE), School Certificate (SC) et le Higher School Certificate (HSC), mais je pense que le MES a atteint ses objectifs. Pour ce faire, nous avons renforcé beaucoup de procédures, afin que le public puisse faire confiance à l’organisme. Nous avons reçu des critiques de temps en temps, mais nous avons appris à relever les défis.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du système d’examens à Maurice, durant votre carrière ?
Il y a eu une évolution positive du système d’examens à Maurice. Nous avons mis en œuvre les nouvelles procédures imposées par les institutions internationales pour la conduite des examens. Avec l’avènement de la technologie et des réseaux sociaux, nous avons renforcé les mesures de sécurité dans tous les processus, de la préparation des questionnaires d’examens à l’organisation des examens, au traitement des résultats et aux admissions. De nouveaux défis s’annoncent, notamment avec l’avènement de l’intelligence artificielle.

Vous avez côtoyé plusieurs directeurs, quelle a été, selon vous, la plus importante réforme menée par le MES au cours des dernières décennies ?
J’ai eu le privilège de travailler avec tous les directeurs du MES à ce jour. Chaque réforme mise en avant a apporté ses avantages et ses inconvénients. Nous devons constater que le taux d’échec au niveau du primaire est resté autour de 25 à 30 % au cours des trente dernières années malgré les réformes introduites. Nous notons que de nombreux élèves ne maîtrisent pas les compétences de base en littératie et en numératie après six ans au niveau primaire. Je pense que nous confondons entre l’égalité des chances et le « one size fits all ». Sans stigmatiser ces élèves, nous devrions peut-être envisager un programme différencié et une pédagogie adaptée pour eux.

Quels défis avez-vous rencontrés dans la gestion des examens nationaux, surtout pendant la période de la covid-19 ?
L’organisation des examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC), du National Certificate of Education (NCE), du School Certificate (SC) et du Higher School Certificate (HSC) durant la covid-19 en 2021 a été un défi majeur pour le MES. Il fallait assurer la sécurité sanitaire des candidats, des surveillants et du personnel du MES tout en maintenant les procédures strictes dans la conduite des examens. C’était un défi pour le MES d’organiser les examens durant la quarantaine, dans les zones décrétées rouges à l’époque. Il fallait assurer la coordination avec la police, le service de transport, le personnel et assurer l’acheminement des questionnaires dans les centres et maintenir l’intégrité des examens. Je me souviens d’une rencontre au ministère de l’Éducation un dimanche après-midi pour organiser les examens le lendemain dans les zones rouges. Il nous fallait travailler avec les autorités, la police, le transport, les collèges, entre autres. Nous avons pu relever le défi. Tout s’est bien passé et nous avons eu les félicitations de Cambridge, du ministère et du gouvernement. Je me souviens aussi qu’un haut fonctionnaire du ministère de l’Éducation nous a dit que si nous avions pu organiser les examens en période de covid-19, nous pourrions organiser les examens dans n’importe quelle situation.

Le MES est parfois critiqué pour son manque de transparence, surtout pour les examens du PSAC. Que fait le MES pour renforcer la confiance du public ?
Nous travaillons dans un cadre légal bien précis. Nous avons le devoir de suivre toutes les procédures et de protéger les données des candidats. Nous sommes tenus par la loi sur la protection des données et ne fournissons que les informations requises. Comme tout système d’examens, les candidats peuvent faire appel s’ils ne sont pas satisfaits de leurs résultats.

Comment le MES a-t-il su maintenir la crédibilité et l’intégrité des examens face aux pressions sociales et technologiques ?
Nous avons mis en place des procédures rigoureuses dans tous les processus conformément aux meilleures pratiques internationales. Nos procédures sont constamment révisées pour répondre aux nouveaux besoins.

Quels messages souhaitez-vous passer aux responsables du MES, pour assurer la continuité et l’amélioration du système ?
Le message est de continuer le bon travail que nous avons commencé. Nous devons aussi nous assurer que le public puisse nous faire confiance dans l’organisation des examens, dans la remise des résultats, ainsi que dans les exercices d’admissions. Nous devons donc faire en sorte que nous puissions continuer le bon travail et voir comment utiliser l’intelligence artificielle dans l’organisation des examens à Maurice. 

Nous devons investir dans de nouvelles technologies et renforcer le développement professionnel du personnel du MES et des personnes impliquées dans l’organisation des examens. De nombreux pays utilisent déjà la correction électronique des copies d’examens, ce qui améliore la précision dans la correction des épreuves, assure le contrôle qualité. Elle facilite grandement l’analyse des performances et la production des rapports détaillés sur les performances des écoles et des candidats aux examens.

Comment voyez-vous l’avenir de l’organisation des examens avec les nouvelles méthodes ?
De nombreux organismes poursuivent des recherches et développent des évaluations à l’écran (on-screen assessment). Son introduction était initialement prévue à partir de 2025, mais elle a été reportée à 2030. Des examens blancs sont organisés pour tester les nouveaux produits développés par les organismes internationaux de certification. Ce qui ouvrira de nouvelles perspectives en matière d’évaluation. Et nous devrons nous préparer à être prêts en termes de technologie et d’équipement lors de son introduction.

Y a-t-il un moment marquant qui résume votre parcours ?
J’ai commencé ma carrière comme Examinations Officer et en tant que tel j’ai pu acquérir les connaissances de base de l’évaluation et l’expérience dans l’organisation des examens nationaux. J’ai participé pendant environ vingt ans dans les réunions de ‘l’Annual Review’ avec Cambridge pour discuter stratégies, procédures opérationnelles, référentiels, entre autres. J’ai pu gravir les échelons pour devenir directeur adjoint avant de diriger l’organisme durant dix mois.

Enfin, si vous aviez eu plus de temps, quelle réforme urgente auriez-vous menée avant votre départ ?
Introduire la correction électronique pour les évaluations du PSAC et du NCE.

Vous partez à la retraite quelques jours avant les résultats du HSC 2025, est-ce que vous ne croyez pas que votre expertise manquera à l’organisation ?
Le MES est une organisation structurée. Aucune organisation ne peut dépendre d’une seule personne.

Profil du Dr Imtehaze Ahsun

Âgé de 65 ans, il a fait ses études en France, où il a obtenu une licence, une maîtrise en électronique ainsi qu’un doctorat à l’université de Bordeaux I. Sa carrière a commencé en 1993 au Mauritius Examinations Syndicate (MES) en tant qu’Examinations Officer. Il a ensuite été promu au poste de Senior Examinations Officer, puis Principal Examinations Officer, avant d’accéder à la fonction de Deputy Director en 2019. Il a également assuré les responsabilités d’Officer-in-Charge d’avril à juillet 2024, et de novembre 2024 à août 2025. Tout au long de son parcours, il a participé activement au développement et à la gestion de l’ensemble des examens organisés par le MES. Il a notamment contribué à la mise en place et à l’évolution des examens du National Certificate, initialement sous l’égide de l’Industrial and Vocational Training Board (IVTB), devenu aujourd’hui le Mauritius Institute of Training and Development (MITD). Il a participé aux discussions avec Cambridge pendant les vingt dernières années.

Quelle est votre réaction ?
Publicité
À LA UNE
defiplus