Divorce annoncé au gouvernement : Bérenger prêt à sacrifier le MMM «pour le pays»
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Le Défi Quotidien
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Sa décision de démissionner du gouvernement semble prise, mais Paul Bérenger attend le Comité central du MMM, prévu ce mercredi, pour l’annoncer officiellement. En tout cas, le Premier ministre adjoint annonce qu’il ne se rendra pas au Parlement ce mardi.
Paul Bérenger, Premier ministre adjoint et leader du MMM, laisse peu de doute quant à son avenir au sein de l’alliance gouvernementale. « Je ne me rendrai pas au Parlement demain (NdlR : ce mardi 16 mars 2026). » C’est à l’issue de la réunion du Bureau politique (BP) à la rue Ambrose à Rose Hill que Paul Bérenger a fait cette annonce devant la presse.
« J’ai dit (au BP) tout ce que j’avais à dire. Je ne vais pas au Parlement. Je vais attendre le Comité central du MMM prévu ce mercredi à 15 h 30, pour annoncer ma décision. Si le Comité central le demande, nous convoquerons une assemblée des délégués », précise-t-il.
Revenant sur sa décision de ne pas se rendre au Parlement ce mardi, Paul Bérenger a souligné que « ceux (les élus du MMM) qui veulent aller au Parlement peuvent y aller. Je pourrais prendre une décision demain (mardi) quant à une démission comme Premier ministre adjoint. Navin Ramgoolam (Premier ministre) et moi avons parlé aujourd’hui (ce lundi) pendant 45 minutes, mais il n’y a rien de nouveau. Pour le moment, aucune rencontre entre lui et moi n’est prévue. Ma décision est prise, mais je donnerai les détails de sa mise à exécution », soutient le leader du MMM.
Il lance : « Si je dois choisir entre mon poste de Premier ministre adjoint et le pays, je choisirais le pays. Si je dois choisir entre le MMM et le pays, je choisirais le pays. »
Et d’ajouter : « La situation économique est la principale raison (de sa probable démission). La situation était critique mais elle empire. J’ai repoussé la décision car on a essayé de la redresser. Je ne regrette rien. Nous avons été aux élections avec le Parti travailliste, nous avons gagné 60-0. L’objectif de mettre le MSM dehors a été atteint. »
À une question de la presse sur le refus d’accorder au MMM le ministère des Finances comme raison de son probable départ du gouvernement, il répond : « ‘Mo fer f… ek Finans.’ Il y a une grave crise économique. On va se casser la gueule. J’ai redit à Navin Ramgoolam de nommer un ministre des Finances. ‘Bizin enn full-time minis’ des Finances. La situation économique est plus grave qu’il y a un an. […] » « Je ne vois pas ce qui peut me faire changer d’avis », conclut Paul Bérenger.
Les quelques réactions de ministres et députés à la sortie du BP diffèrent. Certains membres, comme Ajay Gunness, annoncent qu’ils se rendront au Parlement. Les autres, comme Rajesh Bhagwan et Karen Foo Kune-Bacha, laissent planer le doute et s’abstiennent de répondre. « Tout a été dit dans le point de presse », lance le ministre de l’Environnement. « Comme l’a dit Paul Bérenger, prenons le temps, cette nuit, de digérer », ajoute la ministre junior de la Jeunesse et des Sports.
Faizal Jeerooburkhan : « Le pays ne peut rester otage de ces incertitudes »
Pour Faizal Jeerooburkhan, membre de Think Mauritius, si la décision de Paul Bérenger, si elle se confirme, pourrait paradoxalement constituer une issue favorable pour le pays. « L’incertitude actuelle tient le pays en otage et engendre de nombreux problèmes. D’autant plus que s’il choisit de rester, rien ne garantit qu’une situation similaire ne se reproduira pas. » Le représentant de Think Mauritius rappelle que l’urgence est avant tout économique et sociale. « Il est impératif de serrer les rangs et de travailler ensemble, ce que Paul Bérenger ne semble pas capable de faire. »
Nando Bodha : « Bérenger n’a pas d’option...»
Pour Nando Bodha, leader du Rassemblement mauricien, le leader du MMM se retrouve aujourd’hui sans véritable option politique : « C’est un moment regrettable dans notre histoire politique. Cette issue était prévisible et constitue un véritable désastre pour une alliance qui avait obtenu un score de 60-0. »
Roshi Bhadain : « C’est un wake-up call pour les Mauriciens »
Pour le leader du Reform Party, la décision de Paul Bérenger doit être perçue comme un signal fort adressé aux Mauriciens. Selon Roshi Bhadain, « c’est un wake-up call pour les Mauriciens. Il est temps de tourner la page sur ces quatre familles et de construire un nouvel avenir avec le Reform Party ».
Rama Poonoosamy : « Il doit avoir ses raisons »
Rama Poonoosamy, directeur d’Immedia et ancien ministre du MMM, a réagi avec prudence aux velléités de départ du leader historique des Mauves. « Paul Bérenger indique qu’il envisage de démissionner. C’est dommage, mais il doit avoir ses raisons », observe-t-il. Analysant la situation sous un prisme idéologique, il ajoute : « Toutefois, le marxisme nous apprend à faire la différence entre la contradiction principale et la contradiction secondaire. Attendons de voir la suite », souligne Rama Poonoosamy.
Michael Atchia : « Le peuple n’a pas de temps à perdre »
Pour Michael Atchia, ex-directeur de programmes aux Nations unies et membre de Democracy Watch Mauritius, le mandat électif conféré par le peuple est un contrat sacré qui doit être honoré à son terme. « Il a été élu par le peuple et il a le devoir d’accomplir la mission pour laquelle il a été mandaté », affirme-t-il. Michael Atchia estime qu’un départ prématuré est inadmissible : « Partir est inacceptable. Je fais appel à son sens de la citoyenneté pour qu’il reste en poste jusqu’au bout. » Enfin, le membre de Democracy Watch souligne que le pays fait face à des dossiers bien plus urgents qui requièrent toute l’attention des autorités. « Il y a des priorités essentielles, comme le pétrole ou le dossier des Chagos. Le peuple n’a pas de temps à perdre avec de telles considérations », conclut-il.
Patrick Belcourt : « Enfin une opposition qui ira jusqu’au bout ... »
Paul Bérenger doit aller au bout de sa démarche, estime le leader d’En Avant Moris. « Il a eu raison de dénoncer les bandes de cinq, mais il ne faut pas s’arrêter à mi-chemin. Il faut dire exactement tout ce qui se passe », affirme Patrick Belcourt. Selon lui, cette situation pourrait également contribuer à rééquilibrer le système électoral et renforcer le rôle de l’opposition : « Enfin, nous pourrions avoir une opposition qui ira jusqu’au bout de ce qu’elle dit. »