Dossier Chagos - Navin Ramgoolam : «Nous explorons la voie légale»
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Face au blocage du traité provoqué par Donald Trump, Navin Ramgoolam sollicite des cabinets internationaux. Maurice explore la voie légale pour sécuriser sa souveraineté.
Dans un contexte diplomatique incertain autour de l’archipel des Chagos, le Premier ministre Navin Ramgoolam a indiqué que son gouvernement envisage désormais des recours juridiques. Dans une déclaration accordée au Défi Quotidien mercredi, le chef du gouvernement a confirmé que Maurice est en contact avec des firmes juridiques afin d’explorer les options possibles dans ce dossier sensible, qui mêle souveraineté, relations internationales et enjeux budgétaires.
Le dossier des Chagos demeure l’un des principaux contentieux diplomatiques de Maurice. Si la souveraineté mauricienne sur l’archipel a été reconnue par des instances internationales ces dernières années, la mise en œuvre concrète d’un règlement avec le Royaume-Uni reste complexe, notamment en raison de la présence de la base militaire américano-britannique à Diego Garcia et des équilibres géopolitiques qu’elle implique.
Si le dossier était en très bonne voie, avec l’adoption du Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill par le Parlement britannique – qui permettrait à Maurice d’exercer pleinement sa souveraineté sur l’archipel des Chagos tout en louant à bail Diego Garcia pour une durée de 99 ans –, la progression du texte de loi, qui en était à son stade final, est aujourd’hui incertaine. Raison : un revirement de Donald Trump survenu il y a une dizaine de jours. Après avoir d’abord soutenu le Royaume-Uni, il a opéré un « u-turn » pour finalement dénoncer avec force l’intention de Keir Starmer, Premier ministre britannique.
Interrogé à ce sujet, Navin Ramgoolam a déclaré : « Nous explorons la voie légale dans l’affaire Chagos. » Il a précisé que Maurice est actuellement en contact avec des cabinets juridiques pour l’assister dans cette démarche. Cette orientation marque une étape supplémentaire dans la stratégie du gouvernement, qui cherche à faire valoir les droits du pays par tous les moyens disponibles.
Le Comité interministériel concernant l’archipel des Chagos, présidé par le Premier ministre et composé du Premier ministre adjoint Paul Bérenger, de l’Attorney General Gavin Glover, et du ministre des Affaires étrangères Ritesh Ramful, s’est réuni mardi après-midi pour discuter du retard dans l’entrée en vigueur du Traité signé le 22 mai 2025, ainsi que de la crise au Moyen-Orient. Le Comité interministériel a noté « avec préoccupation » que « bien que l’Accord concernant l’archipel des Chagos, y compris Diego Garcia, ait été signé dès le 22 mai 2025, et malgré la volonté commune des parties de mettre l’Accord en vigueur rapidement, celui-ci n’est toujours pas entré en vigueur et aucune visibilité n’existe quant au moment où cela pourrait se produire ».
Sur le plan financier, le Premier ministre a également évoqué les conséquences budgétaires d’un éventuel blocage des discussions avec le Royaume-Uni. Il a rappelé que si le traité en négociation avait été entériné, Maurice aurait perçu un premier virement annuel d’environ Rs 10 milliards, destiné à alimenter le Budget 2026-27. Or, cette perspective semble aujourd’hui compromise. « On va devoir aller à la recherche de Rs 10 milliards. On explore toutes les avenues possibles, mais clairement le Budget 2026-27 ne sera pas un budget facile », a-t-il déclaré.
La position récente de Donald Trump sur le dossier a considérablement fragilisé la possibilité d’un accord rapide et a rendu plus difficile la conclusion du traité envisagé entre Maurice et le Royaume-Uni. Dans ce contexte, l’option légale apparaît comme un levier supplémentaire pour Maurice. Le recours à des firmes spécialisées pourrait permettre d’évaluer les voies judiciaires ou arbitrales envisageables, que ce soit devant des juridictions internationales ou dans le cadre de mécanismes prévus par le droit international.
« Île stupide. » L’expression, lâchée par Donald Trump pour qualifier les Chagos, n’a visiblement pas ébranlé la diplomatie mauricienne. Intervenant hier à Pointe-Canon, le ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramful, a choisi la sobriété face à la provocation, rappelant, sans hausser le ton, que Maurice sait où elle va. Sa réponse tient en quelques mots : le dossier suit son cours. Des négociations ont été menées avec le Royaume-Uni, un accord a été trouvé entre les deux parties, et le processus de ratification est désormais entre les mains de Londres. Le Premier ministre britannique Keir Starmer, assure Ritish Ramful, a donné sa parole que cette étape ira de l’avant. Le ministre n’a pas souhaité s’étendre sur les déclarations du président américain.