Dr Babita Thannoo : un engagement sans compromis
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Députée de la circonscription Quartier-Militaire/Moka (n°8), enseignante, militante et intellectuelle engagée, Babita Thannoo inscrit son action politique dans une lutte globale contre le néolibéralisme, le patriarcat et la destruction écologique. De la rue au Parlement, des mouvements sociaux aux combats institutionnels, elle porte une vision profondément humaine de la politique, nourrie par l’éducation, la solidarité et la résistance collective. Ce texte, de A à Z, est le reflet d’un engagement sans compromis pour une société plus juste, plus égalitaire et plus vivable.
La lutte continue, car la répression exercée par le système néolibéral perdure et compromet notre vision de l’avenir de l’humanité. C’est une devise que nous partageons avec de nombreux mouvements sociaux à travers le monde. Avec Rezistans ek Alternativ, j’ai participé à diverses conférences, notamment en Afrique. Ces moments de partage avec des peuples qui résistent au patriarcat, au capitalisme et à l’accaparement des ressources locales m’ont profondément formée.
Le combat de Rezistans ek Alternativ pour la plage publique de Pomponette était marqué par la hargne de nos camarades afin de briser l’infame barrage. Cela reste un grand moment de combat solidaire qui nous inspire.
Comprendre les enjeux du réchauffement climatique est fondamental pour mener le combat contre les plus grands pollueurs mondiaux, comme Coca-Cola, par exemple. J’ai étudié et enseigné ce sujet pendant plusieurs années. L’urgence climatique guide nos combats pour la préservation de la biodiversité et le développement de l’agroécologie.
Les droits écologiques, sociaux, culturels et économiques restent au cœur de nos ambitions pour une société plus juste et égalitaire. Après avoir analysé le néolibéralisme et vécu dans le monde académique, où ce système permet l’exploitation des jeunes chercheurs et des enseignants, je partage avec nos amis de la National Human Rights Commission la conviction qu’il est essentiel de défendre nos droits humains fondamentaux dans tous les secteurs.
Ériger un système éducatif fondé sur la pédagogie, l’inclusion et l’épanouissement de l’enfant est l’une de nos ambitions concrètes que nous voulons transformer en réalité. J’ai moi-même bénéficié d’un système d’éducation gratuit, fruit du combat mené par les jeunes de Mai-75. Sans leur engagement, je n’aurais peut-être pas eu l’occasion d’aller à l’université. L’école, son encadrement, les ressources nécessaires, le professionnalisme et la motivation de nos enseignants sont essentiels pour protéger et éduquer correctement nos enfants. Or, le système actuel présente de nombreux manquements, et il est de notre devoir de les corriger. Il y a urgence : il faudra éliminer le supply-teaching ainsi que la compétition féroce et inhumaine au PSAC. Il est indispensable d’aligner le curriculum avec le développement cognitif de l’enfant et de travailler activement sur le bullying, malheureusement ancré dans certaines écoles.
Mon parcours d’enseignante m’a permis de constater l’instrumentalisation du patriarcat par le capitalisme. Ce dernier exploite les femmes à travers le travail du soin, les heures non reconnues passées à la maison, le plafond de verre instauré par le patriarcat et l’inégalité salariale entre hommes et femmes. Avec Madame la Speaker et nos collègues du Gender Caucus, je partage la volonté d’améliorer la condition des femmes. La violence domestique nous interpelle profondément. Le capitalisme accentue ces fléaux sociaux et renforce les discriminations à l’égard des femmes. Il est indispensable de faire respecter la semaine de 40 heures et de veiller à ce que la violence au travail soit totalement éradiquée.
Être révolutionnaire, guidée par l’idéologie marxiste, et croire en chaque humain pour s’opposer au capitalisme invasif et destructeur. J’ai étudié l’idéologie marxiste adaptée à notre contexte de résistance contre le néolibéralisme et eu la chance d’enseigner les théories contemporaines du marxisme. Le concept de « metabolic rift », élaboré par John Bellamy-Foster, nous aide à comprendre comment le capitalisme, par sa chaîne de production, a créé une rupture entre l’humain et la nature. Comme le souligne Marx, la nature constitue le corps inorganique de l’humain, et nous ne survivrons pas sans elle. Les théories de Mouffe et de Laclau permettent d’appréhender les intersections entre marxisme, féminisme et autres idéologies de combat.
Rien ne se fait sans les autres. Rien ne se ferait sans la participation de chacun. Nous sommes tous victimes d’une société d’hyperconsommation imposée par le vampirisme des multinationales, ultimes prédateurs qui exploitent nos psychologies et nos faiblesses pour faire de nous de simples consommateurs. Il suffit de regarder Wall‑E pour le comprendre. La solidarité reste le chemin pour retrouver notre humanité. L’individualisme et la course au bien-être matériel ont fait de nous des êtres profondément malheureux. Endettés et précarisés, nos vies deviennent amères. La simplicité, au contraire, nous permet de remettre en question tout ce qu’on nous impose.
Les peuples indigènes sont les remparts ultimes contre le néolibéralisme. Vivre en harmonie avec la nature, respecter ses règles et comprendre que notre survie en dépend nous rapproche de leur éthique écologique. Lors de mes études post-coloniales, l’apprentissage de la culture indigène australienne, ainsi que l’enseignement sur leurs modes de vie et leur résistance continue à l’empire du néolibéralisme, m’inspirent toujours.
