DJ Blind : la musique au bout des doigts

Par Thierry Léon O commentaire
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À 31 ans, David Parsad est un DJ pas comme les autres. En effet, il est non voyant depuis huit ans. Cela n’empêche guère DJ Blind, de son nom de scène, de vivre de sa passion. Il sera en spectacle le 5 mai prochain à l’Altitude Club.

Il a toujours aimé le DJing. Malgré sa cécité, David Parsad, désormais connu comme DJ Blind, surfe sur sa passion. Adolescent, David évoluait déjà dans l’univers des DJs. « Mes cousins officiaient régulièrement comme DJs dans les soirées dansantes, des anniversaires et des mariages et je les accompagnais pour me faire la main… »

À 12 ans, David se fait opérer d’une cataracte à l’œil gauche. « Tout s’est bien passé sauf que ma vue a commencé à baisser considérablement au point qu’au bout d’un certain temps, je ne voyais plus de l’œil gauche. »

À 23 ans, alors qu’il commence à peine à se faire un nom dans le DJing, il apprend que la rétine de son œil droit commence à se décoller. « Il fallait faire vite et j’ai entamé des démarches pour me faire soigner en Inde. J’ai subi une autre intervention chirurgicale mais c’était déjà trop tard. Il n’y avait plus rien à faire. Je suis passé du jour au lendemain de malvoyant à non voyant. »

Défi relevé haut la main !

David ne se décourage pas pour autant. Après son opération, il participe à un concours de DJs. « Je m’étais inscrit avant de perdre la vue et j’ai voulu relever le défi de participer à ce concours à l’aveugle, si je peux dire. Je me suis appliqué à fond et j’ai remporté le concours. »

Dès lors, David trouve sa voie. « Plus jeune, je voulais être pilote. J’ai dû mettre ce rêve de côté quand j’ai perdu la vue mais il fallait bien trouver un autre centre d’intérêt. Je me suis donc intéressé plus sérieusement au DJing, au point d’en faire mon métier. »

Une platine dans la tête…

Un métier qu’il exerce aujourd’hui grâce à son talent certes, mais aussi à une mémoire photographique. « Si maintenant j’arrive à mixer sans rien voir, c’est parce j’ai une platine dans la tête. Ce qui fait qu’aujourd’hui, mon handicap ne pose pas problème dans ma vie professionnelle. »

Si problème, il y a c’est plus au niveau du salaire. « Malheureusement, les DJs mauriciens ne sont pas bien payés, les cachets par soirée sont dérisoires et c’est pour cela que j’ai mis au point une nouvelle conception du DJing. »

Ainsi, DJ Blind propose des spectacles accompagnés de danseurs et d’un artiste avec qui il partage la scène. « Pour mes spectacles, je me fais accompagner par mes danseuses. J’invite aussi un chanteur à partager la scène. Pour le 5 mai prochain, ce sera JSB Morning Game, un très bon ami à moi. Lors de la soirée à l’Altitude Club à Ebène, nous allons rendre hommage à Nicolas Isidor, un ‘beat maker’ parti trop tôt. »

À noter que l’artiste joue régulièrement au Spring Festival à Madagascar. De 2014 à 2017, il est aussi monté sur la scène du Festival Kreol. Il a également joué à La Réunion.