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Difficultés financières : ces petits planteurs à terre

Le champ inondé de Farhad Jugon dans le Sud.

Ils y ont mis des heures et de la sueur. Beaucoup d’espoir aussi. Aujourd’hui, ces petits planteurs voient leurs efforts partir en fumée. Dans leurs champs, ils galèrent en attendant un coup de pouce des autorités. 

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Farhad Jugon a tout perdu et doit se convertir en marchand de légumes.

Ce n’est pas un combat de boxe, mais cela y ressemble. Eux ont une devise : se battre, qu’il tonne ou qu’il pleuve. Sauf que ces petits planteurs de légumes sont usés à force de prendre des coups. Et aujourd’hui, ils semblent prêts à déclarer forfait.

« Boukou problem bayo… » Nous sommes dans le champ de Krit Beeharry à Rose-Belle. Auparavant, il avait pignon sur rue à Sorèze, Pailles. Sur un terrain de 21 arpents, il cultivait oignons, arouilles, pommes de terre... Il a dû plier bagage pour faire de la place à la Ring Road. Contre une compensation qu’il n’a jamais obtenue, dit-il. 

Pommes de terre, « giraumon », melon d’eau… cela le connaît. C’est son gagne-pain, « so bouse manze ». Mais à Rose-Belle, contrairement à Sorèze, la région est aride à la saison sèche et trop humide quand il pleut à verse, en sus des terres rocailleuses desquelles il n’est pas facile de faire sortir des légumes. Krit Beeharry est un homme presque abattu. 

Mo pa dimann nanye gouvernma, me omwin ekout nou soufrans, pa ti bizin import legim.»

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Roshan Toofanee demande que le prix des fertilisants soit subventionné.

Farhad Jugon, 62 ans, ne s’en sort guère mieux. Quarante ans à travailler la terre de ses mains, à arroser et s’occuper de ses légumes et voilà qu’il se retrouve sans-le-sou. Comment sortir de ce guêpier ? Comment faire pour survivre ? 

Quand il faisait 18 tonnes de semences de pommes de terre en 2019, 75 % étaient pourries, affectées par des insectes. « Une tonne de semences nous coûte Rs 153 000, j’en ai acheté pour Rs 2,7 millions auprès de l’Agricultural Marketing Board (AMB) mais je n’ai eu que Rs 527 000 en guise de dédommagements. »

Le pire est arrivé avec le confinement dû à la Covid-19 en mars 2020. « À cause des zones rouges, je ne pouvais pas aller dans les champs, ce qui fait que tous les légumes, comme les concombres, les melons et autres ont pourri. » Sans compter que les marchés et foires sont restés fermés durant une longue période.

Les malheurs de ce planteur ne s’arrêtent pas là. En juillet 2020, il rachète 7 tonnes de semences auprès de l’AMB. Et rebelote. « Les semences n’étaient pas de bonne qualité et j’ai tout perdu. »

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Cueillette d’aubergines dans le champ de Roshan Toofanee.

Avec une tonne de semences, dit Farhad Jugon, la récolte est de 2 000 livres de pommes de terre. Elles se vendent à Rs 25 500 pour le premier grade et à Rs 20 500 pour le deuxième grade. Quant au sel qu’on met dans les champs, il coûte Rs 575 la pochette de 25 kilos ; par tonne de semences, il faut 800 kilos. 

Malgré les difficultés, il a voulu continuer à manier la terre. « J’ai loué d’Omnicane quatre hectares à Rs 30 000 l’hectare pour cinq mois, mais je n’ai pas d’argent pour acheter des semences, donc je perds Rs 120 000. » Vu qu’il n’a pas planté en 2021, « aujourd’hui, la banque vient de me dire que mon compte est complètement à zéro. Je ne sais plus quoi faire, d’autant que j’ai acheté un camion à crédit et je ne sais pas si on viendra le saisir », confie un Farhad Jugon complètement désabusé. 

La banque vient de me dire que mon compte est complètement à zéro. Je ne sais plus quoi faire…»

Il a perdu en tout Rs 2,8 millions. « Actuellement, je vends des légumes sous une boutique. » C’est un véritable cri du coeur qu’il lance. « Mo vann legim gamatin manze tanto. Mo bann frer ek ser vinn kit manze pou nou. Mo tris kan mo pans sa. Mo pa dimann nanye gouvernma, me omwin ekout nou soufrans, pa ti bizin import legim, nou kapav fourni me ed nou baba, sa mem nou dimande. »

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On embarque les papayes Solo pour les hôtels.

Même son de cloche du côté de Roshan Toofanee, au Nord du pays. Il est dans les papayes Solo et Red Lady et les légumes, comme les aubergines. Il pratique ce métier depuis trois ans. Avec l’aide de ses deux employés permanents, il produit une tonne de papayes et 800 kilos d’aubergines par semaine qu’il vend aux hôtels et autres marchands des villes.

Il est loquace. « On a un problème de main-d’œuvre et le ministère aurait pu nous permettre d’en importer, surtout pour les légumes. » Il demande également que les fertilisants, pesticides et herbicides soient subventionnés, les prix ayant triplé. Si les conditions étaient réunies, fait-il comprendre, « nous aurions pu augmenter notre production au lieu d’importer des légumes ». 

Au dire de Roshan Toofanee, « la communauté des petits planteurs est orpheline ». Il affirme qu’il y a le potentiel pour non seulement être autosuffisants mais également exporter vers l’Afrique. « Il faut donner la possibilité aux jeunes d’embrasser le secteur agricole, mais avec intelligence et l’apport de la technologie, comme l’aéroponie qui se fait en Israël. Avec l’utilisation de la nouvelle technologie, le coût est moindre avec une plus grande production », fait-il valoir.

À bon entendeur…

 

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