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Didier Kisnorbo, membre de l’association Justice et Vérité: le militant de la dépossession de terres d’anciens esclaves

Quarante-deux cas sont en ce moment traités par la Land Research and Mediation Unit, créée et placée sous la tutelle du ministère du Tourisme en 2015. Il s’agit de cas avérés de dépossession de terres d’anciens esclaves et coolies. Ces 42 cas résultent de témoignages déposés devant la commission Justice et Vérité établissant une spoliation à grande échelle. Alors que le Parti travailliste revendique la paternité de celle-ci et que l’Alliance Lepep affirmait, dans son programme gouvernemental, sa volonté de rouvrir ce dossier, les membres de l’association Justice et Vérité affirment qu’il n’existe aucune volonté politique de mettre sur pied un ‘Land Tribunal’, une recommandation préconisée par les auteurs du rapport de la commission présidée par le Dr Alex Boraine. L’année dernière au mois de septembre, la question de la dépossession des terres est relancée à l’Assemblée nationale adressée au ministre Xavier-Luc Duval. L’auteur de la question veut connaître les noms des personnes dépossédées de leurs terres. Xavier-Luc Duval répond : « I am tabling a list indicating the names of the families concerned. » La liste ne sera jamais déposée.  « La restitution des terres est recouverte par une sorte d’omerta », explique Didier Kisnorbo, membre de l’association Justice et Vérité. La mise sur pied de la commission par le gouvernement Ptr-MSM-PMSD, au coût de Rs 60 millions, poursuit-il, est venue réparer un oubli, mais la démarche est demeurée inachevée. « Lorsque la question de la mise sur pied d’un Land Tribunal a été posée à Xavier-Luc Duval, il a répondu qu’il appartenait au conseil des ministres, présidé alors par Navin Ramgoolam, de prendre cette décision, mais rien n’a été fait. Aujourd’hui, Xavier-Luc Duval est vice-Premier ministre. Il a les pouvoirs de décider. Mais l’année dernière, il a choisi de mettre en place une ‘Land Research and Mediation’ Unit, privée de véritables pouvoirs. » Que veulent les membres de l’association Justice et Vérité ? Clency Harmon le dit sans détour : « Il faut mettre sur pied ce Tribunal des Terres, avec un ‘Sitting Judge’. Tous les dossiers ont été compilés dans un volumineux document. Il ne manque rien à ce travail scientifique abattu par la commission. Maurice est le seul pays, après l’Afrique du Sud, à s’être penchée sur les séquelles de la colonisation. La Land Research and Mediation Unit ne sert à rien, sinon qu’à gagner du temps. » Pour soutenir la création d’un Land Tribunal, Veda Sreepaul, autre membre de l’association et représentant des métayers, eux-aussi victimes de la spoliation, explique que le cas de Mme César a fait l’objet d’une longue et pénible procédure judiciaire de plusieurs années, avant que la plaignante ne retrouve une partie de ses terres. « Il existe bien un ‘Family Tribunal’. Pourquoi tout le monde se dérobe lorsqu’on parle d’un Land Tribunal ? Qui sont ceux qui usent de leur influence, de leur argent pour s’opposer à cette recommandation de la Commission ? », se demande Veda Sreepaul. L’année précédente, l’association a adressé une lettre au Premier ministre sir Anerood Jugnauth pour demander que Xavier-Luc Duval, « très occupé », soit démis du dossier des terres volées pour être confié à un autre ministre. Dans leur lettre, on peut lire, entre autres : « Beaucoup d’entre nous se font vieux et attendent de voir cette justice promise. Nos terres représentent une goutte d’eau dans l’océan des terres de l’oligarchie sucrière, qui ont accaparé les terres de nos grands parents illettrés et pauvres. » Joint au téléphone pour nous informer de la progression des dossiers, Mahmad Mandary a déclaré qu’ils étaient en bonne voie, mais qu’il ne pouvait nous en dire plus, sans le feu vert de Thierry Château, attaché de presse de Xavier-Luc Duval. À ce jour, aucune communication ne nous est parvenue.

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