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Disparition de Rs 25 Md : la Banque de Maurice annonce une surveillance modernisée

Par Fabrice Laretif
Publié le: 21 May 2026 à 12:00
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Dr Priscilla Muthoora Thakoor, entourée des sous-gouverneurs  Rajeev Hasnah et Ramsamy Chinniah.
Dr Priscilla Muthoora Thakoor, entourée des sous-gouverneurs Rajeev Hasnah et Ramsamy Chinniah.

La gouverneure de la Banque de Maurice reconnaît des limites dans la supervision bancaire et annonce une évolution des mécanismes de contrôle.

La gouverneure de la Banque de Maurice (BoM), la Dr Priscilla Muthoora Thakoor, est revenue sur les révélations faites récemment au Parlement concernant la disparition de Rs 25 milliards dans les bilans de quatre banques. C’était lors d’une conférence de presse tenue à l’issue de la réunion du comité de politique monétaire (MPC) le 20 mai. La  veille, le Premier ministre Navin Ramgoolam avait évoqué des fonds détournés, des prêts non performants et des créances irrécouvrables.

La gouverneure a toutefois précisé que parmi les établissements concernés figure la DBM, qui n’est pas sous la supervision de la BoM.

Selon la Dr Muthoora Thakoor, aucune Banque centrale ne doit se considérer à l’abri des critiques. Pour elle, certaines observations formulées à l’encontre de la supervision bancaire sont fondées, tandis que d’autres « vont trop loin ». Les banques disposent de leurs propres mécanismes de contrôle, notamment des comités chargés du crédit, de l’audit et de la gestion des risques, constituant ainsi les premières lignes de défense. La BoM établit des directives, mais n’intervient pas dans la gestion quotidienne des portefeuilles de prêts. La gouverneure a également annoncé une modernisation des méthodes de supervision afin de favoriser une surveillance plus proactive grâce aux nouvelles technologies et aux standards internationaux.

D’autre part, la Dr Muthoora Thakoor a réfuté les accusations de création monétaire avancées récemment par l’ancien ministre des Finances, Renganaden Padayachy. Dans une vidéo publiée sur Facebook le 11 mai, il estimait que Rs 83 milliards supplémentaires avaient été injectées dans l’économie en 2025 sous forme de « printed money ».

Interrogée à ce sujet lors de la conférence de presse, la gouverneure a indiqué qu’elle maintenait la position déjà exprimée dans le communiqué officiel de la BoM. Selon elle, ce sont de « fausses informations » susceptibles d’avoir des conséquences économiques. « Peu importe qui a formulé ces accusations. Des études montrent que les fausses informations peuvent influencer les cycles économiques. » Elle estime que ces propos portent atteinte à l’indépendance de la BoM.

Confiance et crédibilité

La Dr Priscilla Muthoora Thakoor a rappelé qu’à son arrivée à la tête de l’institution, le rétablissement de la confiance et de la crédibilité figurait parmi ses priorités. Selon elle, aucune vérification des données ne permet de conclure à une impression monétaire de Rs 83 milliards. Toute opération de financement monétaire aurait nécessairement figuré dans les comptes et les bilans vérifiés de la Banque centrale.

Concernant le taux directeur, le MPC l’a relevé de 25 points de base, le portant de 4,50 % à 4,75 % par an. La Dr Priscilla Muthoora Thakoor a indiqué que cette décision tient compte des risques inflationnistes, du climat d’incertitude, et de la nécessité de stabiliser les anticipations à moyen terme. Selon elle, l’inflation devrait progresser durant les prochains mois, avec des effets possibles sur le pouvoir d’achat et les rendements des dépôts. La hausse influencera aussi les taux d’emprunt et d’épargne.

La BoM estime que l’activité économique demeure globalement soutenue grâce aux performances de plusieurs secteurs clés. Toutefois, les perspectives de croissance pour 2026 ont été revues à la baisse. Selon les projections de la Banque centrale, la hausse des prix des carburants et de l’électricité devrait peser sur le pouvoir d’achat des ménages, tandis qu’un recul des arrivées touristiques pourrait également affecter l’économie. Dans son scénario de référence, basé sur une résolution du conflit et la réouverture du détroit d’Ormuz d’ici fin juin 2026, la croissance du PIB réel atteindrait 2,8 %, contre une estimation précédente de 3,3 % à 3,5 %.

La BoM prévoit, par ailleurs, une inflation élevée à court terme, dans un contexte marqué par la hausse des prix mondiaux de l’énergie et des coûts logistiques. Si l’inflation globale est restée stable à 4,2 % de mars à avril 2026, l’inflation en glissement annuel est passée de 2,7 % à 3,6 % durant la même période, traduisant les premiers effets de la hausse des prix du pétrole sur l’économie mauricienne.

Selon la Banque centrale, l’inflation importée continue de progresser sous l’effet du renchérissement de l’énergie, du fret et de la logistique. Cette situation pourrait entraîner des répercussions sur les coûts du transport, des services publics, de la transformation alimentaire et d’autres services.

Dans son scénario de référence, la BoM prévoit une inflation moyenne d’environ 5,5 % en 2026. Elle avertit toutefois que des scénarios plus défavorables pourraient entraîner une hausse plus importante et plus durable des prix, avec des effets de second tour plus prononcés.


Dépréciation de la roupie

Depuis la réunion du comité de politique monétaire de février, le taux de change de la roupie s’est déprécié de 2,9 % par rapport au dollar américain, de 1 % par rapport à l’euro et de 1,5 % par rapport à la livre sterling. La gouverneure explique que cette dépréciation de la roupie reflète une tendance assez généralisée observée avec d’autres monnaies de pays émergents et en voie de développement. Eu égard à la fréquence d’intervention de la BoM sur le marché intérieur des changes, « nous avons un régime de change flottant. Le taux de change est déterminé par les conditions du marché. La BoM intervient lorsqu’il y a une volatilité excessive dans le marché sur le taux de la roupie et aussi lorsqu’il y a des tensions sur le marché des devises ».


Hausse du taux directeur : ce qui va changer pour votre portefeuille

Le taux directeur passe de 4,50 % à 4,75 % : quelles conséquences concrètes pour les Mauriciens ?
Les ménages ayant contracté un prêt immobilier ou un crédit personnel à taux variable pourraient voir leurs mensualités augmenter. Sur un emprunt de plusieurs millions de roupies étalé sur 20 ou 25 ans, l’impact peut être significatif. 

Pour les personnes qui envisagent l’achat d’un bien immobilier, les conditions de financement deviennent plus contraignantes, ce qui pourrait retarder, voire compromettre, certains projets. 

Les ménages déjà fortement endettés disposeront de moins de marge pour leurs dépenses courantes, ce qui pourrait peser sur leur pouvoir d’achat et, plus largement, sur la consommation. 

Pour les PME, la hausse du coût du crédit risque de freiner les investissements et d’exercer une pression supplémentaire sur la trésorerie. 

Les épargnants pourraient être les principaux bénéficiaires de cette décision, les banques étant susceptibles d’offrir des taux d’intérêt légèrement plus attractifs sur certains produits d’épargne.
 

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