Interview

Dr Bhooshun Ramtohul : «Un manque de prévoyance fait que nous avons moins de gynécologues»

Dr Bhooshun Ramtohul

Les cas de mortalité infantile et maternelle ne laissent pas insensible. Il y a, selon le Dr Bhooshun Ramtohul, vice-président de la l’Association des consultants en charge et ancien membre du Médical Council, des lacunes à combler pour éviter les erreurs médicales.

Plusieurs allégations de négligence médicale ont été rapportées dans le domaine de la gynécologie ces derniers temps. Qu’est-ce qui explique cette situation ?
D’abord, il est malheureux d’avoir des cas de mortalité maternelle et infantile. Mais en médecine, il y a tellement de choses, d’événements imprévisibles. Il y a des choses que la médecine ou le personnel médical peuvent faire, mais aussi des situations où on ne peut rien faire. Quand il y a des allégations qui sont faites à l’encontre du personnel, une enquête est initiée pour faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé.

Devons-nous comprendre qu’à la suite de chaque décès qui semble « suspect » ou à la suite d’une plainte des proches d’une victime, il y a enquête ?
Il y avait auparavant un comité présidé par le Regional Health Director (RHD) avec tous les dossiers et les décès « suspects » étaient examinés. Le consultant en charge de chaque département et les médecins concernés devaient expliquer aux administrateurs si le décès était inévitable ou pas. Ils devaient attirer l’attention du RHD sur les lacunes éventuelles. Le RHD devait les présenter au ministère de la Santé. Avec cette pratique, il y avait une redevabilité envers l’établissement hospitalier, mais aussi envers le ministère de la Santé.

À la lumière des conclusions des enquêtes antérieures, pensez-vous qu’il faut revoir le système ?
Le Pay Research Bureau (PRB) avait recommandé la création du poste de Clinical Director il y a plusieurs années. Ce poste devait être occupé par un spécialiste très expérimenté en médecine clinique. L’Association des consultants en charge avait cependant émis des réserves par rapport à cela. Bien que l’initiative était bonne, nous ne voulions pas que le Clinical Director soit un nominé, mais qu’il soit désigné à la suite d’un exercice de promotion selon son expérience et ses mérites. Nous estimons que si ce poste avait été rempli, cela aurait pu éviter bien des problèmes dans les hôpitaux.

La création du poste doit être reconsidérée afin que chaque cas difficile ou décès suspect soit examiné pour comprendre ce qui a pu se passer. C’est une lacune de la part du ministère de la Santé. (Ndlr : le poste de Clinical Director avait été recommandé par le PRB dans les Estimates de 1999/2000. Le ministère de la Santé a choisi de l’abolir dans les Estimates de 2005/2006 sous prétexte d’un manque de spécialistes de haut niveau pour occuper le poste). Les administrateurs au 5e étage du bâtiment Emmanuel Anquetil semblent chômer. C’est à eux de faire bouger les choses en consultation avec les syndicats concernés pour l’application des recommandations du PRB.

Comment est-ce que le Medical Council (MC) procède-t-il pour mener une enquête sur des allégations de négligence médicale ?
Une enquête est initiée normalement à la suite d’une plainte. Elle peut venir du public à l’Ordre des médecins ou au ministère de la Santé. Au niveau du MC, le personnel médical concerné est appelé à donner sa version des faits. Un rapport est soumis au Board qui va alors prendre sa décision à la lumière du rapport. Mais il y a aussi le Medical Tribunal qui peut recevoir les cas les plus compliqués si le MC ne peut prendre une décision.

Est-ce que ces enquêtes aboutissent toujours ?
Oui. Je ne pense pas qu’il y ait ‘cover-up’, mais dans certains cas, les recommandations dorment dans un tiroir quelque part. Il n’y a pas de de ‘time frame’ actuellement.

Être médecin est une vocation, mais pas pour tout le monde.

Le Disciplinary Bodies (Health Sector) (Miscellaneous Provisions) Bill, présenté au Parlement le vendredi 28 juin, afin d’harmoniser les procédures disciplinaires des différents ‘councils’ vient donc à point nommé ?
Oui, c’est une excellente initiative car les cas de mauvaise conduite ou des allégations de négligence médicale pourront être entendu dans un délai de pas plus de 90 jours.

Que ce soit dans les services public et privé, on note que les spécialistes ne sont pas présents physiquement la nuit. Est-ce que cela doit être revu, selon vous ?
En ce qu’il s’agit du service public, il y a un problème géographique qu’il faut régler là où c’est possible pour éviter les difficultés. Un spécialiste posté à l’hôpital SSRN peut habiter les Plaines Wilhems par exemple. S’il doit rappliquer d’urgence à l’hôpital, cela lui prendra au moins 45 minutes. Ce laps de temps peut s’avérer fatal dans certains cas.

Le syndicat a demandé à maintes reprises au ministère de la Santé d’effectuer des transferts en prenant en considération le lieu de résidence du spécialiste et son lieu de travail. Un des prédécesseurs du ministre Anwar Husnoo voulait apporter des changements mais cette mesure n’a pas été suivie par la suite. La décision appartient au ministre, en consultation avec toutes les parties prenantes et les syndicats.

La Government Medical and Dental Officers Association a proposé la création du poste de Registrar dans les hôpitaux qui serait alors l’intermédiaire entre le médecin généraliste et le spécialiste pour être présent physiquement la nuit, qu’en pensez-vous ?
Je suis en accord avec cette proposition. Il y a un très grand nombre de médecins-généralistes, créer de nouveaux postes peut aider en cas de situations difficiles pendant la nuit jusqu’à l’arrivée du spécialiste.

Pensez-vous que le personnel médical est assez formé ou y a-t-il des lacunes  ?
Un aspirant-médecin qui est recruté après avoir suivi toutes les procédures établies doit être performant peu importe l’université au sein de laquelle il a étudié. Il y a un système en place pour vérifier les aptitudes et connaissances des médecins et spécialistes.

Le Continuing Professional Development qui assure la formation continue des médecins se résume à une causerie. Pensez-vous que ce soit suffisant pour attester de l’acquisition de nouvelles connaissances et aptitudes ou faut-il également des formations pratiques ?
Des sessions pratiques auraient été mieux en effet. C’est au ministère de la Santé d’encourager les médecins ou les spécialistes à parfaire leurs connaissances et aptitudes. La personne responsable de la formation au ministère doit avoir une vision des domaines d’expertise nécessaires à Maurice pour proposer des programmes de formation qui va de paire avec l’évolution de la médecine et les techniques d’intervention.

Il y a un manque de spécialistes notamment dans le domaine de la gynécologie. Est-ce que les mesures appropriées ont été prises pour assurer la relève ?
Tel n’est pas le cas. Le département des Ressources humaines ne fait pas preuve de prévoyance d’où le manque aigu de gynécologues actuellement. Ce département doit avoir un plan pour s’assurer qu’il y ait toujours un nombre suffisant de médecins et de spécialistes dans chaque domaine et proposer des bourses à ceux qui veulent parfaire leurs connaissances et se spécialiser.

L’internat dans les hôpitaux se fait-il comme il faut afin de s’assurer que les jeunes médecins ont toutes les aptitudes et connaissances nécessaires pour exercer ?
Ils disposent d’un bon encadrement. 75 % des aspirants-médecins suivent bien leur formation, mais les autres ont du mal à s’intégrer et assimiler la formation malgré l’encadrement proposé.

Le métier de médecin se pratique-t-il toujours par vocation où c’est juste un moyen pour se faire de l’argent ?
C’est toujours une vocation, mais pas pour tout le monde malheureusement.

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