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Dharmendra : l’homme, le héros, la légende

La carrière de Dharmendra s’étend sur près de sept décennies.

Sept décennies, plus de 300 films, et un charisme unique : Dharmendra laisse à Bollywood, et à ses fans, un héritage de héros, d’amour et de moments cultes gravés dans nos mémoires.

Avec une carrière qui s’étend sur près de sept décennies et plus de 300 films, Dharmendra s’est imposé comme l’un des visages les plus charismatiques et aimés de Bollywood. Tour à tour héros romantique, voleur au grand cœur, et comique irrésistible, il incarnait le cinéma indien dans toute sa diversité. Surnommé affectueusement He-Man pour son charme viril, l’acteur s’est éteint lundi à Mumbai, à l’âge de 89 ans. 

Dharmendra débute dans les drames romantiques des années 1960 avant de conquérir le public dans les films d’action, tout en explorant la comédie avec un naturel déconcertant. Parmi ses rôles emblématiques : « Phool Aur Patthar » (1966), où il incarne un criminel au cœur tendre ; « Mera Gaon Mera Desh » (1971), où son personnage passe de voleur à protecteur d’un village ; « Chupke Chupke » (1975), comédie culte où il se déguise en chauffeur pour une blague savoureuse ; et bien sûr « Sholay » (1975), chef-d’œuvre devenu un monument du cinéma indien, où il forme avec Amitabh Bachchan le duo Veeru et Jai, petits criminels chargés de capturer le redoutable bandit Gabbar Singh.

« Sholay » est un phénomène national : projeté pendant 25 semaines consécutives dans plus de 100 cinémas, il est aujourd’hui un classique culte pour ses dialogues légendaires, ses chansons mémorables et son hymne éternel à l’amitié. Pour Rajiv Vijayakar, journaliste et biographe de l’acteur : « Il n’y a aucun rôle qu’il ne puisse incarner. On ne peut le mettre dans aucune case. »

La danse n’était pas son fort, mais ses pas improvisés dans « Pratiggya » (1975) restent gravés dans les mémoires. « Je suivais le rythme à ma façon, et ça a marché », confiait-il avec un sourire.

Né le 8 décembre 1935 au Punjab, alors sous domination britannique, Dharmendra grandit à Sahnewal, dans un village où son père était directeur d’école. Fasciné dès l’enfance par le drame romantique « Shaheed » (1948) avec Dilip Kumar, il rêve déjà du grand écran. « Mon objectif était simple : un appartement et une Fiat ! » racontait-il en 2009.

La naissance d’une légende

Propulsé sous les projecteurs après avoir remporté un concours de talents organisé par le magazine Filmfare à la fin des années 50, Dharmendra est repéré par Bimal Roy et livre l’une de ses performances les plus subtiles dans « Bandini » (1963). Mais ce n’est pas grâce à ses rôles nuancés dans « Bandini », « Anupama » ou « Satyakam » qu’il devient la méga-star que l’Inde connaît.

C’est sa beauté éclatante, sa carrure imposante et son jeu d’acteur large et viril qui font de lui le héros typique du cinéma hindi : capable de terrasser les méchants, ponctuant chaque combat de dialogues désormais cultes comme « Kutte, mein tera khoon pi jaaoonga », avant de disparaître au coucher du soleil avec la fille à ses côtés.

La presse de Bombay le surnomme rapidement « He-Man » et « Garam Dharam ». La chroniqueuse Devyani Chaubal, considérée comme la Hedda Hopper indienne, suit sa vie amoureuse avec un tel détail qu’il aurait un jour menacé de la poursuivre pour la frapper lors d’une cérémonie de cinéma.

Ce qui fait de lui le premier héros d’action grand public de l’Inde et le distingue d’un lutteur comme Dara Singh, également acteur d’action ? Son charme et sa douceur dans la vie réelle. Poète discret, il partage un amour profond pour la poésie ourdou, qui le rapproche de Meena Kumari, grande star de l’époque. Selon Shobhaa De, qui a suivi de près son ascension dans les années 70 en éditant le magazine Stardust, il possédait une simplicité et une authenticité rares : « C’était un héros rustique du peuple. »

Contrairement à certains de ses contemporains comme Vinod Khanna ou Amitabh Bachchan, Dharmendra évite les cercles mondains, préférant passer ses soirées avec des maîtres d’armes tels que Mohan Baggad, Gurbachan Singh ou son frère Ajit, autour de Patiala pegs, récitant des couplets ourdou et jouant au rami pendant des heures.

