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Dr Avinaash Munohur : «La rupture est déjà actée au MMM»

Par Le Défi Plus
Publié le: 11 avril 2026 à 13:30
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Dr Avinaash Munohur-110426

La crise interne au MMM prend une tournure décisive. Après le message sans détour de Paul Bérenger, les lignes semblent désormais clairement tracées entre différentes factions du parti. À la veille de l’Assemblée des délégués prévue ce samedi 11 avril, les interrogations se multiplient quant à l’avenir du MMM, son maintien au gouvernement et les possibles recompositions politiques à venir.

Dans ce contexte tendu, le Dr Avinaash Munohur, politologue et consultant en stratégies politiques, livre une analyse sans concession des récents développements. Entre risque de scission, repositionnement stratégique et redéfinition de l’échiquier politique, il décrypte les enjeux d’une séquence qui pourrait marquer un tournant dans l’histoire du parti mauve.

Comment interprétez-vous le message livré par Paul Bérenger ? Est-ce un discours d’apaisement, d’avertissement ou un positionnement stratégique ?
La posture était guerrière. En distinguant les « vrais » des « faux » militants, Paul Bérenger a franchi un point de non-retour. La rupture est déjà actée. Cela rappelle les purges de la révolution culturelle chinoise : quel critère objectif permet de faire cette distinction ? Une présence sur une liste apparemment trafiquée ? Il faut être extrêmement naïf pour croire que Paul Bérenger n’ait pas contrôlé cette liste pendant toutes ces années. Il aurait mieux fait de distinguer militants et Bérengistes, cela aurait été bien plus représentatif de la réalité.

Le fait que Paul Bérenger ne siège plus au Parlement tout en influençant le parti pose-t-il un problème de légitimité ?
Je ne suis pas certain qu'il influence encore réellement la ligne du parti. Il en est toujours le leader, mais la structure fonctionne : réunions des régionales, comité central, et bien sûr l’Assemblée des délégués prévue le 11 avril. Ce qui est certain, c’est que la posture des trois Bérengistes – je préfère ce terme à « vrai militant » - est trop ambiguë pour faire face aux regards et aux commentaires les mardi au Parlement. Cette posture devra se clarifier à l’issue de l’Assemblée des délégués du 11 avril.

L’Assemblée des délégués est-elle un moment charnière ? Quels en sont les véritables enjeux ?
C’est un moment déterminant. L’Assemblée devra trancher une question précise : le MMM reste-t-il au gouvernement ou pas ? Si la réponse est négative, les députés souhaitant rester au gouvernement devront démissionner du MMM. Si elle est positive, c’est Paul Bérenger et ses deux acolytes qui devront partir.

Dans les deux cas, le MMM sortira affaibli de ce nouvel épisode. Dans le premier scénario, il ne comptera que trois députés dans l’opposition, avec une assise solide uniquement dans la circonscription 19 pour Paul Bérenger. Dans le second, Paul Bérenger n’aura d’autre choix que de former un nouveau groupe parlementaire, on devine déjà le nom d’ailleurs : Les Vrais Militants.

Les 14 élus restés au gouvernement devront alors assurer une transition délicate et rompre avec plusieurs décennies de Bérengisme. Le chantier sera immense.

Cette Assemblée peut-elle réellement trancher les divisions internes ?
Elle fera les deux : trancher et accentuer les divisions. Ce qui est historiquement intéressant, c’est que l’histoire se répète. À chaque fois que le MMM a gouverné, il en est sorti électoralement affaibli. La saignée s’est faite naturellement, au rythme des alliances échouées et des volte-face du leader. D’une certaine manière, nous assistons ici au dernier épisode : le MMM est devenu si faible que Paul Bérenger lui-même souhaite le quitter - et surtout tuer le parti en le quittant.

La création d’un nouveau parti est-elle une posture ou un scénario crédible ?
La majorité des militants, pas seulement les élus, ont rejeté les plans de succession de Paul, et le SPV mise en place à cet effet. Le rassemblement au Plaza était un test grandeur nature : Paul Bérenger a dû être très surpris du faible turn-out. Ces militants sont viscéralement opposés au népotisme et à la dynastie.

