Dr Dinesh Somanah : «L’avenir de l’enseignement supérieur passe par la recherche»
Par
Annick Daniella Rivet
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Annick Daniella Rivet
À l’heure de son départ à la retraite, après dix ans à la direction de l’Université des Mascareignes (UDM), le Dr Dinesh Somanah a tiré sa révérence le 30 avril dernier. Il revient sur son parcours, ses réalisations, ses regrets et ses rêves pour l’avenir.
Vous avez quitté la direction de l’Université des Mascareignes (UDM) après 10 ans. Comment décririez-vous ce parcours ?
Quand je suis arrivé à l’UDM, il n’y avait pas de départements structurés : ni finances, ni ressources humaines, ni systèmes d’information. J’ai dû agir comme responsable de tous ces services. Sur le plan académique, seuls trois chargés de cours détenaient un doctorat. Aujourd’hui, l’UDM dispose de départements complets. Sur 60 chargés de cours, environ 25 possèdent un PhD et une dizaine sont en cours de finalisation.
Il est important de noter qu’une quarantaine de chargés de cours ont été promus au grade de « Senior Lecturer ». Par ailleurs, certains membres du personnel non-académique, qui bénéficiaient d’une acting allowance, ont fort heureusement été confirmés à leurs postes respectifs.
La recherche appliquée s’est aussi imposée dans des domaines clés : changement climatique, énergies renouvelables, géotechnique, intelligence artificielle (IA), robotique et nouvelles pédagogies en ligne. Nous avons créé deux laboratoires uniques à Maurice : un de robotique pour le Master en IA, et un de réfrigération pour étudier des gaz comme le CO2, une alternative aux gaz réfrigérants traditionnels qui affectent la couche d’ozone.
Quelle est votre plus grande satisfaction ?
L’introduction d’un module obligatoire sur la responsabilité sociale et environnementale. Les étudiants interviennent dans des zones de pauvreté et proposent des solutions ; cela change leur attitude et leur mentalité. Nous leur enseignons des valeurs, ce qui manque beaucoup aujourd’hui. J’ai confié ce module à Harvey Migale, un chargé de cours très impliqué.
Nous avons également lancé un module sur l’entrepreneuriat, financé en partie par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF). Les étudiants y apprennent à créer un business plan et à gérer la logistique ou le marketing. Certains ont même fondé leur entreprise avant la fin de leurs études.
Selon vous, l’UDM est-elle assez connue aujourd’hui ?
En 2016, même moi je ne connaissais pas l’UDM. Aujourd’hui, elle est reconnue, compte environ un millier d’étudiants et affiche un taux d’employabilité élevé. Cependant, la démographie mauricienne étant en baisse, l’avenir dépend des étudiants internationaux. L’UDM en attire déjà 20 à 25 %, surtout grâce à ses diplômes francophones en partenariat avec l’Université de Limoges. Nous ciblons l’Afrique francophone (Madagascar, Cameroun, Congo, Rwanda), mais il faut un marketing plus agressif, ciblé et stratégique.
Quel message souhaitez-vous adresser au ministre de l’Éducation supérieure ?
Il faut continuer à soutenir l’UDM, un modèle unique à Maurice avec ses diplômes français. Il est essentiel de renforcer la collaboration avec d’autres universités françaises et de préserver une institution francophone dans le paysage local. À mon humble avis, il serait aussi intéressant de collaborer avec des universités d’autres pays. Avec un marketing efficace vers le continent, l’UDM peut atteindre un niveau international. J’ai posé les fondations avec l’équipe de l’UDM, et j’espère que l’université poursuivra dans cette direction.
Pourquoi insistez-vous autant sur la recherche ?
Je suis astrophysicien et radioastronome. Pendant 30 ans, j’ai fait de la recherche internationale, mais de manière isolée. À l’UDM, j’ai mis l’accent sur l’Impactful Research, utile pour Maurice. Je rêve d’une plateforme nationale regroupant les chercheurs locaux et la diaspora. Cela permettrait une véritable synergie. J’adore rêver : même si on n’atteint pas le but, on aura au moins fait l’effort. Je reste convaincu que l’avenir de l’enseignement supérieur passe par la recherche et l’ouverture internationale.
Pourquoi avoir décidé de partir ?
Ce n’est pas par manque de réalisations. Les raisons sont multiples : difficultés à attirer les meilleurs enseignants-chercheurs, fuite des cerveaux (brain drain), manque de masse critique pour la recherche... Je crois que l’UDM est un modèle unique. Les fondations sont là. Maintenant, je prends un break pour ma santé, mes enfants et mes projets d’écriture sur la physique et la philosophie. Pendant dix ans, je n’ai pas eu le temps de réfléchir dans cette direction. Je veux « réarranger mes neurones » pour être plus créatif dans d’autres domaines.
De retour à l’île Maurice en 1986, le Dr Dinesh Somanah débute au collège Saint-Joseph comme enseignant de physique et de mathématiques sous la direction de Daniel Koenig. En 1988, il rejoint l’Université de Maurice où il enseignera jusqu’en 2016. De 2016 à 2026, il a occupé le poste de Directeur général de l’UDM.