Avec plus de 300 films à son actif, il forme des duos légendaires avec Amitabh Bachchan, Jeetendra ou Vinod Khanna. Contrairement à d’autres superstars masculines de l’époque, il accepte volontiers des films centrés sur des femmes, jouant parfois un rôle secondaire. Citons : « Mamta » avec Suchitra Sen, « Anupama » avec Sharmila Tagore, « Khamoshi » avec Waheeda Rehman, « Guddi » avec Jaya Bhaduri, et surtout « Seeta Aur Geeta », « Dream Girl » et « Razia Sultan » avec Hema Malini.

Tout au long de sa carrière, il excelle également dans la comédie. Dans les années 1990, après que son fils Sunny Deol a atteint le statut de star, Dharmendra, vieillissant, continue de tourner dans une série de films d’action de second rang, parfois jusqu’à trois sessions par jour.

Une anecdote, peut-être partiellement apocryphe, raconte qu’un jour Sunny Deol reçut un appel du Pendjab s’inquiétant de la situation financière de la famille, ou se demandant pourquoi Dharam Paa-ji travaillait dans des films « légers ». La raison : Dharmendra aurait accepté de tourner avec Kanti Shah, alors grand producteur de films pour adultes de Bollywood. Pour préserver sa réputation, Sunny aurait racheté les négatifs et copies du film, tout en donnant à Shah un avant-goût de son fameux « dhai kilo ka haath ».

Superstar accessible

Pour la famille Deol, maintenir l’image de Dharmendra intacte était essentiel, surtout au Pendjab, parmi ses nombreux admirateurs. Bien avant que les fans ne se rassemblent devant les maisons de Bachchan, Shah Rukh Khan ou Salman Khan à Mumbai, des villageois faisaient la queue devant le bungalow de Dharmendra à Juhu. Dans les années 1980, on raconte qu’il y avait toujours une pénurie de gazinières au JVPD, la famille Deol devant cuisiner pour tous les admirateurs venus rencontrer la star !

Le seul moment où « Garam Dharam » perdit son sang-froid, selon ses propres dires, fut lorsqu’il gifla Bhanwar Singh, son fidèle assistant, pour avoir bu un pot entier de lait destiné à préparer le thé pour les fans. «  Mais quelques minutes plus tard, j’étais tellement rempli de remords que je me suis excusé et lui ai offert une chaîne en or pour me racheter  », devait-il confier lors d’une interview.

En 2004, Dharmendra, soucieux de rester proche du public, représente Bikaner comme député sous la bannière du Bharatiya Janata Party. La politique ne l’intéresse pas sur le long terme et il refuse de se représenter : « Je ne peux pas jouer le jeu des fripons. » Sa femme Hema Malini reste active en politique en tant que députée de Mathura, tandis que son fils aîné Sunny Deol fut député de Gurdaspur (2019-2024).

Dans ses dernières années, Dharmendra se retire à la ferme familiale de Lonavala, devenant une improbable star des réseaux sociaux avec 2,6 millions d’abonnés sur Instagram, partageant la simplicité de sa vie rurale. La célébrité l’accompagne jusqu’au bout.

En 2017, il avait confié ne jamais vouloir écrire de mémoires ni autoriser de biopic : « Les gens oublient facilement les films. Ils devraient se souvenir de vous malgré tout. »

Parmi les plus beaux du monde 

Avant de devenir le légendaire « He-Man » de Bollywood, symbole de force et d’action, Dharmendra était un romantique irrésistible, l’un des visages les plus séduisants de l’industrie. À la fin des années 60 et au début des années 70, son charme et son élégance firent sensation, au point que les médias internationaux le désignèrent comme l’un des hommes les plus beaux du monde.

Dans les années 70, alors qu’il s’imposait comme acteur principal, Dharmendra fit la couverture de nombreux magazines de cinéma, en Inde comme à l’étranger. Plusieurs publications le classaient dans le Top 10, voire le Top 5 des hommes les plus séduisants, certaines allant jusqu’à le placer en première position. Comparé aux icônes hollywoodiennes de l’époque, comme James Dean ou Paul Newman, Dharmendra devint rapidement une référence de glamour et de charisme à l’indienne.

