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Dr Fazil Khodabocus : «C’est la leptospirose hémorragique que nous avons à Maurice et elle est assez virulente»

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 4 May 2026 à 11:00
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Le Dr Fazil Khodabocus appelle la population à consulter dès les premiers symptômes de la leptospirose.

Vingt cas de leptospirose ont été recensés depuis le début de l’année à Maurice, dont cinq mortels. Le Dr Fazil Khodabocus, directeur par intérim des services de santé, tire la sonnette d’alarme et plaide pour une consultation médicale rapide dès les premiers symptômes.

Même si la situation concernant la leptospirose n’est pas pire que ce que le pays a connu les années précédentes, le Dr Fazil Khodabocus, directeur par intérim des services de santé, refuse de s’en satisfaire. « Chaque nouveau cas et chaque décès est un de trop. » Il appelle à la plus grande vigilance afin que la situation n’empire pas.

La virulence de la maladie dans le contexte mauricien préoccupe particulièrement le médecin. « C’est la leptospirose hémorragique que nous avons à Maurice et elle est assez virulente. » Le Dr Khodabocus déplore qu’au moins deux patients se soient présentés dans un centre de santé en ayant déjà développé la jaunisse, l’une des complications de la maladie.

Le dernier décès illustre tragiquement ce retard à consulter. Il s’agit d’un jardinier d’une soixantaine d’années qui s’est présenté à l’hôpital vers le 25 avril. Il présentait alors déjà la jaunisse à un stade avancé et était déshydraté. Mis en observation aux soins intensifs du SAJ Hospital, le patient est mort le vendredi 1er mai, malgré les soins prodigués.

Face à ces cas graves, le directeur par intérim des services de santé plaide pour une consultation rapide dès les premiers signes. « Bann premie sinptom leptospiroz se lafiev ek douler miskiler. Kan enn patian al dan enn servis lasante li bizin dir ki profession li fer ek si linn ankotak avek lera pandan trwa dernye semenn », explique-t-il. C’est à la lumière de ces informations que le médecin traitant pourra décider de procéder à un test de dépistage. Le Dr Khodabocus reconnaît toutefois que les patients omettent parfois de fournir des informations complètes sur les circonstances probables de leur contamination.

La comparaison avec l’île de La Réunion est, à cet égard, éclairante. Alors que l’île sœur connaît cette année une « recrudescence exceptionnelle » avec 168 cas enregistrés, elle n’a déploré qu’un seul décès à ce jour. Le Dr Khodabocus attribue cette différence, en partie, à une plus grande transparence des patients réunionnais vis-à-vis des soignants. « À La Réunion ils sont peut-être un peu plus libéraux et parlent plus ouvertement des maladies qu’ils peuvent avoir », avance-t-il. Il note également que la nature des contaminations diffère.

Éboueurs, agriculteurs, jardiniers

À Maurice, la maladie touche davantage des personnes en raison de leur métier - éboueurs, agriculteurs, jardiniers ou travailleurs sur des chantiers de construction -, tandis qu’à La Réunion, les cas sont souvent liés aux loisirs en eau douce, comme la baignade, la pêche ou le canyoning. « Ils sont sans doute plus au courant de la maladie et vont dans les centres de santé pour avoir des antibiotiques. C’est probablement la différence. »

Avec la couverture régulière du sujet par les médias, le Dr Khodabocus estime que la population est désormais mieux informée. Il rappelle qu’il ne faut pas tarder à consulter un médecin dès l’apparition des premiers symptômes, et à l’informer de tout contact éventuel avec des rats dans les jours précédents.

Une lueur d’espoir se profile néanmoins. La leptospirose est une maladie « saisonnière », qui se manifeste surtout lors des périodes pluvieuses. « La bactérie du leptospire est plus présente lors des périodes humides et se développe moins en hiver », précise le Dr Khodabocus. Avec l’entrée du pays dans la saison hivernale, il anticipe une diminution progressive des cas. « Comme à La Réunion, nous avons atteint le pic de la maladie », souligne-t-il.

En attendant, des mesures de protection individuelles restent indispensables. Le Dr Khodabocus recommande à ceux qui travaillent la terre ou qui ramassent les ordures de porter des gants et des bottes. « Mem bann madam ki rest lakaz fodre pa mars pieni mem dan lakaz. » Les personnes diabétiques sont particulièrement concernées : en cas de blessure au pied, elles peuvent ne pas ressentir une plaie ouverte par laquelle la bactérie pourrait pénétrer dans l’organisme. « Bann diabetik ki ena blesir dan lipie bizin fer soign li rapidman ek pa banaliz li. » Il recommande de laver les cannettes de boisson avant leur ouverture, par mesure de précaution.

À ce jour, sur les vingt cas enregistrés depuis le début de l’année, deux sont encore actifs. Les deux patients sont hospitalisés et leur état de santé est stable.

Dix-huit décès sur les 80 cas enregistrés en 2024

Selon les chiffres des dernières années, c’est en 2024 que le pays a recensé le plus grand nombre de cas de leptospirose, avec 80 cas rapportés. Le cyclone Belal avait alors provoqué des inondations et une accumulation d’eau, entraînant une multiplication des cas. Dix-huit décès sont à déplorer cette année-là, dont douze directement liés à la leptospirose. En 2025, neuf décès ont été enregistrés sur les 41 cas recensés.

Vers un suivi plus méthodique de la maladie

Un suivi plus rigoureux de la leptospirose est envisagé afin de mieux cerner et contrer le problème. Le Dr Khodabocus annonce que des analyses supplémentaires seront effectuées dans les jours à venir pour identifier le type de leptospire qui circule à Maurice et pour déterminer si les rats en sont les seuls vecteurs ou si d’autres facteurs entrent en jeu. 

Une rencontre est prévue avec la section concernée de la Commission de l’océan Indien (COI), qui envisage d’apporter son aide à Maurice sur ce dossier. Le ministère de la Santé entend travailler de concert avec le ministère de l’Agro-industrie pour renforcer la collaboration entre les deux secteurs.

Sur le plan de la lutte contre les rongeurs, une demande a été formulée pour intensifier les exercices de « rodent control ». La COI a également été approchée pour assurer des séances de formation du personnel engagé dans ce type d’opérations. Les collectivités locales et le secteur privé apportent aussi leur contribution. 

Pour limiter la présence des rats, il conseille à la population de ne pas jeter les restes de nourriture n’importe où. 
La leptospirose est généralement transmise lorsqu’une personne entre en contact avec l’urine des rats.

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Leptospirose
2024 restera l’année noire avec 80 cas recensés et dix-huit décès, un pic attribué en partie au passage du cyclone Belal.
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