Paul Bérenger a donc compris que pour assurer la succession de sa fille, il devait tuer le MMM et fonder un autre parti. Cela permettra à Joanna d’affirmer, sans mentir, qu’elle n’a pas hérité du MMM. Le coup est politiquement jouable sur le très long terme, avec un positionnement écologique et féministe. Paul créera un parti sur mesure pour elle, à sa taille même : une version Bérenger de ReA.

La vraie question ici est la suivante : est-ce que les bailleurs de fonds historiques du MMM suivront ?

Quelles conséquences immédiates sur l’équilibre du gouvernement ?
Aucune. Navin Ramgoolam conserve dans tous les cas une majorité absolue suffisante pour mener des réformes constitutionnelles. Il sera même plus fort. Débarrassé de Bérenger, Ramgoolam est actuellement le maître de l’échiquier, et il va en profiter pour consolider son pouvoir.

Les militants de base sont-ils alignés avec la direction ?
Difficile à dire avec précision. Mais plusieurs constats s’imposent. Les régionales fonctionnent et sont bien fréquentées. En revanche, le Comité Central qui a précédé le rassemblement du Plaza n’était rempli qu’à moitié, et le rassemblement du Plaza n’a pas attiré la foule espérée par Paul Bérenger. Tout cela laisse supposer que la base attend de voir comment les choses évoluent avant de réagir.

Quels risques cela fait-il peser sur la stabilité politique du pays ?
Dans les faits, aucune différence majeure - le PTr peut gouverner même si tous les partenaires minoritaires quittaient l’alliance. Pour les élus MMM restés au gouvernement, il faudra ramener de la stabilité rapidement, d’autant que Paul Bérenger semble décidé à mener une longue bataille judiciaire pour le logo et les couleurs. Ces élus ont affirmé rester pour honorer le mandat populaire, ils vont maintenant devoir s’activer sur les promesses de campagne.

Quels mouvements surveiller dans les prochaines semaines ?
Paul Bérenger déclare vouloir rassembler les « forces progressistes », tout en déclarant sa flamme pour SAJ, en réaffirmant son opposition au MSM. C’est clair qu'il est à la manœuvre. Je suppose qu'il nous concoctera un remake de l’Alliance de l’Espoir, en entretenant l’idée d’un remake de 2000-2005 avec le MSM. Est-ce que Bhadain et Bodha se laisseront embobiner encore une fois ? Est-ce que Pravind Jugnauth aura pardonné l’épisode « manz gato » ?

Parallèlement, Navin Ramgoolam aura tout intérêt à absorber ce qu'il restera du MMM pour faire disparaître le parti et consolider une assise travailliste dans les fiefs historiques des Mauves. Pravind Jugnauth y verra également une opportunité. Un processus de décomposition est peut-être déjà amorcé en fait.

Assiste-t-on à une fin de cycle ou à une recomposition ?
Le MMM a été fondé sur une idéologie qui n’existe plus : celle des luttes ouvrières d’inspiration marxiste. Ce fondement s’est dissous au fur et à mesure que le parti s’est vidé de son intelligentsia, laissant place à une errance idéologique traduite dans la logique des alliances à tout prix.

Les militants parlent souvent de « fidélité à la lutte », mais cette notion n’a plus aucun sens. La seule lutte récente du MMM sous Bérenger aura été le renouvellement des contrats des IPP et l’alignement total avec Moody’s pour la réforme de la pension universelle. Voilà où en est le parti des classes ouvrières aujourd'hui à Maurice.

La vraie question est en réalité la suivante : le MMM peut-il se réinventer pour produire une vision d’avenir lisible face au démantèlement du modèle social mauricien ? Ou bien l’heure de sa disparition a-t-elle enfin sonné, libérant l’espace politique pour une nouvelle génération de Mauriciens prêts à se saisir de leur destin ? L’avenir nous le dira…

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