Dans une interview avec Lehren Retro, il se souvenait : « Certaines personnes me comparaient à une star hollywoodienne, mais je n’avais jamais vu ses films. Je suis allé les voir, et là j’ai pensé que, de profil, je lui ressemblais un peu. J’ai moi-même commencé à le penser. »

Avec son sourire magnétique, son regard profond et sa présence inimitable, Dharmendra incarnait ce mélange rare de séduction, de charisme et d’humilité qui fascinait le public en Inde et à l’international.

Dharmendra et Hema Malini : l’histoire d’amour la plus scandaleuse de Bollywood

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Dans les années 1970, Bollywood est secoué par une romance digne d’un scénario de film : celle de Dharmendra, déjà marié et père de quatre enfants, et de la danseuse et actrice Hema Malini. Une histoire qui mêle passion, scandale et destin cinématographique.

Dharmendra Kewal Krishan Deol, jeune mécanicien du Punjab, n’a que 19 ans lorsqu’il épouse Prakash Kaur en 1954. Sa carrière débute grâce à un concours de talents Filmfare, qui le propulse dans « Dil Bhi Tera Hum Bhi Tere » (1960). Après des débuts modestes et l’arrivée de ses quatre enfants, il rejoint Mumbai… et le destin frappe : Dharmendra rencontre Hema Malini.

Le couple devient rapidement l’un des duos les plus prisés de Bollywood, partageant l’écran dans des succès comme « Sharafat », « Tum Haseen Main Jawan », « Seeta Aur Geeta », « Raja Jani », « Jugnu », « Patthar Aur Payal », « Pratigya » et bien sûr, le légendaire « Sholay ». Off-screen, la rumeur enfle : le charme de Dharmendra a conquis Hema, et leur amour est devenu impossible à ignorer.

Mais tout n’est pas simple. La mère d’Hema, Jaya Chakravarthy, désapprouve cette relation : Dharmendra ést un homme marié. Selon la biographie « Hema Malini: Beyond the Dream Girl », ses parents espéraient même la marier à Jeetendra. Alerté, Dharmendra se rend à Chennai pour déclarer son amour et stopper le mariage prévu. En 1980, Hema lui donne un ultimatum : « Épouse-moi ou oublie-moi. »

Leur union est enfin célébrée le 2 mai 1980. Hema, alors âgée de 30 ans, et Dharmendra, 45 ans, affrontent les murmures et les regards de la société : elle devient la « première dame des secondes noces », comme elle le raconte dans ses mémoires.

Leur amour donne naissance à Esha Deol en 1981 et Ahana en 1985. Pour la naissance d’Esha, Dharmendra aurait réservé… 100 chambres d’hôpital pour protéger l’intimité de sa femme. Même dans les moments les plus simples, son romantisme est épique.

En 1983, des rumeurs d’une liaison avec Anita Raj circulent, mais Dharmendra met fin aux spéculations : « Hema est ma femme, la mère de ma fille Esha. Comment pourrais-je la blesser ? » Une déclaration qui montre à quel point sa loyauté et son amour étaient profonds.

De leur rencontre sur les plateaux de tournage aux grandes déclarations de l’amour interdit, Dharmendra et Hema Malini ont incarné le romantisme et le drame à la Bollywood. 

Hommage émouvant à son « tout »

Trois jours après la disparition de son mari, l’icône du cinéma Hema Malini a partagé un émouvant message sur Twitter, se remémorant Dharmendra comme un ami fidèle et un pilier dans les moments difficiles.

« Dharam ji... Il était tant de choses à mes yeux : mari aimant, père dévoué de nos deux filles, Esha et Ahaana, ami, philosophe, guide, poète… mon refuge en toutes circonstances. En réalité, il était tout pour moi, dans les joies comme dans les épreuves. Sa simplicité, sa convivialité et son affection ont conquis tous les membres de ma famille.

Dans le monde du cinéma, son talent immense, son humilité malgré sa célébrité et son charme universel ont fait de lui une légende à part, un icône incomparable. Sa carrière et ses réalisations continueront de briller dans les mémoires.

Sur le plan personnel, ma perte est indescriptible, le vide qu’il laisse restera avec moi pour toujours. Après tant d’années partagées, je me retrouve entourée de souvenirs précieux, qui me permettront de revivre ces moments uniques… »

Son héritage à travers dix films cultes

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Des drames palpitants aux romances émouvantes, des comédies pétillantes aux sagas familiales touchantes, Dharmendra a incarné toutes les facettes du cinéma hindi. Revisitons dix films qui ont marqué son parcours.

