Dr Didier Samfat : «Disposer d’une connectivité satellitaire, indépendante des câbles sous-marins, renforcerait la résilience numérique du pays»
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Starlink est souvent présenté comme une révolution dans l’accès à Internet. Pouvez-vous expliquer simplement ce qu’est ce service, comment fonctionne-t-il et en quoi il se distingue des offres Internet actuellement disponibl s à Maurice ?
On peut comparer Starlink à la télévision par satellite, à la différence que la communication se fait dans les deux sens : les données sont envoyées et reçues par satellite, contrairement à la télévision qui ne fait que recevoir le signal. Au lieu que l’Internet arrive par un câble en fibre optique ou par une antenne 4G/5G, il est transmis directement par des satellites en orbite basse vers une petite parabole installée chez l’utilisateur. Cette technologie existe depuis longtemps à travers les réseaux VSAT, utilisés principalement par les entreprises, les banques, les navires ou les sites isolés. La différence est que Starlink a démocratisé cet accès en le rendant simple à installer et financièrement accessible au grand public. À mon avis, Starlink n’est pas un concurrent direct des opérateurs mauriciens. La fibre reste plus performante dans les zones urbaines. Starlink apporte surtout une couverture complémentaire dans les régions isolées (montagnes, en mer, déserts, etc.), où déployer des infrastructures terrestres serait trop coûteux ou peu rentable. À l’échelle mondiale, c’est un marché de niche très lucratif pour Starlink.
Quels seraient les principaux avantages de Starlink pour les entreprises mauriciennes et comment ses coûts se compareraient-ils aux offres actuellement proposées par les opéra eurs locaux ?
Je vois surtout Starlink comme une opportunité pour les opérateurs mauriciens de compléter leurs offres plutôt que de les remplacer. Son principal avantage est d’apporter une connexion haut débit dans les zones rurales, montagneuses, maritimes ou isolées, où déployer la fibre ou la 4G/5G est difficile et peu rentable. Pour les entreprises, Starlink est particulièrement intéressant pour les hôtels isolés, les exploitations agricoles, les chantiers, les navires ou comme solution de secours en cas de panne du réseau principal. En ville, la fibre optique des opérateurs locaux restera généralement plus performante et souvent plus économique.
Starlink est déjà disponible à La Réunion, à Madagascar et dans une vingtaine d’autres pays africains. Comment expliquez-vous que Maurice ne bénéficie toujours pas de ce service et quelles pourraient être les conséquences de ce retard sur la compétitivité numér que du pays ?
Je pense que c’est avant tout une décision politique et réglementaire. D’un point de vue technique, Maurice dispose déjà d’une bonne connectivité nationale et internationale grâce à plusieurs câbles sous-marins redondants. Toutefois, Starlink offrirait un moyen de communication supplémentaire, complètement indépendant de la fibre optique, ce qui renforcerait les plans de continuité d’activité des entreprises en cas de panne majeure. En effet, au-delà de l’accès à Internet, Starlink pourrait renforcer l’attractivité de Maurice auprès des investisseurs étrangers. Aujourd’hui, les entreprises recherchent des pays capables de garantir la continuité de leurs activités, même en cas d’incident majeur et de panne télécom nationale. Disposer d’une connectivité satellitaire, entièrement indépendante des câbles sous-marins, renforcerait la résilience numérique du pays. En cybersécurité, la résilience repose justement sur la diversification des infrastructures afin d’éviter qu’un incident unique perturbe l’ensemble des communications. Enfin, l’arrivée d’un nouvel acteur pourrait stimuler la concurrence, favoriser l’innovation et contribuer à maintenir des prix Internet compétitifs au bénéfice des consommateurs.
Quelles sont les principales conditions réglementaires, techniques ou commerciales à réunir pour accélérer l’introduction de Starlink sur le territoire mauricien, et quelles recommandations formulez-vous aux autorités pour permettre aux entreprises et aux consommateurs de bénéficier de cette technologie ?
C’est avant tout une décision de politique nationale. Si Maurice choisit d’autoriser Starlink, le rôle de l’ICT Authority sera de définir un cadre réglementaire clair, notamment en matière de permis, de conformité technique, de protection des consommateurs et d’agrément des revendeurs. L’objectif doit être de trouver un équilibre. Les consommateurs doivent pouvoir bénéficier de cette nouvelle technologie à un prix compétitif, tout en garantissant une concurrence équitable avec les opérateurs mauriciens, qui investissent depuis des années dans les réseaux de fibre optique et les infrastructures 4G et 5G. Un marché ouvert, mais avec des règles identiques pour tous, profitera à l’ensemble de l’écosystème numérique mauricien.