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Double drame à St-Pierre : l’avenir plein de promesses de Manisha Buddhu fauché en une nuit

Par Irshaad Olitte
Publié le: 31 May 2026 à 19:30
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La maison en construction de Norvic Salesse a été le théâtre du drame. Les proches de Norvic Salesse peinent à comprendre les circonstances de son décès. Manisha Buddhu projetait de se marier d’ici un an ou deux.

Diplômée brillante et future mariée, la Compliance Officer de 24 ans a vu ses projets brisés. Sa famille, plongée dans l’incompréhension, cherche à éclaircir les mystères de sa dernière nuit.

Ce jeudi matin 28 mai, Manoj Buddhu avait accompagné sa fille jusqu’à l’arrêt de bus, comme d’habitude. « Gramatin mo al ansam avek li, li drop mwa bistop, lerla li kontign so sime. » Il ne savait pas que c’était la dernière fois qu’il verrait sa fille vivante.

Manisha Buddhu, 24 ans, domiciliée à Nouvelle-France, a été retrouvée sans vie dans la nuit de jeudi à vendredi dans une voiture, une Chevrolet, garée dans le garage fermé d’une maison en construction à l’impasse Caprice, à Petit-Verger, St-Pierre. Le moteur était allumé, la climatisation enclenchée, et les vitres du véhicule étaient closes, ce qui a provoqué une accumulation mortelle de gaz dans cet espace confiné. Son collègue Norvic Salesse, Technology Manager de 31 ans, qui se trouvait également dans la voiture, avait, lui, été transporté par des proches à la clinique Wellkin.

Le Principal Police Medical Officer, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, et le Dr Maxwell Monvoisin ont conclu à une intoxication au monoxyde de carbone, la thèse de l’acte criminel (foul play) étant écartée à ce stade. La police de St-Pierre a ouvert une enquête approfondie pour établir les circonstances de ce drame. 

Manisha était Compliance Officer chez Trident Trust Company (Mauritius) Ltd, une firme basée à Ébène. Une jeune femme qui avait déjà beaucoup construit en peu de temps. Après des études en Nouvelle-Zélande sanctionnées par une maîtrise dans le domaine juridique, elle était rentrée à Maurice, non sans regret. « Li’nn travay inpe an Nouvelle-Zélande, li’nn fer so Master dan departman legal, apre li’nn desid pou retourn Moris, parski li pa ti pe gagn travay dan domenn kote legal laba. » 

À Trident Trust, depuis un an et demi, elle avait confirmé son poste, acheté sa voiture, posé ses marques. « Li ti pe avanse dan lavi e li ti pe gagn lexperians », dit son père, la voix encore incrédule. Son permis de travail néo-zélandais était toujours valide. Le projet de repartir, là où les débouchés dans son domaine étaient plus nombreux, restait dans un coin de sa tête. « Li ti touzour ena lintansion re-al travay deor dan Nouvelle-Zélande. » 

Mais avant cela, il y avait une vie ici, bien remplie, bien ancrée. Un fiancé qu’elle aimait depuis plus de cinq ans. Un mariage qui se dessinait. « Li ti pou marye dan enn ou dezan a venir. Depi plis ki sinkan zot kontan. Se enn bann rezon ki li’nn retourn pei. » Aujourd’hui, son fiancé est effondré, incapable de venir faire ses adieux. « So fianse pa pe kav mem vinn la, pa kone kouma pou konsol li », souffle Manoj Buddhu, dont le propre cœur de père est en miettes. Comment aurait-il pu imaginer un seul instant un tel drame ?

Absence prolongée 

Ce jeudi soir, Manisha faisait, comme d’habitude, des heures supplémentaires (overtime) après sa journée de travail qui se terminait à 16 h 30. D’ordinaire, elle rentrait vers 20 heures. L’inquiétude s’installe donc très vite, dès 20 h 15. Dans un premier temps, sa famille attend puis l’appelle, encore et encore. « Nou sonn li pou demann li kot li ete, kiler li pe vini, li pa reponn ditou. Nou kontign sone apre never, li pa reponn. » 

Manoj Buddhu est rongé d’inquiétude face à l’absence prolongée de sa fille. N’y tenant plus, il quitte Nouvelle-France et sillonne Ébène pour la retrouver. En vain. La police d’Ébène est informée et apporte son aide pour fouiller les moindres recoins. Le téléphone de Manisha sonne dans le vide. « Nou pa’nn gagn kontak avek li, pa trouv so loto. » 

Aux alentours de minuit, Manoj se résout à un ultime appel. « Mo dir mo fer enn dernie tantativ. » Cette fois, quelqu’un décroche. C’est une voix inconnue, celle de la mère de Norvic Salesse, qui s’était elle aussi rendue sur place, inquiète du silence de son fils. Sa voix tombe comme un coup : « Degaze vini, ou tifi pa bien ditou. Amenn lapolis vini. » Une adresse à Petit-Verger, St-Pierre. 

