Mise à jour: 11 janvier 2026 à 19:00

DJ Emran et Lovena : dix-huit ans de patience pour un « oui » au sommet

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Image
Emran Limbajee a demandé Lovena Botlarrygadoo en mariage l’année dernière, au Burj Khalifa à Dubaï.
Emran Limbajee a demandé Lovena Botlarrygadoo en mariage l’année dernière, au Burj Khalifa à Dubaï.

Loin du tumulte des clubs, DJ Emran et Lovena ont pris le temps de grandir ensemble. Ils célèbrent aujourd’hui une union mûrie par la patience, entre silences, absences et retrouvailles.

Pendant seize ans, DJ Emran Limbajee a fait danser les foules, enchaîné les clubs de l’île Maurice et les événements internationaux. Derrière la console, sous les projecteurs, il construisait une carrière. Ailleurs, dans l’ombre de cette vie publique, une femme attendait. Lovena Botlarrygadoo, rencontrée sur les bancs de l’école, a traversé avec lui dix-huit années faites de complicité, mais aussi d’absences, de silences et de patience. L’année dernière, au Burj Khalifa à Dubaï, Emran lui a demandé de l’épouser. Leur mariage aura lieu fin février.

Leur histoire commence comme tant d’autres : deux adolescents qui se découvrent, se reconnaissent. Mais très vite, la musique prend toute la place. Emran se lance, enchaîne les sets, construit sa réputation. Lovena, elle, ancienne professeure reconvertie dans l’aviation, reste en retrait. « Li plito trankil… andeor lemond lamizik », dit-il. Cinéma, mer, tranquillité. Elle évolue à côté de l’agitation, sans jamais y entrer vraiment.

Cette vie-là a un coût. « Il y a eu un moment, il y a quelques années, où on ne vivait plus au même rythme du tout », explique Emran. « Moi, j’étais aspiré par la carrière, les dates, l’adrénaline. Lovena, elle, attendait quelqu’un de présent, ancré. »

Image
DJ Emran et Lovena

Pas de disputes fracassantes. Juste un éloignement progressif, insidieux. Le genre de distance qui s’installe sans qu’on s’en aperçoive vraiment. « Parfois, le silence est plus dangereux que les conflits. »

La musique devient priorité absolue. Les horaires impossibles, les déplacements, l’incertitude permanente. « Le prix, c’était la fatigue émotionnelle de Lovena, et une forme de culpabilité chez moi que je repoussais sans vouloir l’affronter », reconnaît-il aujourd’hui. 

Il rate des moments. Le nikkah de sa sœur, des occasions où Lovena aurait simplement eu besoin qu’il soit là. « Ce sont des choses qu’on ne rattrape pas, mais qu’on apprend à reconnaître. » Cette lucidité-là vient avec le temps, et parfois avec les blessures.

Face à cette vie de décalages permanents, Lovena a dû tracer ses propres limites. « Quand j’ai compris que l’amour ne devait pas être un sacrifice permanent, dit-elle. J’ai appris à dire non, à dire stop, sans menace, mais avec fermeté. » Accepter la vie d’un DJ, ses absences, l’instabilité du métier, c’est une chose. Se perdre soi-même en est une autre. Il y a eu ce moment de bascule où elle a choisi de ne plus tout porter seule.

Dans ce milieu – la nuit, les clubs, les voyages –, la confiance devient un exercice quotidien. « Elle se construit chaque jour par nos actions, surtout par la cohérence entre les paroles et les actes », résume Emran. « Pandan tou sa letan, tou saki tou dimounn inn trouve… li’nn gard so silans akoz li kone mo’nn fer tousala pou al ver viktwar dan mo karyer », explique Emran. « Zot pa kapav konpran, me li ti la, pasian e fidel. » 

Cette patience, ce respect mutuel, ont permis à leur relation de se renforcer, loin des projecteurs et des attentes des autres. Au-delà des voyages et des scènes internationales, Emran et Lovena cultivent leur relation dans les détails du quotidien : une sortie cinéma, un dîner tranquille, un moment à la plage… Ces instants de complicité révèlent le cœur derrière le DJ, celui qui fait danser les foules mais sait offrir douceur à celle qu’il aime.

Pas de grandes déclarations. Juste une constance, une cohérence qui finit par créer un socle solide. Et puis le choix, conscient, de protéger ce qui compte vraiment, loin des regards et des projections. Car avec la reconnaissance vient aussi l’exposition, cette sensation d’être observé, commenté. « Tout le monde projette quelque chose sur notre couple, observe Lovena, mais avec le temps j’ai appris que cela n’a pas vraiment d’importance. » Emran acquiesce : « On a appris à protéger notre intimité. Ce qui compte vraiment ne se montre pas. » Une leçon apprise à force de voir leur relation devenir, malgré eux, un sujet de conversation.

Pourquoi attendre dix-huit ans avant de se marier ? « Parce qu’on ne voulait pas le faire “par défaut”, répond Emran. On voulait que ce soit un choix mûr, conscient, et pas une étape automatique. » Pendant toutes ces années, il y a eu des jugements, des incompréhensions. L’entourage qui s’interroge, qui attend, qui parfois condamne. Mais ils savaient ce qu’ils vivaient, eux. « C’est ça qui nous a tenus. »

Puis, quelque chose a changé. Pas un événement précis, plutôt une maturation lente. « On s’est retrouvés. Différents, plus lucides, mais alignés. Cette fois, c’était une évidence calme. » Pas un coup de théâtre, plutôt une clarté retrouvée après des années de brouillard. Le moment était venu, simplement, naturellement.

Pour la demande, Emran a choisi Dubaï, comme tous les membres de sa famille avant lui. Et le Burj Khalifa, cette tour qui s’élève au-dessus de tout. « C’est un symbole d’élévation. On est partis de très bas, et on a grandi ensemble. C’était une manière de marquer le chemin parcouru. » Un amour construit lentement, patiemment, comme on édifie un gratte-ciel. Pierre après pierre, étage après étage.

« Mo ti anvi enn moman trankil, pa show-off, zis pou nou de », raconte-t-il. Là-haut, face à elle, loin de l’agitation des pistes de danse, il a prononcé ces mots : « Être ton partenaire, ton soutien, ton respect, dans les jours faciles comme dans les jours difficiles. Je promets de t’aimer avec patience, loyauté et sincérité. »

Dix-huit ans de patience, donc. D’absences rattrapées et de silences apprivoisés. De moments ratés et de choix difficiles. « Le mariage ne change pas l’amour, conclut Emran, mais il lui donne une autre profondeur. » Une réception unique et grandiose est prévue pour célébrer cet engagement. Après tout ce temps passé à protéger leur intimité, ils peuvent enfin dire publiquement ce qu’ils ont toujours su en silence : ils ont choisi de marcher côte à côte, ni devant ni derrière, dans les hauts comme dans les bas.

Publicité
À LA UNE
hebdo-3496