Sholay (1975)

L’inoubliable Veeru, au grand cœur et irrésistiblement charismatique, reste l’un des rôles les plus mémorables de Dharmendra. Sa complicité avec Hema Malini, son humour impeccable et son intensité naturelle font de « Sholay » un classique indétrônable.

Phool Aur Patthar (1966)

Le film qui l’a révélé au grand public et lui a valu sa première nomination au Filmfare du Meilleur acteur. Dharmendra y incarne un criminel au cœur tendre avec un réalisme et une intensité qui marquent les esprits.

Chupke Chupke (1975)

Une comédie signée Hrishikesh Mukherjee où Dharmendra brille par son sens inné de l’humour. Dans le rôle du professeur espiègle Parimal Tripathi, il allie élégance et malice pour livrer des éclats de rire intemporels.

Seeta Aur Geeta (1972)

Aux côtés de Hema Malini, Dharmendra apporte chaleur, humour et sincérité, contribuant à la longévité de ce film culte. Sa présence à l’écran est tout simplement irrésistible.

Dharam Veer (1977)

Épopée masala par excellence, ce drame d’action met en scène un Dharmendra héroïque et charismatique, dans un rôle flamboyant qui restera gravé dans la mémoire des fans.

Anupama (1966)

Une performance douce et émotive qui révèle une facette plus sensible de l’acteur. Dans ce drame de Hrishikesh Mukherjee, il incarne Ashok, un homme empathique et attachant, avec une délicatesse inoubliable.

Apne (2007)

Film familial poignant réunissant Dharmendra et ses fils Sunny et Bobby Deol. Il y incarne un boxeur déchu cherchant rédemption à travers ses enfants, un rôle empreint de vulnérabilité et de tendresse qui touche profondément le spectateur.

Mera Gaon Mera Desh (1971)

Un drame d’action intense où Dharmendra passe de petit criminel repenti à héros protecteur d’un village menacé. Son charisme, sa puissance et son intensité émotionnelle en font un rôle emblématique de sa carrière.

Yamla Pagla Deewana (2011)

Un retour nostalgique pour les fans, réunissant le trio Deol et rappelant au public le talent comique unique de Dharmendra, toujours irrésistible même des décennies après ses débuts.

Rocky Aur Rani Kii Prem Kahaani (2023)

Son dernier film à l’écran. Dans le rôle de Kanwal, romantique et touchant, Dharmendra captive une nouvelle génération avec son charme intemporel et ses scènes émouvantes, rappelant pourquoi il restera à jamais l’un des héros romantiques les plus aimés de Bollywood. 

Des moments emblématiques de sa vie en images

De ses débuts prometteurs à son règne en tant que superstar de Bollywood, ces clichés racontent l’incroyable parcours de Dharmendra, sur grand écran comme dans sa vie privée.

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Émotion et musique dans « Aas Paas » (1981). Le film inclut une chanson mémorable interprétée par le légendaire Mohammed Rafi.
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L’intemporel « Anpadh » (1962), célèbre pour la chanson qui a marqué des générations, « Aapki Nazon Ne Samjha ».
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Avec Shatrughan Sinha dans « Blackmail » (1973) de Vijay Anand, un thriller sous-estimé mais intense.
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Une scène culte de « Chupke Chupke ». La comédie romantique de 1975 rassemblait un casting cinq étoiles : Amitabh Bachchan, Sharmila Tagore, Dharmendra, Om Prakash et Jaya Bachchan.
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Un moment léger avec la nouvelle génération : Dharmendra danse avec Aamir Khan, Sunny Deol, Hrithik Roshan et Shah Rukh Khan.
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Aux côtés de Javed Akhtar, l’auteur de nombreux classiques, dont le légendaire « Sholay ».
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Quand les légendes se retrouvent : Dharmendra, Yash Chopra, Shatrughan Sinha et Saira Banu célèbrent l’anniversaire de Dilip Kumar.
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En famille, avec ses fils Bobby et Sunny Deol.
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Entre les années 1960 et 1980, Dharmendra a dominé le cinéma hindi. Sur ce cliché, il apparaît aux côtés de Saira Banu dans « Pocket Maar », un film dont la légende raconte que le tournage aura duré quatre longues années !
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Deux géants du cinéma en une image. Dharmendra avec Sanjeev Kumar dans « Satyakam » (1969) de Hrishikesh Mukherjee.
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En famille élargie, avec Hema Malini et leurs filles Esha et Ahana Deol.

Source : The Hindu

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