Discrimination alléguée : le communiqué de la Beach Authority sur Pâques fait l’objet d’une plainte
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Le communiqué émis par la Beach Authority en vue du dimanche de Pâques, le 5 avril, et du dimanche suivant, dit de Quasimodo, le 12 avril, avait suscité une vive colère sur les réseaux sociaux. Cette fois-ci, l’organisme fait l’objet d’une plainte auprès de la National Human Rights Commission (NHRC).
Le 10 avril 2026, le Kolektif Reparasyon Avansman Kreol (KRAK), organisation se présentant comme une entité dédiée à la campagne pour des réparations contre l’héritage persistant de l’esclavage et du colonialisme, a déposé une plainte formelle auprès de Melany Nagen, présidente de la Division des droits de l’homme de la NHRC.
La plainte vise le communiqué émis par la Beach Authority le 2 avril 2026. Les plaignants affirment explicitement : « Nous soutenons que le communiqué de l’Autorité constitue un acte administratif discriminatoire. Cette mesure fait écho aux lois de l’ère coloniale sur le “vagabondage” et l’“ordre public”, contredisant directement les droits fondamentaux d’une partie de la population tels qu’enchâssés dans les sections 3, 11 et 16 de la Constitution. »
Ils demandent à la Commission d’examiner la plainte « à la lumière des recommandations de la Commission Justice et Vérité, qui appellent expressément à la sauvegarde de l’“espace créole” et au démantèlement des barrières institutionnelles qui perpétuent la marginalisation du peuple créole mauricien dans nos domaines publics et côtiers ».
Le communiqué de la Beach Authority est accusé de stigmatiser une communauté en exigeant une surveillance policière et de la Garde côtière nationale renforcée uniquement pour ces dates religieuses, tout en la réduisant à une question d’« ordre public », de « pollution sonore » et de « responsabilité civique ».
Les plaignants soutiennent que « le moment choisi et le ton lourd du communiqué pendant une période sacrée créent une atmosphère d’intimidation étatique, équivalant à une violation institutionnelle de la liberté de conscience, de pensée et de religion ».
Ils estiment que la mesure viole l’article 3 de la Constitution en appliquant un « double standard » absent pour les autres fêtes religieuses du pays. Enfin, ils dénoncent le « manque de consultation » des parties prenantes religieuses et communautaires.
La plainte soutient que « la Beach Authority a dépassé son mandat administratif, portant atteinte à la dignité et aux droits religieux de la communauté créole mauricienne/catholique ».
La Beach Authority s’est, pour sa part, défendue avec force de toute intention de discrimination. Son président, Ananda Rajoo, a expliqué aux médias que cette instance a l’habitude d’appeler au maintien de la propreté et de l’ordre sur les plages publiques avant les fêtes, quelles qu’elles soient, et que le communiqué vise les Mauriciens dans leur ensemble. La Beach Authority a précisé avoir déjà publié des communiqués similaires lors du Ganga Asnan, ainsi que pour la fête de Pâques.
Dans son communiqué, elle avait indiqué qu’elle prendrait, « en étroite collaboration avec la force policière dont la National Coast Guard, toutes les dispositions nécessaires afin d’assurer que ces festivités se déroulent dans les meilleures conditions, tant sur les plages publiques qu’en mer. Le public est ainsi cordialement invité à faire preuve de civisme, de responsabilité et de respect mutuel ». Et d’ajouter : « Il est demandé de garder les plages propres, d’éviter toute nuisance sonore et de respecter les autres usagers des plages publiques. La Beach Authority compte sur la collaboration et la compréhension de tous afin de préserver la propreté, la tranquillité et l’accessibilité de nos plages durant cette période festive. »