En tant qu’enseignante universitaire pendant plusieurs années, les jeunes m’ont toujours inspirée. La génération Z fait preuve de courage en rejetant le monde d’exploitation imposé par le capitalisme contemporain, notamment à travers la ‘gig economy’ et d’autres structures de précarité. Elle refuse un monde où l’élite profite des autres. Un monde qui, parfois, ressemble de plus en plus à Hunger Games. Cette génération nous redonne espoir.
La Corée du Sud montre l’exemple en matière de protection des artistes. Face à la précarité des artistes mauriciens, il faudra s’inspirer de ce modèle pour mieux les protéger. Le programme gouvernemental sud-coréen insiste sur la révision du statut légal de l’artiste, un chantier sur lequel nous devons travailler activement.
La soif de liberté a permis à notre peuple de combattre l’esclavage et l’engagisme. Nous portons en nous le sang de la rébellion contre les systèmes déshumanisants. Il est essentiel d’étudier et d’enseigner l’histoire de ce peuple de dignité et de combattants.
Les combats organisés et soigneusement planifiés par les mouvements sociaux peuvent conduire à des changements radicaux. Le mouvement pour la liberté civile aux États-Unis en est un exemple. L’étude des mouvements sociaux et de l’histoire de la résistance globale contre le capitalisme a profondément formé mes convictions.
C’est le système à abattre pour que l’humanité ait un avenir. Sans cela, nous sommes condamnés.
Un peuple doit se rallier, se rassembler et se mettre en mouvement. Un peuple en action peut résister à toute forme d’oppression.
La Palestine reflète notre âme blessée au plus profond de nous-mêmes. Le peuple palestinien, qui survit chaque jour à la violence abjecte de l’oppresseur, montre la formidable capacité de résilience humaine. Mais elle révèle aussi l’échec de notre humanité, puisque l’oppresseur continue de massacrer les innocents. Ma rencontre avec une Palestinienne m’a profondément bouleversée. Elle souriait pourtant, et moi, je n’osais pas la regarder dans les yeux. La honte de mon impuissance m’écrasait. Son courage et son humanité m’ont permis de me reprendre et de continuer le combat contre les bourreaux.
L’élection précédente a marqué un tournant de notre histoire, lorsque le peuple a rejeté une gouvernance oppressive et choisi la liberté. Il est de notre devoir de préserver cette liberté tout en encourageant un usage responsable des espaces de partage et de discussion publics. J’ai été touchée lorsqu’un jeune homme est venu me demander de sauver le pays, car il ne voyait pas d’avenir pour ses enfants. Malgré les obstacles et les difficultés, le combat doit continuer pour garantir à chaque enfant un avenir digne.
Nos forêts ont presque entièrement disparu. Il ne nous reste que quelques hectares, et beaucoup d’arbres sont malades. Notre survie en tant qu’humains dépend de notre capacité à protéger notre biodiversité. Combattre les projets de Smart City qui mettent en danger nos forêts est fondamental. Le travail accompli par le Professeur Florens sur nos forêts est crucial, et il faut être à l’écoute de nos chercheurs expérimentés. Les 4 R – recyclage, réutilisation, réparations et réduction – ne suffisent pas. Il est indispensable de reboiser et de stopper le bétonnage.
Le soutien à long terme passe par l’empowerment, dans le respect de l’autre. Dans une société où le néolibéralisme a fragilisé l’État‑providence, il est essentiel de mettre en place des dispositifs efficaces pour aider les plus vulnérables. Par exemple, une production alimentaire accrue permettrait de réduire le coût de la vie. C’est pourquoi il nous faut un programme d’agroécologie solide et bien structuré.
Le travail décent est un droit humain. Il est désolant de constater les conditions dans lesquelles évoluent de nombreux travailleurs. Beaucoup de femmes restent victimes de harcèlement au travail. Il est indispensable de mettre en place des institutions où chaque travailleur peut être écouté et soutenu. La semaine de 40 heures est primordiale pour garantir des conditions de travail dignes.
L’union fait la force. Les citoyens doivent se rassembler pour mener des combats légitimes et défendre leurs droits.
Pour contrer les dysfonctionnements de notre modernité dominée par un capitalisme prédateur et destructeur, il faudra réviser nos valeurs. La génération Z, qui refuse l’exploitation des jeunes au travail, nous donne un exemple à suivre. Les critères de réussite doivent être repensés. Le General Happiness Index et d’autres indicateurs mesurant le bien-être peuvent être mis en œuvre pour guider nos sociétés.
La mer souillée par le pétrole m’avait bouleversée. Être partie prenante de la mobilisation humaine pour sauver notre littoral m’a montré que chaque Mauricien possède une fibre écologique, et qu’ensemble, nous pouvons protéger notre île.
X pour désigner « l’inconnu »
Dans le monde de l’intelligence artificielle, l’inconnu est souvent perçu comme un épouvantail. Mais les exemples montrent que la technologie n’est pas toujours la solution idéale : un restaurant à Dubaï, dont le menu était élaboré par un chef IA, a failli échouer. La technologie peut déjà nuire à l’environnement. L’humanité sera sauvée non par l’IA, mais par l’éthique indigène, car la nature est sacrée.
Zéro tolérance pour ceux qui détruisent l’intégrité écologique de la planète et nous rendent esclaves de l’hyperconsommation. L’impunité des grandes multinationales doit être remise en question.