La famille s’y précipite. Mais l’irréparable a déjà été commis. « Kan nou al laba, tro tar, mo tifi inn fini perdi lavi. » Manoj, la voix brisée, confiera plus tard : « Mo’nn zis kapav idantifie li. Mo pa’nn kapav koz ar li, mo pa’nn kapav may li. » 

« Li enn mister pou nou »

Dans la douleur, Manoj Buddhu cherche à comprendre. Comment sa fille s’est-elle retrouvée dans cette maison en construction, dans cette voiture, aux côtés de cet homme qu’il ne connaissait pas ? « Garson-la mo’nn aprann se so koleg, me mo pa ti konn li ditou. » Les circonstances exactes de cette nuit restent à établir. Le mystère s’épaissit d’ailleurs pour les enquêteurs : la propre voiture de la jeune femme, qui était introuvable cette nuit-là, a été mystérieusement localisée le lendemain, vendredi, à Telfair, Moka. 

Son seul souhait aujourd’hui, ce père dévasté l’exprime simplement : connaître la vérité. Toute la vérité. « Nou pa pe gagn konpran ki’nn arive. Li bien enn mister pou nou. Nou demann lapolis eklersi sa mister-la. » À Nouvelle-France, entre larmes et détresse, la famille Buddhu pleure une fille qui avait tout devant elle. « Li’nn perdi so lavi dan enn fason bien tris ek sokan. »

Norvic Salesse, «enn bon garson» que Cité Padco ne verra plus

À Quartier-Militaire, le réveil a été brutal. Norvic Salesse, 31 ans, employé comme Technology Manager chez Trident Trust Company, était une figure connue et aimée de Cité Padco . Un jeune homme qui baissait sa vitre pour saluer, qui prenait des nouvelles, qui avait gagné le respect de tout un quartier sous les yeux de qui il avait grandi.

Norvic était fiancé. La maison en construction de l’impasse Caprice, à Petit-Verger, était la sienne. Une proche de la famille résume en quelques mots sur les réseaux sociaux ce que tous ressentent : « C’est avec une immense tristesse que la famille Salesse et Ramlogun annonce le décès de Norvic, un fils dévoué, un frère attentionné, un fiancé aimant, un oncle apprécié et un ami cher à tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître. » Sa mère, elle, abattue et meurtrie, n’a trouvé que ces mots : « Li’nn gagn enn lamor bet. » 

Substances suspectes dans la voiture : les analyses du FSL attendues

La police de St-Pierre poursuit activement son enquête afin de faire la lumière sur les circonstances ayant précédé ce drame. Lors de l’examen du véhicule, les enquêteurs ont découvert plusieurs objets suspects : un porte-monnaie argenté contenant des herbes soupçonnées d’être du cannabis, une paire de ciseaux, deux feuilles à rouler de marque OCB, deux emballages en aluminium vides, ainsi qu’un mégot de cigarette et un mégot de papier à tabac.

Ces pièces à conviction ont été saisies puis transmises à la section Drug Chemistry du Forensic Science Laboratory, à Réduit, pour analyses. Les experts devront notamment déterminer si les substances retrouvées sont effectivement du cannabis.

Les rapports toxicologiques devraient également permettre d’établir si les deux collègues se trouvaient sous l’influence de substances illicites au moment du drame.

Norvic Salesse conduit à la clinique Wellkin, des traces de sang relevées sur Manisha

Vendredi aux petites heures, les policiers intervenus dans la maison en construction de Norvic Salesse ont découvert le corps sans vie de Manisha Buddhu dans un véhicule stationné dans le garage.

Norvic Salesse avait, lui, déjà été transporté à la clinique Wellkin, à Moka, par son frère et d’autres proches. Selon les déclarations du frère du défunt à la police, il aurait été retrouvé inconscient à l’intérieur de la voiture. Pour accéder au garage, les proches ont dû briser un panneau vitré, les portes étant verrouillées. Vers 1 h 30, les policiers se sont rendus à la clinique Wellkin, où un médecin a certifié le décès du jeune homme.

Le corps de Manisha Buddhu a été retrouvé sur le siège avant du véhicule. Les portes de la voiture ainsi que le coffre étaient ouverts lors de l’intervention. Un médecin du SAMU, mandé sur place, a également constaté son décès. Des traces de sang ont été relevées au niveau du menton et de la main droite, sans qu’aucun signe apparent d’agression ou de violence soit établi à ce stade.

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