Diyaune Francoeur : une voix née des épreuves
Par
Azeem Khodabux
Par
Azeem Khodabux
À 31 ans, le chanteur mauricien, lauréat du concours Disque de l’année 2025, catégorie locale, sur Radio Plus, transforme ses fractures intimes en matière musicale. Avec « Parfwa Vremem », il signe un portrait de l’amour à l’âge des reconstructions.
Il y a cette voix d’abord. Posée, sans esbroufe. Une voix qui ne cherche ni à séduire ni à convaincre, mais qui raconte. Simplement. Diyaune Francoeur, 31 ans, chante l’amour comme on témoigne : sans fard, sans détour. Les ruptures, la paternité, les renaissances. Toute cette vie qui déborde et qu’il transforme, chanson après chanson, en matière universelle.
Il a grandi à Poste-de-Flacq, cette bourgade de l’est où tout a commencé. Autour, les rumeurs du quotidien. Des motos qui passent, des conversations, cette musique ambiante qui semble ne jamais s’arrêter. Diyaune choisit ses mots. Il n’est pas de ceux qui se racontent facilement. Pourtant, sa vie entière est dans ses chansons.
L’histoire commence dans une maison modeste, bercée par les récits du passé. Sa mère, Climène, porte en elle la mémoire chagossienne, celle d’un peuple déraciné, d’une histoire faite de courage et de résilience. « De cette lignée, j’ai hérité d’une sensibilité particulière, d’un rapport viscéral aux émotions », confie-t-il. Son père, Jean-Pierre, installé à Poste-de-Flacq depuis l’âge de 8 ans, incarne au contraire la stabilité. Homme discret, travailleur, pilier silencieux.
Entre ces deux figures, Diyaune grandit dans un équilibre subtil, où les mots ne sont pas toujours dits, mais ressentis. « Très tôt, la musique est devenue mon langage. Un refuge. Une manière de comprendre le monde. » À 8 ans, il chante déjà. À 15 ans, il écrit ses premières chansons. Des textes simples, parfois maladroits, mais toujours sincères. « Je ne cherchais pas la reconnaissance. Je cherchais à dire ce que je ressentais. »
Poste-de-Flacq n’est pas qu’un décor dans cette histoire. C’est un creuset, un espace où les destins se croisent, où la musique accompagne les fêtes, les peines, les moments de partage. Adolescent, il rejoint un groupe local. Ensemble, ils répètent sans relâche, rêvent de scènes plus grandes. De cette fraternité naît « Stand Style », son premier album, qu’il considère, aujourd’hui encore, comme sa « carte d’identité artistique », dit-il. Un projet brut, authentique, qui parle de jeunesse et de respect. « Stand Style » ne cherche pas à impressionner. Il cherche à exister.
Les années passent. L’homme se construit, l’artiste aussi. En 2015, Diyaune sort « Message d’amour et de paix ». Cette fois, l’amour n’est plus idéalisé. Il est vécu, questionné, parfois douloureux. Les textes gagnent en profondeur. La voix s’affirme. « Je ne chantais plus seulement pour raconter. Je chantais pour transmettre. » L’album marque une étape essentielle : celle de la maturité artistique. Une musique accessible, mais jamais superficielle.
Derrière l’artiste, il y a l’homme. Et la vie, parfois, ne suit pas la cadence espérée. Diyaune se marie une première fois. De cette union naissent deux enfants, Daren, aujourd’hui 12 ans, et Fiona, 11 ans. Deux prénoms qu’il prononce avec une fierté mêlée d’émotion. Mais l’histoire d’amour ne résiste pas aux épreuves. Le couple se sépare. « Ce sont des moments où l’on se remet en question, où l’on doute de soi », confie-t-il, le regard ailleurs.
La paternité devient alors son ancre. Être présent. Être un repère. Continuer malgré tout. « Pour mes enfants, je devais être fort. » Et la musique, une fois encore, devient son refuge.
Parfois, la vie surprend. C’est Angélique, 29 ans, qui envoie le premier message. Un simple « friend request » sur Facebook. Rien de plus. Et pourtant. Elle aussi a vécu le mariage, puis le divorce. Elle aussi chante, comprend, écoute. Les échanges deviennent réguliers. Les discussions profondes. Puis viennent les rencontres, les retrouvailles, les évidences.
« Ce n’était pas un coup de foudre classique. C’était quelque chose de plus calme, de plus fort », raconte Diyaune. Vivre à distance n’a pas facilité les choses. Angélique habitait Grand-Baie. Les trajets, l’organisation, les obligations familiales… Rien n’était simple. « Mais l’amour, quand il est sincère, trouve toujours son chemin. Ce n’est pas facile quand deux personnes ont déjà vécu, déjà souffert. Mais quand Dieu pose sa main sur une relation, c’est pour la vie », dit-il avec conviction.
Ils décident de vivre ensemble. Quatre ans de vie commune, faits d’apprentissage, de compromis, de doutes parfois, mais surtout de respect. Deux personnes avec un passé, des responsabilités, des enfants. Recomposer une famille n’est jamais simple. Ils avancent. Ensemble. Malgré les hauts et les bas. Malgré les regards, les jugements parfois. Ils choisissent de croire en leur histoire.
Le 5 septembre 2025, Diyaune et Angélique se marient. Une cérémonie sobre, chargée de sens. Plus qu’un mariage, c’est une promesse. Celle de continuer à avancer, main dans la main. Pour Diyaune, cette union marque une renaissance. Une paix intérieure. Une stabilité nouvelle. Et, naturellement, une nouvelle source d’inspiration.
C’est dans ce contexte que naît « Parfwa Vremem », sorti en 2025. Une chanson qui résonne comme un cri du cœur, où Diyaune met à nu ses émotions, ses doutes, ses convictions. Parfois, l’amour fait mal. Parfois, il guérit. Ces mots, simples mais puissants, touchent un large public. Parce qu’ils sont vrais. Parce qu’ils parlent à tous ceux qui ont aimé, perdu, puis osé recommencer.
Ce qui distingue Diyaune Francoeur, c’est cette capacité à toucher sans jamais forcer. Sa musique ne cherche pas l’effet. Elle cherche la connexion. Il ne chante pas pour briller. Il chante pour partager. À 31 ans, il incarne une génération qui croit encore aux valeurs : la famille, l’amour, la foi, le respect. Des thèmes parfois jugés désuets, mais qu’il remet au centre avec sincérité.
Aujourd’hui, Diyaune regarde l’avenir avec sérénité. D’autres projets musicaux se dessinent. D’autres chansons attendent d’être écrites. Mais une chose est sûre : il continuera à chanter la vie telle qu’il la vit. Avec ses joies. Avec ses blessures. Avec cette conviction profonde que, « parfwa vremem », l’amour est la plus belle chose qui soit.